Dispute entre les partis sur la liste des invités

Le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, s’est dit disposé à entendre 28 intervenants en commission parlementaire.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, s’est dit disposé à entendre 28 intervenants en commission parlementaire.

Les partis politiques se disputent sur la liste des groupes à inviter à l’Assemblée nationale afin de commenter le projet de loi sur la laïcité de l’État.

Le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, s’est dit disposé à entendre 28 intervenants en commission parlementaire. C’est deux fois moins que le Parti libéral du Québec et Québec solidaire. En effet, les listes des première et deuxième oppositions sont plus fournies : celle du PLQ contient 64 noms ; celle de QS en renferme 62.

À leur demande, M. Jolin-Barrette a notamment accepté de recevoir la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le Barreau du Québec, la Ligue des droits et libertés, ainsi que les ex-présidents de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, Charles Taylor et Gérard Bouchard, a appris Le Devoir.

« Les négociations se poursuivent », s’est contentée de dire l’attachée de presse de QS Stéphanie Guévremont.

Le Parti québécois s’est pour sa part entendu avec M. Jolin-Barrette sur une liste de huit groupes : l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL), le Mouvement laïque Québécois (MLQ), le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ), Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec), Les Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État, Djemila Benhabib, Nadia El-Mabrouk ainsi que le sociologue Guy Rocher. À première vue, tous sont favorables au projet de loi 21, y compris l’interdiction de port de signes religieux visant les agents de la paix, procureurs, juges ainsi que les directeurs et enseignants des écoles primaires et secondaires publiques.

Le PQ souhaite également entendre la Coalition Laïcité Québec (CLQ), les Libres penseurs athées (LPA), le Rassemblement pour la laïcité (RPL) et l’ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin. Il dit être « en attente de réponse » de la part du cabinet du leader parlementaire du gouvernement.

Détérioration du climat

L’empressement du gouvernement caquiste à faire adopter le projet de loi 21 irrite des élus d’opposition. Certains craignent de voir la commission parlementaire chargée de passer au peigne fin le projet de loi sur la laïcité de l’État limiter à 45 minutes le temps alloué à chaque groupe, en plus de siéger du lundi au vendredi sous la menace d’un bâillon.

D’autres se plaignent plus largement de la détérioration du climat sur la colline Parlementaire.

Les discussions entre les équipes de leaders parlementaires deviennent rapidement « acrimonieuses ». « Inexpérimentée », la garde rapprochée de M. Jolin-Barrette « ne respecte aucune règle non écrite en vigueur depuis vingt ans pour faire fonctionner le Parlement », déplore une source politique.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a accusé jeudi l’équipe de François Legault de « bulldozer le Parlement avec son projet de loi sur la laïcité ».

Ni une ni deux, le premier ministre lui a reproché d’« accuse[r] les Québécois d’être racistes » en soutenant mercredi que l’oeuvre de la CAQ « incite à ce genre d’excès ». M. Arcand faisait allusion à la sortie médiatique du maire de Hampstead, William Steinberg, qui a accusé le gouvernement caquiste de procéder à du « nettoyage ethnique » au moyen du projet de la loi sur la laïcité de l’État.

Valérie Plante, six jours plus tard

Après s’être fait reprocher son silence, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a par voie de déclaration écrite condamné fermement les propos du maire de Hampstead, William Steinberg, et réclamé à son tour des excuses de sa part. « Par ses propos et son refus de s’excuser, le maire Steinberg est en train de détourner le débat du projet de loi sur la laïcité pour devenir lui-même l’objet du débat. Cette attitude est irresponsable et doit être dénoncée », a-t-elle souligné au terme d’une mission en Amérique du Sud. Le premier ministre François Legault a salué la déclaration de Mme Plante même si celle-ci accusait, selon lui, un retard de six jours. « Il était temps », a-t-il lancé jeudi. M. Steinberg a décrit le projet de loi 21 comme un moyen pour l’équipe de François Legault de procéder à un « nettoyage ethnique pacifique ». Il a reproché jeudi aux médias de ne pas avoir saisi et relayé à leurs lecteurs ou auditeurs les nuances de son commentaire.