Près de 50 000 conduites à remplacer à Montréal

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, demandera l’aide de Québec pour financer le programme des conduites en plomb dans le réseau municipal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mairesse de Montréal, Valérie Plante, demandera l’aide de Québec pour financer le programme des conduites en plomb dans le réseau municipal.

Montréal veut accélérer le remplacement des conduites en plomb dans son réseau et obligera les propriétaires à remplacer les leurs. Mais ce programme coûtera plus de 557 millions de dollars à la Ville qui demande à Québec de l’aider à financer cette opération d’envergure.

Comme elle l’avait déjà confirmé à l’équipe du Devoir et de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia, la mairesse Valérie Plante a annoncé mercredi que la Ville procéderait elle-même aux travaux touchant les conduites en plomb privées si les propriétaires omettent de le faire. La Ville enverra ensuite la facture aux propriétaires qui pourront échelonner les paiements sur 15 ans.

« Je demande aux propriétaires d’agir de façon responsable. C’est une responsabilité collective. La Ville prend ses responsabilités. Je m’attends à ce que les propriétaires fassent de même », a expliqué la mairesse.

 

 

Opération coûteuse

En 2007, la Ville avait entrepris de remplacer les 69 000 conduites en plomb de son territoire en raison des effets néfastes que peut avoir le plomb sur la santé. À ce jour, 21 000 conduites publiques ont été retirées et la Ville estime à 48 000 le nombre de conduites qu’il reste à remplacer.

La Ville a cependant constaté que bien peu de propriétaires, soit moins de 10 %, avaient remplacé leurs conduites en plomb. Elle évalue ainsi qu’environ 24 300 entrées de service en plomb du domaine privé devront être changées d’ici 2030.

Afin d’avoir un portrait juste de la situation, la Ville procédera à un dépistage dans 100 000 bâtiments au cours des trois prochaines années.

Elle a aussi mis en ligne une carte interactive pour les propriétaires et les locataires de la présence possible de conduites en plomb.

Si un test de dépistage confirme la présence de conduites en plomb, la Ville offrira des dispositifs de filtration aux résidents pour un an en attendant les travaux.

Mais cette opération coûtera cher. La Ville évalue à 557 millions les sommes qu’elle devra consacrer au remplacement des conduites du domaine public et aux mesures comme le dépistage, l’inspection et les filtres. À cela s’ajoutent 47 millions pour le coût estimé de remplacement des conduites du domaine privé que la Ville devra ensuite facturer aux propriétaires.

Le directeur général de la Ville, Serge Lamontagne, a d’ailleurs écrit à trois ministères (Environnement, Santé et Affaires municipales) afin de convenir d’un « plan et de solutions financières » pour fournir aux Montréalais une eau exempte de plomb.

La carte interactive

La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) a salué l’initiative de la Ville de Montréal. Le coût des travaux sera moins élevé si la Ville les fait elle-même, croit son porte-parole, Hans Brouillette.

Il craint toutefois que le plan crée une certaine peur chez les Montréalais. En 2016, la Ville avait expédié dans tous les foyers des feuillets incitant les citoyens à changer leurs conduites en plomb.

« Les locataires ont appelé les propriétaires pour demander s’il y avait des conduites en plomb dans leur logement et si c’était dangereux. Les propriétaires se retrouvaient à donner des réponses à des locataires alors qu’ils n’en avaient pas eux-mêmes », se souvient M. Brouillette.

La carte interactive mise en ligne par la Ville pourrait aussi avoir pour effet de semer l’inquiétude chez les citoyens. Le Devoir a d’ailleurs relevé quelques inexactitudes.

À titre d’exemple, pour une propriété dans Rosemont–La Petite-Patrie, le site signale que des tests effectués confirment la présence de conduites en plomb.

Or, la Ville a remplacé les siennes en 2018 et l’année précédente, la propriétaire avait retiré sa partie des tuyaux. Les tests de dépistage effectués par Le Devoir début octobre n’ont d’ailleurs pas permis de détecter la présence de plomb dans l’eau.

Le remplacement des conduites en plomb pourrait se répercuter sur le prix des loyers, ce qui préoccupe le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

Mais son porte-parole, Maxime Roy-Allard, déplore aussi que les locataires soient tenus dans l’ignorance quant à la présence ou non de conduites en plomb dans leur immeuble. À l’heure actuelle, rien n’oblige les propriétaires à révéler leur présence.

En 2013, la Commission permanente sur l’eau et l’environnement avait suggéré d’ajouter dans le bail la mention de la présence d’une entrée de service en plomb. Maxime Roy-Allard ne croit pas en la pertinence d’une telle mesure.

« Les propriétaires ont déjà l’obligation d’inscrire dans le bail l’ancien prix payé par l’ancien locataire. Mais souvent, ils ne le font pas. Les propriétaires n’auraient pas avantage à le faire pour le plomb », dit-il.

Avec Annabelle Caillou