La carte de Montréal sur le plomb dans l’eau n’est pas fiable

De nombreux Montréalais s’inquiètent et prennent des mesures de protection sans même savoir si leur logement est relié à un conduit en plomb.
Photo: iStock De nombreux Montréalais s’inquiètent et prennent des mesures de protection sans même savoir si leur logement est relié à un conduit en plomb.

Difficile pour les Montréalais de savoir si l’eau de leur robinet contient du plomb en consultant la carte interactive de la Ville puisque, si elle tient compte des tests de qualité de l’eau, certains remontant à 2007, elle fait abstraction des travaux de réhabilitation qui ont pu être réalisés depuis, tant sur la partie publique du réseau que sur la partie privée.

« L’information partagée reste limitée. Ça risque d’alarmer des gens, alors qu’il n’y a peut-être déjà plus de tuyaux en plomb chez eux depuis que la Ville est passée tester », déplore Hans Brouillette, de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ).

En annonçant en grande pompe la semaine dernière son nouveau plan d’action en matière de gestion du plomb dans l’eau potable, la Ville de Montréal a mis en ligne une carte interactive pour rassurer la population et lui permettre de « consulter les informations concernant la présence de plomb dans leur immeuble ».

 
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C’est le nombre moyen d’appels faits chaque semaine au 311 par des citoyens que la situation de l’eau inquiète.

La Ville s’est basée essentiellement sur les données récoltées entre 2007 et 2018 lors de tests pour le plomb dans l’eau effectués chez les citoyens. Mais « aucune information concernant les travaux de remplacement ne s’y retrouve, et ce, peu importe l’année où ils ont été réalisés », explique par courriel Marie-Ève Courchesne, chargée des communications à la Ville de Montréal.

Or, nombre d’adresses ne possèdent actuellement plus aucune trace de plomb depuis le dépistage. 21 000 entrées de service en plomb, du côté public, ont été remplacées par la municipalité depuis le premier plan d’action en 2007. Et de nombreux propriétaires ont fait de même avec leur partie privée. Une situation qui rend bien approximative l’interprétation de la carte, tant pour les propriétaires que pour les locataires.

« Faire une carte, c’est une bonne idée, mais la façon dont c’est présenté, avec des renseignements très génériques, c’est incomplet. C’est beaucoup d’hypothèses et peu d’informations au final », regrette Félix Vaillancourt, propriétaire d’un triplex dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal depuis 2007.

M. Vaillancourt assure que les tuyaux en plomb du côté privé de sa propriété ont été changés par l’ancien propriétaire en 2011, documents à l’appui. La Ville a quant à elle remplacé la partie publique dans sa rue en septembre 2018. Et pourtant, sur la carte interactive, son bâtiment aurait « une possibilité » de conduit en plomb. « Ça nous a étonnés, raconte-t-il. Heureusement que je connais très bien ce dossier concernant ma maison »

Sergio Arduini, propriétaire d’un logement dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve s’est retrouvé dans la même situation. L’ensemble de la tuyauterie reliée à sa maison, tant du côté public que privé, a été remplacée en 2016. Mais la carte de la Ville prévient encore d’un risque de tuyaux en plomb à son adresse.

Le Devoir a fait le même constat pour plusieurs adresses testées dans le cadre d’une enquête menée avec l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et Global News, qui a révélé les lacunes dans l’application du règlement sur la qualité de l’eau potable à travers le Québec.

Incertitudes

Et c’est sans parler de la très grande majorité des adresses où la Ville indique sur la carte qu’« il est possible qu’il y ait au moins une entrée de service en plomb ». Une réponse basée sur « des hypothèses utilisées par la Ville (année de construction et nombre de logements) », est-il précisé sur le site Internet. Car nombre de bâtiments n’ont pas encore fait l’objet de tests pour vérifier la présence de plomb dans l’eau. La Ville estime qu’il reste 100 000 bâtiments à tester et se donne trois ans pour le faire.

Mais pendant ce temps, plusieurs Montréalais s’inquiètent et prennent des mesures de protection sans même savoir si leur logement est relié à un conduit en plomb.

La Ville de Montréal a d’ailleurs enregistré une hausse des appels au 311 dans la dernière semaine, depuis l’annonce du plan d’action de l’administration Plante. « Le service 311 a reçu 278 appels en lien avec les entrées de service en plomb et 117 en lien avec une demande de pichets filtres. En moyenne, depuis le 1er septembre, le service 311 reçoit 44 appels par semaine pour des demandes de renseignements sur les entrées de service en plomb », précise Marie-Ève Courchesne.

« C’est surtout pour les locataires le problème. Ils n’ont pas l’information privilégiée [sur l’état des tuyaux] comme les propriétaires. Je vais justement contacter mes locataires pour les rassurer », confie Félix Vaillancourt en entrevue.

À travers Montréal, plusieurs locataires sont déjà allés questionner leur propriétaire à ce sujet. C’est du moins ce qu’on peut constater à travers les messages publiés sur les réseaux sociaux dans la dernière semaine. D’autres se sont déjà procuré un pichet filtrant ou un filtre certifié contre le plomb après avoir consulté la carte de la Ville, avant même d’avoir la confirmation que leurs tuyaux étaient bel et bien en plomb.

État des travaux

Aux yeux de M. Brouillette, de la CORPIQ, la carte rendue publique par la Ville sert surtout à sensibiliser les propriétaires à l’importance de vérifier la nature de leurs tuyaux.

« Ce n’est pas si difficile comme propriétaire de se renseigner pour savoir si notre partie est en plomb. Mais, c’est difficile de savoir ce qu’il se passe dans les souterrains de la ville, si les tuyaux du côté public sont en plomb ou non », insiste Hans Brouillette.

Quels sont les conduits en plomb déjà remplacés par la Ville depuis 2007 et dans quels secteurs doivent se dérouler les prochains travaux ? C’est ce type d’informations dont les propriétaires ont besoin, selon lui. « Ça aiderait pour planifier les travaux de remplacement de la conduite privée. »

Des données qui devraient s’ajouter à la carte dans une prochaine mise à jour, affirme Mme Courchesne, sans toutefois pouvoir indiquer de date précise.

La Ville dit qu’elle étudie présentement « la possibilité de rendre publics les [résultats] recueillis lors des [dépistages] ».


Début des tests à la CSDM

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) commencera les tests pour vérifier la présence de plomb dans l’eau potable de ses écoles dans les prochains jours. Une lettre a été envoyée aux parents des élèves mardi, pour les informer. « Les résultats des analyses seront rendus publics », assure-t-on. Les commissions scolaires du Québec ont reçu les directives du ministère de l’Éducation vendredi dernier sur la procédure à suivre pour tester l’eau de leurs établissements. La CSDM indique que c’est son service des ressources matérielles qui effectuera les tests et que les employés seront formés pour s’assurer de respecter les normes à suivre, soit celles recommandées par Santé Canada. Les écoles primaires devront avoir terminé les tests et avoir amorcé les correctifs nécessaires le 23 juin 2020. Les autres établissements ont jusqu’à novembre 2020 pour le faire.
7 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 octobre 2019 07 h 14

    Dans le doute

    La carte de la ville est essentiellement basée sur la date de construction des immeubles.

    Ce qui me contrarie dans cette carte, c’est que — d’après ce que je comprends — elle n’indique pas les résultats des milliers de tests effectués par la ville au cours des années.

    Conformément à la loi, ces résultats ont été communiqués au gouvernement québécois dans des rapports annuels _détaillés_.

    Mais ils ont été cachés aux locataires concernés. Et, corrigez-moi si je me trompe, c’est encore le cas avec cette carte interactive.

    Bref, dans le doute, je me suis acheté un pichet filtrant la semaine dernière alors que je fais aveuglément confiance à l’eau potable depuis toujours.

    • Nadia Alexan - Abonnée 31 octobre 2019 14 h 43

      Peut-être, la Ville pourrait recommander un appareil qui pourrait filtrer le plomb de l’eau, pourvu que ce soit recommandé par le rapport de Protégez-vous ou autres organismes pour la protection des consommateurs.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 novembre 2019 14 h 49

      À Nadia Alexan :

      Il faut un filtre qui réponde à la certification NSF/ANSI 53. C'est le cas des filtres Brita, entre autres.

  • Alain Roy - Abonné 31 octobre 2019 08 h 42

    L'ouest de l'Ile?

    La carte interactive présentée par le Devoir s'arrête à St-Laurent et Lachine. Serait-il que les arrondissements à l'ouest de l'autoroute 13 n'existent plus? Sans doute une conséquence des travaux interminables sur Gouin et le pont de la dite autoroute...ou un oubli des chercheurs...

  • Marc Davignon - Abonné 31 octobre 2019 12 h 31

    Une image ...

    Pourquoi offrir une information en image ? L'interactivité? C'est beau, ça bouge quand on clique. C'est ça la gestion de l'information? Combien de temps (donc le coût), pour mettre en place ce jeu vidéo? Trop! Trop de temps sur le rendu et pas suffisamment sur le contenu. Si vous prendriez plus de temps à vraiment faire la <gestion> de ces informations celle-ci serait plus claire, plus facile à retrouver (pour illustré cela, allez à la page <Vues aériennes de l’île de Montréal>, et vous constaterez comment <circulaire> l'interactivité peut devenir. Vite, vite, il faut remplir le vide).

    Pour revenir à vos cartes dites <interactives> (obsession de remplir ce vide). Votre carte (LeDevoir) est inutile puisqu'elle n'informe pas ou les mesures furent prises ... précisément (celle de la ville de Montréal indique chaque entrée d'eau, elle est plus précise sur ce point). À quoi sert donc une carte <qui bouge>? Une liste eu été suffisante. De plus, celle-ci induis une (fausse) impression qu'il y a un grand nombre de <pas bons résultats> (liste graduée par le niveau de plomb créé l'illusion qu'il y a un grand nombre de <mauvais> résultats, puisque qu'on ne fait que regarder l'image!).

    Comme quoi, une image ne vaut pas toujours le poids de l'écrit et surtout celui d'une rédaction claire et succincte. Au fait, comment cette <crise> du plomb à-t elle prise naissance ? Est-ce qu'il y a beaucoup de <recreusage> à faire?

  • Marc Davignon - Abonné 31 octobre 2019 12 h 40

    La guerre des carte.

    Pour votre carte. Quand on prend de l'eau au robinet, on le fait sur un seul ... à la fois. Donc, connaître la <moyenne> ou la <médiane> ne changera pas le niveau de plomb dans votre verre. N'est-ce pas? Alors, à quoi sert donc votre carte? Au moins, l'autre indiquait chaque entrée d'eau. Quand vous avez un quartier qui à la moite de ces mesures en deçà de la limite, cela donne quoi comme information pour la personne qui prend un verre d'eau? Une chance sur deux d'avoir un taux ... acceptable?

  • Marie Nobert - Abonnée 1 novembre 2019 00 h 05

    La «carte Pizza» et les «nuls de nullité absolue»...

    Je, te, me... Fais-moi peur! **tain! Plein cauchemar. La «maire» (sic) de Ville-Marie (sarcasme absolu)... Bref. Il y a des jours où on l'on regrette les «antes»