L’administration Plante ralentit la cadence des chantiers

Parmi les grands chantiers figurent ceux de la rue Sainte-Catherine Ouest, entre la rue de Bleury et le boulevard Robert-Bourassa.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Parmi les grands chantiers figurent ceux de la rue Sainte-Catherine Ouest, entre la rue de Bleury et le boulevard Robert-Bourassa.

Les automobilistes trouvent peut-être qu’il y a trop de chantiers au centre-ville de Montréal, mais cela aurait pu être bien pire. Alors que s’amorce la saison des travaux, l’administration de Valérie Plante indique avoir reporté un chantier sur deux afin de ne pas créer davantage de congestion.

Montréal investira 766 millions de dollars en 2019 dans ses chantiers, soit 306 millions pour les routes et 388 millions pour les égouts et aqueducs. Montréal se fixe comme objectif de retaper 260 kilomètres de rue et 139 kilomètres d’aqueducs et d’égouts.

Parmi les grands chantiers figurent ceux de la rue Sainte-Catherine Ouest, entre les rues de Bleury et le boulevard Robert-Bourassa, de la rue Saint-Paul, de la Plaza Saint-Hubert, de la rue Jarry, de la rue Saint-Grégoire, entre les rues Papineau et Saint-Denis, et de la rue Papineau, entre les rues Gauthier et Marie-Anne.

Bien qu’au cours des dernières années, la Ville ait accéléré la cadence afin de rattraper le déficit d’entretien des infrastructures, la Ville juge qu’il ne fallait pas abuser de la tolérance des Montréalais. Compte tenu des inconvénients de ces chantiers sur la circulation automobile, la Ville a décidé de retarder un chantier sur deux au centre-ville, qu’il s’agisse des siens, de chantiers privés ou de ceux de ses partenaires, comme Énergir.

« C’est énorme », reconnaît le responsable de l’eau et des infrastructures du réseau routier au comité exécutif, Sylvain Ouellet. « Mais ça ne veut pas dire que les chantiers ne se feront jamais. »

À la même époque l’an dernier, l’administration annonçait des investissements de 1,2 milliard pour 2018 dans les infrastructures. Selon Sylvain Ouellet, l’écart d’investissements s’explique en partie parce que l’administration a retiré de sa programmation les chantiers hors rue, comme ceux du service de l’eau. Mais c’est aussi parce que, l’automne dernier, l’administration a décidé de ralentir le rythme des travaux.

Sous Denis Coderre, la Ville comptait rattraper le déficit d’entretien de ses infrastructures en 10 ans. La nouvelle cible est maintenant fixée à 5 ans.

Escouade des chantiers

Montréal déploiera aussi une nouvelle escouade des chantiers à compter du mois de mai.

Promise en campagne électorale, cette escouade sera composée de six personnes et effectuera des visites-surprises sur les chantiers. Afin de s’assurer que les exigences techniques de la Ville sont respectées, cette équipe pourra par exemple effectuer du carottage d’une nouvelle chaussée et faire analyser les matériaux au laboratoire de la Ville. « Le but n’est pas de surveiller les surveillants, mais de faire des audits », a expliqué M. Ouellet.

En septembre dernier, le Bureau de l’inspecteur général (BIG) avait constaté des lacunes dans la surveillance des chantiers. Des irrégularités avaient été observées sur chacun des 83 chantiers visités.

Une charte

Montréal souhaite également élaborer une « charte des chantiers », qui obligerait les entrepreneurs et les équipes de la Ville à mettre en place des mesures de mitigation pour limiter les nuisances aux riverains. Elle forcerait les entrepreneurs et les employés de la Ville à donner priorité à l’accessibilité et la sécurité autour des chantiers et à assurer une communication avec les résidents et les commerçants en plus d’utiliser des méthodes et matériaux « respectueux de l’environnement ».

Cette charte pourrait être incluse sans les contrats et devenir une condition pour obtenir un permis d’occupation du domaine public, indique-t-on. La Ville compte consulter ses partenaires avant d’élaborer sa charte. « On aimerait qu’elle soit en vigueur dès l’année prochaine », a dit M. Ouellet.

Critique

Le chef de l’opposition, Lionel Perez, comprend mal que l’administration ralentisse la cadence des chantiers alors que le rattrapage à faire est important.

« C’est préoccupant et, malheureusement, ce sont les Montréalais qui vont écoper dans la qualité de la voirie. Ils vont devoir attendre plus longtemps pour atteindre un seuil acceptable de qualité des infrastructures », a-t-il souligné.

Quant à la charte des chantiers, Lionel Perez a rappelé que l’opposition avait proposé ce concept à la fin de 2017, mais que cette idée avait été rejetée par l’administration Plante : « Ils démontrent encore une fois leur façon partisane de travailler. »