Luc Ferrandez emporté par son manque d’influence

Le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, que l’on voit ici avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en a surpris plusieurs mardi en annonçant sa retraite de la vie politique.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, que l’on voit ici avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en a surpris plusieurs mardi en annonçant sa retraite de la vie politique.

Après 10 ans comme maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez a annoncé mardi après-midi qu’il quittait la vie politique. L’élu estime que l’administration Plante ne pose pas des gestes suffisants pour affronter l’urgence climatique.

Dans un message publié sur son compte Facebook, Luc Ferrandez indique qu’il songeait à démissionner depuis des mois et qu’il ressentait « une impression d’imposture » : « Plus précisément, j’ai l’impression de berner les citoyens en leur faisant croire que nous prenons collectivement tous les moyens qui s’imposent pour ralentir le rythme de destruction de notre planète. »

Bien qu’il juge le bilan environnemental de Projet Montréal supérieur à celui de l’administration précédente, Luc Ferrandez estime qu’il ne faut « rien de moins qu’un effort de guerre ». Dans son message, il cite une panoplie de mesures qu’il faudrait mettre en place pour réellement faire une différence, comme taxer les stationnements sur rue et hors rue, acquérir et zoner tous les terrains verts encore disponibles, déminéraliser 10 % des rues, planter 500 000 arbres ou acquérir et démolir les maisons en terrains inondables. Il s’en prend aussi aux travers de la société de consommation et aux projets comme un 2e stade de baseball et un « Royalmount en carton ».

« Incapable d’influencer la mairesse (ainsi que le président du comité exécutif et les membres du comité exécutif) sur la gravité de la situation et des mesures qui s’imposent, je choisis de ne pas rester dans cette équipe », ajoute-t-il.

Luc Ferrandez écarte d’emblée la possibilité de se porter candidat aux élections fédérales. « Si je juge Projet Montréal incapable de formuler un programme de préservation de l’environnement et du climat à la hauteur de la tâche, mon jugement est encore plus sévère avec les partis fédéraux et provinciaux », souligne-t-il.

Au passage, il mentionne qu’en partant en milieu de mandat, il n’aura pas droit à une indemnité de transition : « Il faut donc que je me trouve rapidement un nouvel emploi ».

Par voie de communiqué, la mairesse Plante a remercié le bouillant maire du Plateau pour sa contribution à la politique municipale. Elle l’a décrit comme une « véritable acteur de changement » à l’origine d’une « révolution urbaine ». « Accomplir autant en si peu de temps demande un courage politique énorme, une intégrité sans borne et des convictions inébranlables. Ce sont des valeurs qui nous inspirent et qui nous motivent à aller toujours plus loin. »

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez, a aussi salué le travail accompli par le maire du Plateau. « Il a toujours été là par conviction, qui était franc avec ses pensées, parfois à son détriment. J’ai toujours eu une excellente relation avec lui, que ce soit du point de vue personnel ou professionnel. Je pense que c’est une perte importante pour Projet Montréal », a-t-il commenté.

Ancien consultant en management et ex-conseiller principal en communication chez Hydro-Québec, Luc Ferrandez avait été élu pour un premier mandat en 2009, en remportant la mairie du Plateau avec 44,8 % des voix. Dès son premier mandat, il avait entrepris d’apaiser la circulation automobile en inversant le sens de certaines rues, appliquant ainsi les promesses faites en campagne électorale. En plus des mesures d’aménagement urbain et de verdissement, il a réussi à rétablir la santé financière de l’arrondissement.

Malgré les vives critiques, il avait été réélu en 2013 avec 51,3 % des voix. Après le départ de Richard Bergeron, il était devenu chef intérimaire de Projet Montréal et chef de l’opposition à l’hôtel de ville. Il a été réélu à la mairie du Plateau avec 65,7 % des voix.

Responsable du dossier des grands parcs au sein du comité exécutif, Luc Ferrandez était reconnu pour son franc-parler. Il y a un peu plus de deux semaines, il avait coiffé une publication sur Facebook d’un « Fuck you, nous autres », dénonçant l’inertie collective en matière de protection des milieux humides et des zones inondables.

Mais il n’en était pas à ses premières déclarations incendiaires. En 2010, il avait dit du ministère des Transports du Québec qu’il était dirigé par des « attardés sociaux ». En 2014, en entrevue au Devoir, il avait eu ces mots peu flatteurs envers les médias : « Je les trouve pauvres, grossiers, minables », avait-il dit. Après l’arrivée au pouvoir de Projet Montréal, il avait dû s’excuser pour avoir qualifié d’« amateurisme » la promesse de son parti de ne pas augmenter les taxes au-delà de l’inflation.

14 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 15 mai 2019 00 h 39

    Il s'enrobe

    de sa toge d'indignation et tourne les talons dans un grand élan et quitte la scène. Enfin!

  • Bernard Terreault - Abonné 15 mai 2019 07 h 36

    Dommage

    Que les plus idéalistes se découragent, laissant toute la place aux politicailleurs. Comme chez les indépendantistes.

    • Louise Collette - Abonnée 15 mai 2019 10 h 25

      Mais il a bien dit qu'il sera très visible et qu'il fera valoir ses opinions etc...concernant l'environnement. Je le souhaite ardemment.

  • Bernard Terreault - Abonné 15 mai 2019 07 h 54

    L'environnement

    Ferrandez se trompe, dommage. Le niveau politique municipal n'est pas le plus pertinent pour lutter contre le changement climatique -- le CO2 atmosphérique ne connait pas de frontières ! C'est du Golfe du Mexique que nous arrivent les interminables dépressions que nous connaissons cette année. Ce serait au gouvernement canadien de promouvoir au niveau mondial les mesures de préservation de l'environnement. Les Européens font au moins un peu quelque chose, mais pas le Canada, malgré son discours officiel. Seule une forte pression internationale, incluant des mesures de nature éconimique, va convaincre les gros joueurs comme les États-Unis et la Chine.

    • Jean Richard - Abonné 15 mai 2019 10 h 01

      J'avoue que c'est un peu agaçant ce discours sur l'urgence climatique, un phénomène global, alors que dans notre environnement immédiat, il y a une urgence sur laquelle une ville de la taille de Montréal devrait avoir le contrôle, la prise en main de son territoire pour le mettre en harmonie avec l'environnement.
      Faut-il en nommer quelques une de ces urgences ? Allons-y...
      Des citoyens qui se retrouvent les deux pieds et même les deux bras dans l'eau parce qu'ils se sont laissé vendre un petit château au bord de l'eau dans des zones inondables. Et du coup on apprend que 75 % des zones inondables de la région sont occupées par des habitations alors qu'elles auraient dû rester à l'état naturel. Halte au développement sauvage : ça devrait être à la portée des villes.
      En pleine canicule, plusieurs zones urbaines se retrouvent avec une surchauffe bien supérieure à 1 ou 1,5 °C, ce qui mène les gens les plus vulnérables à l'hôpital ou pire, à la morgue. Planter des arbres, désasphalter, en finir avec le goudronnage mur à mur noir foncé et cette architecture ignorante de l'environnement, c'est une urgence, une urgence qui devrait être à la portée des villes. Pourtant, le goudron va triompher encore une fois avec 8000 nouvelles places de stationnement et d'un immense centre commercial en pleine ville...
      Au XXIe siècle, continuer à miser sur le transport individuel en pleine ville, permettre qu'on déplace une seule personne à la fois avec des engins surpuissants de 2 tonnes, à batteries ou à essence (c'est du pareil au même), c'est un non-sens, surtout que ces engins blessent ou tuent autour d'eux. La désautomobilisation des villes est une urgence, la surpopulation automobile étant une réalité néfaste. Les villes devraient avoir le pouvoir d'enclencher et de poursuivre cette désautomobilisation et ne pas se laisser dominer par une poignée de commerçants d'une époque révolue.
      Des urgences locales, il y en a plein. Pourquoi focaliser sur les urgences hors de contrôle ?

  • Yvon Brousseau A K K A Technologies Inc. - Abonné 15 mai 2019 08 h 16

    Bonne continuation M. Ferrandez !


    Je reconnais en vous M. Ferrandez; 

    … un vrai leader qui ne se laisse rien imposer. Il écoute, il invente, il crée, il oriente, il prend conscience que son rôle est au service du destin de l’humanité…

    …Un vrai leader avec la capacité à rassembler ceux qui sont prêts à le suivre pour envisager une nouvelle vision pour le monde, pour la mettre en œuvre et redonner ainsi confiance à l’humanité, et ici en l’occurrence dans notre propre milieu de vie;

    Le but n'est pas dans un avenir lointain, une société idéale, une gloire éternelle. Il s'agit toujours de risquer sa vie (pour certain leur égo) pour relever l'humanité de sa chute, de son désastre actuel, par notre attitude, notre lutte constante, notre constante vigilance.

    C'est ce monde imparfait et fragile qui est dans nos mains et auquel nous devons redonner sens, manifester notre liberté vivante en le sauvant de sa destruction, le rendre plus durable pour continuer l'aventure humaine.

    Nous devrons faire des miracles à hauteur des catastrophes annoncées.

    Question d'humanité, question d'honneur, de cœur et de raison.

    Nous ne devons pas compter sur un seul leader, mais sur notre capacité à tous d’exercer un tel «leadership», il faut simplement avoir le courage de notre puissance.

    Bonne continuation M. Ferrandez !

  • Mario Jodoin - Abonné 15 mai 2019 08 h 33

    Merci!

    La démission de Luc Ferrandez suscite en moi une grande tristesse, mais un respect encore plus grand. Son plan environnemental me semble le meilleur et le plus réaliste que j'ai vu. Espérons que d'autres prendront le relais avec autant de détermination et de probité.

    • Louise Collette - Abonnée 15 mai 2019 10 h 33

      Son départ m'attriste également mais j'ose espérer qu'il tiendra parole et que nous le verrons agir mais autrement, pas dans un carcan politique.
      Son plan environnemental est le plan rêvé.
      S'il y avait plus de Luc Ferrandez la planète se porterait mieux..
      Nous vivons encore dans le culte du sacro-saint <<char>> alors imaginez un peu, ce n'est pas demain la veille que la planète va se refaire une santé. La situation actuelle ne présage rien de bon pour l'avenir.