Ottawa confirme 1,3 milliard de dollars pour le prolongement de la ligne bleue

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et la ministre déléguée aux Transports du Québec, Chantal Rouleau, lors de la conférence de presse confirmant l’engagement du gouvernement fédéral dans la réalisation du projet d’expansion de la ligne bleue du métro de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mairesse de Montréal, Valérie Plante, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et la ministre déléguée aux Transports du Québec, Chantal Rouleau, lors de la conférence de presse confirmant l’engagement du gouvernement fédéral dans la réalisation du projet d’expansion de la ligne bleue du métro de Montréal.

Justin Trudeau a confirmé jeudi que le gouvernement fédéral investira 1,3 milliard de dollars dans le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, promis depuis des décennies. Québec n’a cependant pas été en mesure de préciser le coût total du projet qui, dans une évaluation préliminaire, avait été estimé à 4,5 milliards.

« Les Montréalais ont attendu assez longtemps pour avoir un gouvernement prêt à investir dans les projets de transport collectif structurants dont on avait tellement besoin », a déclaré le premier ministre lorsque questionné sur le fait que cette annonce survient à quelques mois des élections fédérales. « C’est vrai que ça prend toujours plus de temps qu’on le voudrait. On voudrait pouvoir embarquer dans ce métro aujourd’hui, mais il ne fallait pas tarder pour faire cet investissement. »

Le projet de prolongement de la ligne bleue prévoit la construction de cinq nouvelles stations reliant la station Saint-Michel à la station Anjou, dans l’est de Montréal.

Les travaux de construction doivent commencer en 2021 et le nouveau tronçon de près de six kilomètres dans l’axe de la rue Jean-Talon devrait être en service à compter de 2026, prévoit la Société des transports de Montréal (STM), qui est le maître d’oeuvre du projet. Une vingtaine d’expropriations ont dû être effectuées, mais des litiges subsistent dans ce dossier.

Les investissements permettront aussi de construire un stationnement incitatif à la station Anjou, ainsi que deux nouveaux terminus d’autobus.

Image: STM Le tracé projeté du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal

Coût global inconnu

La part qu’assumera le gouvernement du Québec demeure toutefois inconnue, tout comme le coût total du projet. « On est toujours à raffiner les coûts entiers de ce prolongement, a expliqué la ministre déléguée aux Transports du Québec, Chantal Rouleau. Nous sommes dans le dossier d’affaires à l’heure actuelle. On veut s’assurer que les Montréalais et les Québécois en auront vraiment pour leur argent. […] On n’aura pas les montants finaux tant qu’on ne sera pas allés en appel d’offres. »

Chantal Rouleau s’est dite satisfaite du montant offert par le gouvernement fédéral, bien que cette somme ne représente que 30 % du coût global anticipé.

Le prolongement de la ligne bleue est dans les cartons depuis une trentaine d’années et a fait l’objet de plusieurs annonces de la part des gouvernements successifs. Lors d’une conférence de presse en avril 2018, Justin Trudeau et l’ex-premier ministre du Québec Philippe Couillard avaient confirmé la réalisation du projet, mais à l’époque les montants investis par les deux gouvernements n’étaient pas connus.

« En 2026, la mobilité de l’est de Montréal sera transformée », a pour sa part noté Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la STM. « C’est un projet qui va se faire. Il est déjà en marche à la STM. Au septièmeétage [du siège social de la STM], il y a plus de 200 personnes qui y travaillent. »

M. Schnobb reconnaît que la STM devra faire des gestes supplémentaires pour désengorger la ligne orange, qui risque d’être encore plus achalandée avec le prolongement de la ligne bleue.

Pour l’instant, la STM ignore quelle technologie sera utilisée pour creuser les tunnels. Un tunnelier ? Ou une haveuse, comme c’est le cas pour le garage de Côte-Vertu ? « Ce sera au consortium ou à l’entreprise qui soumissionnera de déterminer le mode, a dit Philippe Schnobb. Laissons le marché décider quelle est la méthode la plus efficace. »

La STM prévoit par ailleurs qu’un architecte sera attitré à chaque station, comme ce fut le cas pour le reste du réseau.

Absence du premier ministre

Le flou entourant le coût du projet est « inacceptable » aux yeux de Gaétan Barrette, porte-parole libéral en matière de transports. « Ces coûts sont connus à l’heure où on se parle. […] Mais c’est comme avec le 3e lien, on refuse d’informer la population. Les contribuables ont le droit de savoir où on s’en va. C’est un gouvernement qui se cache. Il ne veut pas se retrouver dans une situation où il a mal évalué et se faire critiquer. C’est la façon de la CAQ. »

Selon lui, la CAQ a fait trop d’annonces de projets et devra reculer pour certains d’entre eux.

L’élu libéral critique aussi l’absence de François Legault lors de la conférence de presse. « Quand le premier ministre du Canada se déplace et fait une annonce aussi importante, il me semble que le premier ministre du Québec aurait dû être là. Je pense que ça démontre le peu d’intérêt que M. Legault a pour la grande région de Montréal. »

Petite histoire de la ligne bleu

1986-1988

Entrée en fonction de la ligne numéro cinq du métro de Montréal entre les stations Snowdow et Saint-Michel. L’axe souterrain de 9,7 kilomètres compte 12 stations.

11 avril 2000

Le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard présente un plan de transport qui prévoit notamment la construction de cinq nouvelles stations sur la ligne bleue, vers l’est.

16 septembre 2009

Création d’un bureau de projet par le gouvernement libéral de Jean Charest pour étudier le prolongement de trois des quatre lignes du réseau montréalais. La ligne bleue doit être réalisée en priorité.

20 septembre 2013

Le gouvernement de Pauline Marois confirme son intention de prolonger la ligne bleue jusqu’à Anjou. Les cinq nouvelles stations doivent être inaugurées au début des années 2020. Le projet est estimé à 1,5 milliard de dollars, soit 250 millions par kilomètre.

27 mars 2018

Le cinquième budget Leitão estime à 3,9 milliards de dollars la construction des cinq nouvelles stations de la ligne bleue sur une distance de 5,8 kilomètres.

9 avril 2018

Entente entre Québec et Ottawa pour le financement du dossier d’affaires du prolongement de la ligne bleue.

4 juillet 2019

Le gouvernement fédéral confirme sa participation dans l’extension de la ligne bleue. Le premier ministre Justin Trudeau annonce un investissement de 1,3 milliard de dollars.
Dave Noël

Deux lignes, deux prix

Extension de la ligne bleue (2021-2026)

Cinq stations (5,8 km)
Coût total : 4,5 milliards
775 millions le kilomètre

Extension de la ligne orange (2002-2007)

Trois stations (5,2 km)
Coût total : 907 millions (en dollars de 2019)
174 millions le kilomètre (en dollars de 2019)

Avec un coût estimé de 4,5 milliards, le prolongement de la ligne bleue, avec cinq stations, risque de coûter beaucoup plus cher que celui de la ligne orange vers Laval avec ses trois stations (751 millions en 2015).

« C’est très difficile de comparer un métro avec un autre si on n’a pas vraiment l’ensemble des paramètres », avance Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la STM. « Par exemple, les prix d’acquisition de terrain ne sont pas les mêmes quand on exproprie un terrain au coin de Pie-IX et Jean-Talon ou quand on exproprie un terrain au milieu de nulle part sur un terrain vague à Laval. »

Critiquée l’an dernier au sujet de cet écart de coûts par kilomètre, la STM avait invoqué plusieurs éléments pour justifier cette décision, dont des règles comptables différentes, des expropriations plus coûteuses en milieu urbanisé, deux stations intermodales au lieu d’une et un tunnel piétonnier requis pour la ligne bleue.
Dave Noël et Jeanne Corriveau