Des œuvres du MBAM dans une propriété privée?

Le Musée des beaux-arts de Montréal
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le Musée des beaux-arts de Montréal

Cinq ans après la démolition de la maison Redpath, le terrain est toujours vacant. Mais un bâtiment de trois étages pourrait y voir le jour avec un espace d’exposition occupé par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Le projet est embryonnaire, prévient Patricia Lachance, chargée des relations médias au MBAM. En effet, le musée a reçu une offre d’un mécène afin qu’un espace soit mis à sa disposition pour y exposer des oeuvres. Le terrain visé est celui de l’ancienne maison Redpath, une demeure patrimoniale qui avait été démolie en 2014. Le terrain appartient désormais à l’homme d’affaires Daniel Assouline. « On a eu une proposition de don, mais l’offre n’est pas encore entérinée », a indiqué Patricia Lachance au Devoir.

Mais afin de savoir si l’aménagement d’un espace muséal était possible à cet endroit, le MBAM a déposé à l’arrondissement de Ville-Marie en octobre dernier une lettre d’intention d’occupation des espaces disponibles au 3457, avenue du Musée. Le conseil d’arrondissement sera donc appelé à autoriser, mardi soir, l’usage « musée » pour le site.

Une résidence-musée

Le 14 mars dernier, le Comité consultatif d’urbanisme (CCU) a formulé un avis favorable à cet usage. Selon les documents fournis aux élus, un projet de construction d’une résidence unifamiliale jumelé à un musée est présentement à l’étude. La résidence du propriétaire occuperait le troisième étage et une partie du deuxième étage. Le reste du bâtiment serait consacré à l’exposition d’œuvres et comporterait des espaces d’entreposage et des bureaux au sous-sol. Aucun permis de construction n’a cependant pas été soumis à l’arrondissement.

« On a voulu voir si ce terrain-là pourrait à terme avoir un usage muséal », explique Patricia Lachance. « C’est un peu pour ça qu’on a pris les devants avec la Ville. Mais pour le moment, on n’a pas confirmé le don avec le donateur pressenti. Donc, on n’a pas encore de projet concret. »

Résidence étudiante

La maison Redpath avait fait les manchettes au début des années 2010 quand le propriétaire de l’époque avait voulu démolir l’immeuble pour y construire des copropriétés. Le MBAM s’était d’ailleurs plaint au maire Gérald Tremblay, car le nouvel immeuble risquait d’obstruer la vue sur la montagne. Construite en 1886 par l’architecte Sir Andrew Taylor, la maison Redpath était une des rares d’architecture Queen Anne qui subsistait dans la métropole.

Partiellement démolie, puis sauvée en 1986, la maison a été laissée à l’abandon pendant plus de 25 ans. En 2014, après que le propriétaire eut renoncé aux copropriétés pour privilégier une résidence étudiante de 30 logements, la Ville a finalement autorisé sa démolition. La maison Redpath a été détruite promptement, mais l’immeuble pour étudiants ne s’est jamais concrétisé. La propriété a été vendue en juin dernier à l’homme d’affaires Daniel Assouline pour 3,5 millions.

Il n’a pas été possible lundi d’obtenir les commentaires de M. Assouline.

Les documents de la Ville mentionnent que l’espace muséal pourrait être utilisé pour exposer des œuvres de Jean-Paul Riopelle, mais le MBAM soutient qu’aucune décision n’a été prise à ce sujet.

Patricia Lachance reconnaît toutefois que les besoins d’espaces sont grands pour le MBAM : « On a une collection de 43 000 œuvres, et on en a 5500 qui sont exposées. C’est sûr qu’il y a toujours du potentiel d’élargir notre surface d’exposition ».

Commémorer la maison Redpath

Les nouveaux espaces d’exposition seraient situés non loin des autres pavillons du MBAM, notait le CCU dans sa décision, et le projet entraînerait moins de volume de circulation que la résidence étudiante initialement prévue.

Le CCU a toutefois recommandé d’« amorcer une réflexion quant à la stratégie de commémoration de la maison Redpath à prévoir dans les plans ».