Moins de voitures à Montréal: le début de quelque chose?

L’accessibilité au transport collectif et au service de partage de voitures, ainsi que l’engouement pour le transport actif, pourraient expliquer la baisse du nombre de voitures à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’accessibilité au transport collectif et au service de partage de voitures, ainsi que l’engouement pour le transport actif, pourraient expliquer la baisse du nombre de voitures à Montréal.

Alors que le parc automobile a franchi le cap des 6,6 millions de véhicules au Québec en 2018, le nombre de voitures immatriculées sur le territoire de la ville de Montréal a connu une baisse, a appris Le Devoir. La diminution est peut-être légère, mais elle contraste avec les augmentations constantes observées depuis 2011.

Les récentes données de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) indiquent qu’entre 2017 et 2018, le nombre de véhicules au Québec a augmenté de 0,9 %, passant de 6,55 millions à 6,61 millions. Les 17 régions du Québec enregistrent aussi des hausses allant de 0,2 % (agglomération de Montréal) à 1,5 % (Laurentides), à l’exception du Nord-du-Québec qui affiche une baisse de 0,3 %.

Les données font également état de hausses dans plusieurs villes comme Québec (0,8 %), Gatineau (0,6 %), Sherbrooke (1,6 %) et Trois-Rivières (1,1 %).

À ce chapitre, la Ville de Montréal se démarque, car le nombre de véhicules immatriculés y a légèrement fléchi.

En 2017, la ville comptait 798 566 véhicules alors qu’en 2018, ce nombre a baissé à 797 806 véhicules, ce qui équivaut à une diminution de 0,1 %. Il s’agit d’un maigre écart de 760 véhicules, mais ce résultat tranche avec les années précédentes puisqu’en moyenne, on observait une hausse d’environ 10 000 voitures par année depuis 2011.

Les Montréalais seraient-ils en train de tourner le dos aux voitures ? « Une diminution comme celle-là, c’est peut-être le début de quelque chose », suggère Annie Gauthier, porte-parole de CAA Québec. « Mais il va falloir attendre quelques années pour voir si ce sera une tendance lourde ou pas. »

Pour l’instant, quelques hypothèses peuvent être avancées pour expliquer cette baisse inhabituelle. De l’avis de Mme Gauthier, l’engouement pour le vélo et l’attrait pour les transports en commun pourraient avoir contribué à ce phénomène. « Il n’y a jamais autant de vélos à Montréal. Et on peut facilement observer que l’utilisation des transports en commun et du transport actif a pris une plus grande place », dit-elle.

D’ailleurs, la Société de transport de Montréal (STM) a enregistré en 2018 un achalandage record de plus de 450 millions de déplacements, soit une hausse de près de 5 % par rapport à l’année précédente.

Les jeunes

Mais il y a autre chose, croit Annie Gauthier. Pour les jeunes, posséder une voiture ne suscite pas autant d’attrait que pour les générations précédentes.

« Ce n’est pas rare de voir des jeunes professionnels et des petites familles se contenter d’utiliser les services d’autopartage, le transport en commun ou le vélo.  Il y a nettement une tendance qui se dessine, du moins à Montréal, et il y a fort à parier qu’elle pourrait trouver écho dans d’autres grandes villes qui offrent des infrastructures de transport alternatives intéressantes », dit-elle.

La baisse du nombre de voitures à Montréal n’étonne pas vraiment Christian Savard, directeur général de Vivre en ville. Selon lui, des signes avant-coureurs liés au vélo et au transport collectif laissaient présager de telles statistiques.

Ce qui est particulier, c’est que Montréal se porte bien du point de vue économique, fait-il remarquer : « On pourrait croire qu’en raison de cette croissance économique, les gens font plus d’argent et s’achètent davantage d’autos, mais ça ne se confirme pas dans les chiffres ».

Comme Annie Gauthier, il note que les jeunes sont moins dépendants d’une auto. « Avant, dès qu’on avait un emploi, on s’achetait un char », signale-t-il. Mais selon lui, les préoccupations environnementales et les tracas que représente la possession d’une voiture ont pu influencer le décision d’avoir une voiture ou non.

Tant Christian Savard qu’Annie Gauthier ne croient pas que le prix de l’essence ait eu un impact majeur l’an dernier. « Quand on constate la quantité de VUS [véhicules utilitaires sport] qui sont encore vendus, je ne pense pas que le prix de l’essence soit un élément qui décourage encore », soutient Annie Gauthier.

Et la congestion qui fait rager les automobilistes ? « Ceux qui souffrent beaucoup de la congestion, ce sont davantage les gens qui viennent des couronnes vers l’île de Montréal », estime Christian Savard. « Il y a moins de congestion sur le boulevard René-Lévesque que sur l’autoroute 640. »

Au cabinet de Valérie Plante, on demeure prudent à l’égard des données sur le parc automobile. « C’est un pas dans la bonne direction, mais il faut voir quelle sera la tendance. Rappelons-nous que l’an dernier les chiffres nous donnaient un autre portrait », a signalé Geneviève Jutras, attachée de presse de la mairesse.

En 2017, l’île de Montréal avait enregistré son plus haut taux de croissance depuis 2005.

Dans ce contexte, l’administration Plante estime qu’il faut continuer à viser une meilleure offre de transport en commun et de meilleurs aménagements de transport actif.

Au Québec

À l’échelle du Québec, le parc automobile a connu l’an dernier une progression moins importante que lors des deux années précédentes, soit 56 000 voitures de plus (hausse de 0,9 %), contre des écarts de 106 000 et 136 000 voitures pour 2016 et 2017.

C’est donc dire que la hausse de 0,9 % est en deçà de l’augmentation de la population québécoise, qui a été de 1,1 % l’an dernier. « J’ai souvent dit en boutade que la voiture se reproduisait deux fois plus vite que les Québécois », relate Christian Savard. « Mais là, les autos se sont multipliées moins vite que la population. C’est assez intéressant. C’est peut-être un changement de paradigme. »

5 commentaires
  • Mikhael Said - Abonné 9 mai 2019 09 h 34

    Trop optimiste

    L'article a l'air de beaucoup pêcher par optimisme ! "En 2017, l’île de Montréal avait enregistré son plus haut taux de croissance depuis 2005." Cela explique peut-être pourquoi c'est plus bas cette année. L'étalement urbain est aussi une réalité qui fait que le nombre de voiture va augmenter en banlieue si rien n'est fait.

  • Jean Richard - Abonné 9 mai 2019 09 h 50

    La partie n'est pas gagnée

    « Pour les jeunes, posséder une voiture ne suscite pas autant d’attrait que pour les générations précédentes. »

    Il ne faut pourtant pas oublier que la lutte contre le tout-à-l'auto a été initiée par des gens qui aujourd'hui ne sont plus très jeunes. Qui se souvient encore du Monde à Bicyclette ? Cette association de militants pour le cyclisme urbain et la promotion du vélo comme moyen de transport est née à Montréal en 1975 et un des personnages clés de ce mouvement, Robert Silverman, n'était plus un ado, mais un adulte dans la quarantaine.

    Il y a donc, à Montréal et ailleurs, des gens d'un certain âge qui, dans les années 70, on rêvé d'une ville où on se déplace à vélo, comme dans certaines villes européennes. Il y a même eu une brève époque où Québec aidait les municipalités à mettre en place des infrastructures cyclistes. Comme quoi le PQ a déja, dans un passé lointain, été progressiste.

    Les jeunes et moins jeunes pro-vélo des années 70 et 80 roulent-ils encore à vélo en 2019 ? Certains oui, d'autres non. Pour ces derniers, le plus important incitatif à délaisser le vélo pourrait avoir été l'insécurité. À 60. 70 ou 80 ans, on regarde trois fois de chaque côté d'une intersection avant de traverser et chaque mastodonte d'acier et de plastique de 2 tonnes qui s'avance à grande vitesse est perçu comme une menace. L'expérience vient confirmer que c'est bien plus qu'une illusion.

    Il y a beaucoup de gens d'un certain âge à sortir de leur auto pour remettre sur leurs pieds ou sur un vélo. Pour ça, il faut des infrastructures dignes de ce nom (le réseau cyclable de Montréal est pitoyable et les trottoirs dans un état lamentable, surtout en hiver).

    Des infrastructures pour rendre les transports actifs efficaces et sécuritaires, ça devrait être en tête des priorités de l'administration montréalaise. Hélas, tout avance à pas de tortue. Et il ne faut surtout pas compter sur Québec, qui mise encore sur la voiture, comme dans les années 50.

  • Jean Richard - Abonné 9 mai 2019 10 h 21

    Des voitures brunes – et des VAE

    Des voitures brunes

    Il y a quelques jours, on pouvait lire cette nouvelle : « Les cigarettes seront uniformes et les paquets bruns, selon Santé Canada ».

    https://www.ledevoir.com/societe/553352/les-paquets-de-cigarettes-seront-tous-bruns-selon-les-regles-de-sante-canada

    On croit qu'en rendant l'emballage moins attirant, on puisse influencer le consommateur. Dans ce cas, pourquoi ne ferions-nous pas la même chose avec l'automobile individuelle ? Après tout, celle-ci pourrait être encore plus nocive que la cigarette. On reconnait que la voiture est nocive à la fois pour l'environnement, la santé et l'économie : on a donc toute la légitimité nécessaire pour la rendre moins attrayante.

    Et des VAE

    Les VAE, vélos à assistance électrique, pourraient devenir une option viable pour les gens d'un certain âge (que la moindre montée met à bout de souffle). Mais Québec a tout fait pour les rendre dissuasifs.

    Piloté par les lobbies du casque à vélo, Québec a longtemps tenté d'imposer cet accessoire dont on surestime les vertus. Cédant sous la pression populaire, Québec a renoncé à ce projet. Renoncé ? En partie, puisqu'on a trouvé un moyen de l'imposer à ceux qui se déplacent en VAE.

    Pour mieux justifier l'imposition du casque au VAE, la SAAQ a fermé les yeux sur ce qui se fait ailleurs et a permis aux VAE d'atteindre des performances qui le rendaient moins sécuritaire et ainsi justifier l'imposition du casque. Si on compare la norme européenne à celle de la SAAQ, on constate que cette dernière permet deux fois plus de puissance du moteur (500 W contre 250), une vitesse maximale d'assistance de 32 % plus élevée (33 km/h contre 25) et l'assistance libre (en Europe, le moteur se coupe si on ne pédale pas, ce qui n'est pas le cas au Québec). La majorité des cyclistes portent le casque mais refusent que ce soit obligatoire, ce qui mène à des situations dissuasives dans l'usage du vélo.

    Avec Québec, la désautomobilisation des villes sera toujours plus difficil

  • Félix Meunier - Inscrit 9 mai 2019 10 h 49

    Mais plus de voiture par habitant !

    Un article très intéressant qui nous donne espoir.

    Je ne veux pas être pécimiste; je viens tout juste de vendre ma voiture et de me remettre au vélo comme moyen principal de transport en ville.

    Mais ne faudrait-il pas remettre en percepective certaines de ces donnés en les croisants avec la population de l’Île de Montréal ? Dans un autre article publié au Devoir le 21 février 2019 écrit par Jeanne corriveau, L’exode vers les banlieues de Montréal se poursuit, on affirme que:

    «24 000 [habitants correspond à la] [p]erte nette de résidents enregistrée par Montréal entre juillet 2017 et juillet 2018. Ce nombre représente une diminution de 1,24 % de la population de la métropole.»

    https://www.ledevoir.com/politique/montreal/548288/l-exode-vers-les-banlieues-se-poursuit

    En se basant sur les donnés des deux articles:

    Nombre d'habitant Nombre de voiture plaquée Nombre de voiture par habitant
    2017 1908306 798566 0,418
    2018 1884643 797806 0,423

    Différence relative
    -1,24% -0,10% 1,16%
    Différence absolue
    -23663 -760 0,005

    Alors on constante une hausse de 5 voitures par 1000 habitants soit une hausse de 1,16%.
    Cela n’enlève rien à la hausse des déplacements actifs et de transport en commun, c’est juste un autre aspect à la même situation.

    • Jean Richard - Abonné 9 mai 2019 18 h 46

      Relisez bien l'article en question. Sans qu'il y ait de nombre exact, on y mentionne que la population de Montréal a augmenté. Le déficit de 23 663 habitants ne concerne que les échanges interrégionaux, c'est-à-dire des gens qui ont quitté Montréal pour s'établir ailleurs au Québec et à l'inverse, des gens qui ont quitté les régions du Québec pour s'établir à Montréal.
      Les migrations internationales font toute la différence et grâce à elles, la population de Montréal a augmenté. Les gens venus d'autres pays s'établissent en majorité à Montréal. Alors non, il n'y a pas eu d'augmentation du nombre de voitures par habitants. Bien sûr, la différence est minime d'où la pertinence de ne pas applaudir trop fort.