Pénurie de logements: Montréal envisage des mesures spéciales

La prochaine période de déménagement pourrait être éprouvante pour des familles montréalaises.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La prochaine période de déménagement pourrait être éprouvante pour des familles montréalaises.

Constatant une sévère pénurie de logements, la Ville de Montréal envisage de mettre en place des mesures spéciales si la situation se détériore d’ici le 1er juillet, a indiqué la mairesse Valérie Plante mardi.

En octobre dernier, la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a établi à 1,9 % le taux d’inoccupation des logements dans la région de Montréal. On est loin du 0,7 % de 2002 alors que sévissait une grave crise du logement, mais sur le terrain, la pénurie de logements se fait sentir.

On a vu un appartement de 1500 $ pas en très bon état, mais il y avait déjà une cinquantaine de visites.  [...] Il faut quasiment être prêt à donner un acompte pour avoir un logement.

« Je suis très préoccupée », a confié la mairesse en rappelant la crise de 2002. La Ville de Montréal avait dû ouvrir des centres d’hébergement pour les familles qui s’étaient retrouvées sans logis au 1er juillet.

Pour l’instant, la Ville suit la situation de près et offre un service d’aide aux locataires en difficulté par l’entremise de l’Office municipal d’habitation de Montréal. Mais si la situation se dégrade au cours des prochains mois, un plan d’urgence pourrait être adopté, a soutenu Geneviève Jutras, attachée de presse de la mairesse.

Les propriétaires ont le choix

« Les comités logement sont surchargés, en ce moment, surtout dans les quartiers centraux », confirme Philippe Girouard, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ). « On ne vit peut-être pas la situation de 2002, mais un taux d’inoccupation sous 3 % nous fait croire qu’en juillet, il y aura très certainement des personnes à la rue. »

Montréal n’est pas seule dans cette situation. D’autres régions, comme la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent, vivent une pénurie depuis des années, signale-t-il. « Et comme il y a une rareté de logements, ça fait en sorte que les propriétaires peuvent être beaucoup plus difficiles et se permettre de choisir », dit-il.

Parents d’un jeune enfant, Jean-Sébastien Savard et sa conjointe cherchent depuis septembre dernier un logement, mais sans succès. La quête est difficile, car les locataires sont nombreux à convoiter les mêmes rares logements.

« On a vu un appartement de 1500 $ pas en très bon état, mais il y avait déjà une cinquantaine de visites », relate avec exaspération M. Savard. « C’est la guerre ! Il faut quasiment être prêt à donner un acompte pour avoir un logement. » Ce qui complique la recherche, c’est que le couple a un chien. Les propriétaires n’en veulent pas dans leur immeuble, aussi tranquille et doux soit-il.

Dans ce contexte de pénurie, les risques de discrimination sont plus grands. Les personnes qui s’estiment discriminées, notamment à cause de la couleur de leur peau, peuvent porter plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.

« Même dans les cas de discrimination clairs, ce sont des années de procédures. S’il s’agit d’une première offense, le propriétaire s’en sort avec un avertissement et ça ne donne pas un logement à la personne », indique Philippe Girouard.

Avoir des enfants peut même représenter un obstacle à l’obtention d’un logement. Certains propriétaires seront directs, comme ce propriétaire d’un 5 1/2 dans Hochelaga-Maisonneuve qui a pris soin d’indiquer « pas d’enfants » dans une annonce récente.

Hans Brouillette, directeur des affaires publiques à la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), reconnaît que refuser un logement à cause des enfants est discriminatoire. Mais il croit que ces réticences peuvent être compréhensibles. « Si le propriétaire n’habite pas l’immeuble, ça ne change rien pour lui, sauf s’il a des plaintes des autres locataires, qui peuvent menacer de déménager ou qui demandent une diminution de loyer parce qu’ils sont incommodés », dit-il.

Renseignements personnels

Le propriétaire peut refuser un locataire sur des critères de comportement, sur la capacité financière et son passé en matière de crédit, mais jusqu’où peut-il aller en matière de renseignements personnels ?

Avant l’an dernier, la Commission d’accès à l’information indiquait que le propriétaire n’avait pas le droit de demander le numéro d’assurance sociale ou le numéro de compte de banque d’un locataire potentiel, des informations non nécessaires pour une enquête de crédit. Mais un jugement de la Cour du Québec rendu en juillet dernier a plutôt conclu que dans certains cas, ces renseignements pouvaient être requis.

« Le pouvoir de négociation des locataires est nul, en ce moment », résume Philippe Girouard, du RCLALQ.

2 commentaires
  • Gilles Tremblay - Inscrit 3 avril 2019 09 h 48

    Que l'on veuille l'admettre ou pas

    Lorsque l'immigration, les personnes âgées et les familles sont gérées de façon mercantile, égoïste et irresponsable par nos gouvernements, fédéral, provincial et municipal, on se retrouve avec se genre de gâchis social où tous nous en faisons les frais, économiquement, socialement et psychologiquement. L’ennemie publique numéro #1 ce n’est pas la personne, mais la pauvreté. Malheureusement, la pauvreté est devenue un produit comme un autre sur laquelle certains tordus ont trouvé le filon d’or.

  • Robert Beauchamp - Abonné 3 avril 2019 10 h 15

    La surchauffe provoquée

    Voilà ce qu'il en coûte de recevoir plus d'invités à coucher que de chambres disponibles. Un des aspects de l'immigration qui nous affecte lorsque le débordement n'est pas contrôlé et qui ne vise qu'à satisfaire les lois du marché. Tout cette surchauffe est volontairement entretenue à nos dépens. La rareté c'est payant pour les grands propriétaires immobiliers liés à la haute finance qui dicte la loi du marché ici-même.