La Ville et les Forges de Montréal règlent leur litige

Les Forges de Montréal ont été fondées il y a 19 ans pour assurer la transmission de cet art millénaire.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les Forges de Montréal ont été fondées il y a 19 ans pour assurer la transmission de cet art millénaire.

Les Forges de Montréal ont une épine de moins au pied. L’administration de Valérie Plante a consenti à modifier le bail de l’organisme pour retirer une clause qui faisait litige depuis des années et menaçait la poursuite des activités des artisans-forgerons dans l’immeuble de la rue Riverside.

Selon ce qu’a appris Le Devoir, le comité exécutif a autorisé, mercredi, l’abolition de la clause du bail obligeant les Forges de Montréal à investir 1 million dans la rénovation du bâtiment dans un horizon de 2 ans après la signature de l’entente survenue en 2006. L’organisme sans but lucratif soutient avoir consacré quelque 600 000 $ pour restaurer l’immeuble patrimonial. Mais en 2016, estimant que les Forges n’avaient pas respecté leur bail, la Ville leur avait fait parvenir un avis d’expulsion.

Après des mois d’incertitude concernant l’avenir des Forges, l’administration de Denis Coderre avait finalement accepté de retirer l’avis d’expulsion pour renégocier le bail.

Deux ans plus tard, la menace est maintenant écartée avec le retrait de la clause problématique par l’administration Plante. Celle-ci considère que les Forges ont su remettre en état l’immeuble plus que centenaire.

Je n’ai pas l’intention de passer les 20 prochaines années à me battre.

 

Mathieu Collette, qui a fondé les Forges de Montréal il y a plus de 19 ans, est soulagé. « C’est une très bonne nouvelle. Cette clause-là était abusive. Je vois ça comme une première étape de la volonté de la Ville de vouloir régulariser l’ensemble de la situation », a-t-il indiqué au Devoir.

Formé en France auprès d’un maître-forgeron, Mathieu Collette oeuvre depuis près de deux décennies à la transmission de cet art millénaire auprès d’apprentis forgerons et sensibilise le public à ce métier oublié.

Un terrain fédéral

Les Forges ne sont cependant pas au bout de leurs peines puisque leur bail avec la Ville prendra fin en 2021. Le bâtiment qu’elles occupent est une station de pompage construite par la Ville en 1887, mais le terrain appartient à l’Administration portuaire de Montréal (APM), un organisme fédéral. Or, à compter du 1er mars 2021, Transports Canada reprendra la gestion du terrain pour le céder à la Société immobilière du Canada (SIC).

Qu’adviendra-t-il des Forges ? Mathieu Collette demeure inquiet.

Désireuse d’assurer la pérennité des Forges de Montréal et d’éliminer le risque de délocalisation, la Ville de Montréal a entrepris des négociations avec la SIC afin que celle-ci lui cède la station de pompage Riverside.

Mathieu Collette souhaite toutefois que le sort des Forges soit réglé avant la tenue des élections fédérales du 21 octobre. « Ce qui m’inquiète, c’est que depuis 20 ans, j’ai vu des changements de gouvernement et d’administration. On voudrait un bail de 30 ans minimum pour être capables de réaliser notre projet [de développement] tel que prévu il y a 20 ans. Je suis rendu à 45 ans. Il me reste 30 ans à donner à la préservation et à la retransmission de mon savoir. Je n’ai pas l’intention de passer les 20 prochaines années à me battre. »

Un film

La décision de l’administration Plante d’éliminer la clause du bail litigieuse coïncide avec la sortie du long métrage Fondations, du réalisateur Olivier D. Asselin, qui relate les démêlés des Forges avec la Ville de Montréal.

Mathieu Collette espère que le documentaire suscitera l’intérêt : « On souhaite que ça lève parce que l’appui de la communauté est important ».

Il soutient que depuis cinq ans, 50 % des budgets des Forges ont été monopolisés par cette bataille. « Ça coûte une fortune. Ça bouffe du temps et de l’argent qu’on ne met pas dans notre mission. On n’est pas soutenus financièrement. Ce sont donc ceux qui suivent nos formations qui le paient », explique-t-il en exprimant le souhait que les Forges n’aient plus à se préoccuper des problèmes de bail pour se consacrer à leur mission.