La discrimination envers les Autochtones, les Noirs et les Arabes règne au SPVM

À Montréal, les Autochtones et les Noirs sont entre quatre et cinq fois plus susceptibles d’être interpellés par la police que les Blancs, révèle un rapport dévoilé lundi par trois chercheurs indépendants mandatés par la Ville de Montréal. Face à ces constats troublants, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, a promis d’instaurer des mesures pour mettre un terme à cette « discrimination systémique ».

Après avoir analysé les banques de données du SPVM entre 2014 et 2017, les chercheurs en sont venus à la conclusion qu’il existait des « biais systémiques » liés à l’appartenance raciale dans le cadre des interpellations au sein du SPVM.

Les constats sont préoccupants. Si les Autochtones et les Noirs sont surreprésentés lors des interpellations, les femmes autochtones sont 11 fois plus susceptibles d’être apostrophées par les policiers que les femmes blanches. Pour leur part, les personnes arabes sont en moyenne deux fois plus visées par des interpellations policières que les Blancs.

 

Consultez le rapport intégral sur la discrimination au SPVM.

 

Les chercheurs n’ont pas voulu qualifier le phénomène observé de « profilage racial », estimant qu’il leur faudrait effectuer des études plus approfondies pour en venir à cette conclusion. Le profilage racial est un phénomène complexe et ils n’ont pas eu accès aux motifs de ces interpellations, ont-ils fait valoir.

L’étude comporte aussi certaines limitations, notamment parce que toutes les interpellations ne sont pas enregistrées.

Les trois universitaires, Victor Armony, du Département de sociologie de l’UQAM, Mariam Hassaoui, de l’Université TELUQ, et Massimiliano Mulone, de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, recommandent que le SPVM se dote d’une politique en matière d’interpellation et intègre la question du profilage racial dans les pratiques et la formation des policiers. La formation offerte aux policiers devrait porter une attention particulière à la population autochtone, précisent-ils.

Le SPVM devrait aussi faire un suivi serré de la situation en rendant public un rapport annuel afin d’y présenter les statistiques d’interpellation avec des indicateurs précis.

Une nouvelle politique

« Je suis très préoccupé », a commenté le directeur du SPVM, Sylvain Caron. « On va tout faire avec les équipes en place pour éliminer ces disparités. »

Il a promis de mettre en place une série de mesures pour contrer le profilage, dont une politique pour mieux encadrer les interventions des policiers. Elle entrera en vigueur dès mars 2020, a-t-il dit.

« On n’a pas de policiers racistes. On a des policiers qui sont des citoyens qui, nécessairement, ont des biais comme tout citoyen peut avoir. C’est cet aspect-là qu’il faut essayer de comprendre. »

Une équipe de policiers spécialisés dans l’intervention auprès des communautés culturelles sera aussi mise sur pied en mars 2020. De plus, le SPVM accordera en mai un nouveau mandat aux chercheurs afin de mieux comprendre les causes derrière les disparités dans les interpellations. Un organisme externe sondera les citoyens au sujet des relations entre la police et les communautés culturelles.

La ville que l’on veut

La mairesse Valérie Plante a qualifié de « choquante » et d’« inacceptable » la situation décrite dans le rapport. « Ces données ne représentent en rien la ville que l’on veut, une ville où les citoyens se sentent en sécurité et où ils sont traités équitablement », a-t-elle indiqué.

Elle a dit s’attendre à ce que le SPVM suive « rigoureusement » l’ensemble des recommandations du rapport et a pressé le directeur d’augmenter le nombre de personnes issues des minorités au sein de l’organisation. À l’heure actuelle, celles-ci représentent environ 8 % des effectifs.

« L’image que nous renvoie notre miroir n’est pas reluisante, mais accepter la réalité est la première étape nécessaire pour évoluer positivement », a-t-elle ajouté.

« On s’attendait à une situation malheureuse, mais elle est accablante », estime le conseiller d’Ensemble Montréal et vice-président de la Commission de la sécurité publique, Abdelhaq Sari.

L’élu a rappelé que sa formation politique avait demandé que les policiers soient munis de caméras portatives, ce qui a été refusé par l’administration Plante et par le SPVM.

En décembre dernier, le SPVM avait présenté un plan pour lutter contre le profilage racial, mais à l’époque, il ignorait l’ampleur du phénomène. Ce plan jugé trop flou avait essuyé de nombreuses critiques.

Et au mois d’août dernier, la Cour supérieure a autorisé un recours collectif contre la Ville de Montréal sur des allégations de profilage racial de la part des policiers. Ce recours a été déposé par la Ligue des Noirs du Québec.

Pour sa part, l’Office de consultation publique de Montréal mène depuis le printemps une consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques.

Un élu exclu d’une conférence de presse

Le conseiller d’Ensemble Montréal et vice-président de la Commission de la sécurité publique, Abdelhaq Sari, s’est vu refuser l’accès à la conférence de presse du directeur du SPVM, Sylvain Caron, qui commentait le rapport de chercheurs sur le profilage racial.

« Vous faites du profilage racial », a lancé l’élu d’origine maghrébine, furieux de ne pouvoir accéder à la salle.

Questionné quelques minutes après l’incident, André Durocher, du service des communications du SPVM, a soutenu que la salle était pleine et qu’il existait d’autres lieux où M. Sari pouvait s’exprimer, comme la Commission de la sécurité publique.

La mairesse Valérie Plante n’était visiblement pas d’accord avec la décision du SPVM. « De prime abord, je ne vois pas pourquoi un membre de la Commission de la sécurité publique n’aurait pas accès à une conférence de presse et à ce qui a été partagé. Je vais définitivement inviter M. Caron et le conseiller à discuter », a-t-elle indiqué.
2 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 8 octobre 2019 09 h 30

    Avancez en arrière...


    Après Val-d'Or et autres exemples, combien de rapports faudra-il pour mettre au pas certains éléments de résistance dans les forces policières? Des personnes victimes de profilage racial ne parlent pas seulement de discrimination systémique, qui est le terme "politically correct" souvent employé, mais parlent carrément de racisme, ce qui n'est souvent pas exagéré. Mais certains vont le nier, bien sûr. Il n'y a pas de racisme au Québec, voyons...

  • Alain Roy - Abonné 8 octobre 2019 09 h 47

    Questions

    Alors:
    Combien de ces interpellations ont-elles mené à des arrestations?
    Combien de ces interpellations sont-elles le résultat d'un appel ou d'une plainte de citoyen?
    Les policiers et policières connaissant les criminels et/ou les contrevenants fréquents de leurs quartiers, combien de fois les mêmes noms apparaissent-ils dans les listes des interpellations?
    Jusqu'à quel point les préjugés et le mépris d'office de notre intelligentsia pour les forces de l'ordre ont-ils influé sur les résultats?
    Et enfin, pourquoi notre mairesse, qui voulait protéger ses policiers et ses policières contre la terreur et l'oppression de la loi 21, condamne-t-elle sans appel, et, semble-t-il, sans le recul indispensable de l'analyse, ses gendarmes?

    Alain Roy, policier retraité, 30 ans au SPVM.