Anne-France Goldwater tente d’empêcher l’euthanasie d’un pitbull jugé dangereux

Me Goldwater avance que la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (LBSA) supplante le règlement municipal sur lequel la Ville de Montréal s’est basée pour ordonner l’euthanasie du pitbull.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Me Goldwater avance que la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (LBSA) supplante le règlement municipal sur lequel la Ville de Montréal s’est basée pour ordonner l’euthanasie du pitbull.

L’avocate Anne-France Goldwater a tenté, jeudi, de convaincre un juge de la Cour supérieure de ne pas autoriser l’euthanasie d’un pitbull qui, en août dernier, a blessé quatre enfants et deux adultes dans une résidence de Montréal-Nord.

« Ce n’est pas le meilleur des chiens », a reconnu d’entrée de jeu l’avocate, mais cela ne signifie pas que la Ville de Montréal peut ordonner son euthanasie sans évaluation d’experts canins, a-t-elle fait valoir.

En août dernier, un chien de type pitbull s’en était pris à six personnes, dont quatre enfants, alors qu’il était sous la garde temporaire d’une sexagénaire. La propriétaire de l’animal lui avait signalé que le chien devait porter une muselière.

Me Goldwater avance que la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (LBSA) adoptée par l’Assemblée nationale en 2015 supplante le règlement municipal sur lequel la Ville de Montréal s’est basée pour ordonner l’euthanasie du pitbull. « C’est leur charte à eux », a souligné l’avocate, qui reproche à la Ville de ne pas avoir procédé à une évaluation d’experts avant de décréter la dangerosité de l’animal, comme le prescrit la LBSA.

Elle dénonce aussi le fait que la Ville a omis de communiquer avec la propriétaire du chien avant de statuer sur son sort. La propriétaire de l’animal, Christa Frineau, s’est d’ailleurs jointe mercredi à l’action intentée par Me Goldwater pour s’opposer à la mise à mort de l’animal.

Me Anne-France Goldwater demande aussi à la cour d’autoriser le transfert du chien au refuge Road to Home Rescue, établi dans l’État de New York, où, dit-elle, il pourra être réhabilité.

La sécurité du public

L’avocat représentant la Ville, Me Alexandre Paul-Hus, estime que la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal n’est pas incompatible avec le règlement municipal. Cette loi permet d’ailleurs l’euthanasie des animaux, a-t-il rappelé.

Si la Ville a ordonné l’euthanasie du chien, c’est qu’il avait été déclaré dangereux par l’arrondissement de Montréal-Nord et que la possession d’un chien dangereux est interdite sur le territoire montréalais. « Il faut respecter le choix qui a été fait par les élus. Et ce choix a été de mettre la sécurité du public en premier », a-t-il expliqué.

Il a aussi fait valoir que la propriétaire du chien ne s’était manifestée que mercredi dans le cadre de cette action engagée par Me Goldwater. L’avocat a remis en question l’implication dans le dossier du refuge américain qui s’est dit prêt à payer une caution de 3000 $ pour le chien : « On nous suggère que l’organisme Road to Home va devenir la solution pour les chiens déclarés dangereux ? »

Je trouve que c’est une aberration épouvantable. On est là à perdre du temps et de l’argent pour défendre un chien qui a quand même blessé quatre enfants et deux adultes.

 

Le juge Lukasz Granosik a pris la cause en délibéré.

Présente lors de l’audience, Lise Vadnais, dont la soeur, Christiane Vadnais, est décédée lors de l’attaque d’un chien à Montréal en 2016, s’est dite outrée de l’action engagée par Me Goldwater. « Je trouve que c’est une aberration épouvantable. On est là à perdre du temps et de l’argent pour défendre un chien qui a quand même blessé quatre enfants et deux adultes. […] On ne parle pas des enfants. Comment vont-ils ? Ont-ils besoin d’aide ? Non, on parle de sauver un chien. »

Lundi dernier, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait fait savoir qu’aucune accusation ne serait portée dans ce dossier.