Valérie Plante ouverte à revoir le processus d’enquête visant les agents du métro

Selon une coalition, qui réclame une enquête indépendante, les deux inspecteurs ont fait preuve d’une violence gratuite et excessive.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Selon une coalition, qui réclame une enquête indépendante, les deux inspecteurs ont fait preuve d’une violence gratuite et excessive.

La mairesse Valérie Plante se dit ouverte à l’idée de revoir le processus d’enquête afin de traiter les plaintes visant les inspecteurs du métro de Montréal. Cette déclaration survient après qu’une coalition d’organismes eut demandé la tenue d’une enquête indépendante sur l’intervention musclée de deux inspecteurs du métro à l’encontre d’un homme noir à la station Villa-Maria il y a moins de deux semaines.

Le 7 mars dernier, deux inspecteurs du métro ont interpellé un homme qui jouait au soccer avec un ballon dans une voiture de métro. Selon la Société de transport de Montréal (STM), celui-ci aurait obtempéré, mais quand les inspecteurs lui ont demandé s’il détenait un titre de transport, il aurait admis ne pas en avoir.

La situation a dégénéré quand, à l’arrivée du train à la station Villa-Maria, l’homme a tenté de fuir les lieux. Sur les images captées par un témoin et relayées sur les réseaux sociaux, les inspecteurs assènent plusieurs coups de bâton télescopique aux jambes de l’homme qui leur crie d’arrêter de frapper : « Ça fait mal ! »

À un certain moment, la tête de l’homme étendu sur le dos se retrouve tout près du bord du quai alors qu’un train arrive. Il finit par s’enfuir.

« Violence gratuite »

Une coalition, regroupant notamment la Ligue des Noirs du Québec, le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), l’Association jamaïcaine de Montréal et l’Alliance des communautés de l’Asie du Sud, réclame la tenue d’une enquête indépendante sur l’incident ainsi que la création d’un organisme de surveillance indépendant pour examiner les plaintes portées contre les inspecteurs du métro.

Les deux inspecteurs ont fait preuve d’une violence gratuite et excessive, estime Alain Babineau, conseiller au CRARR : « Elle aurait pu causer la mort du jeune homme. »

La société de transport de Toronto a un coordonnateur aux plaintes et un usager mécontent peut s’adresser à l’ombudsman de la Ville, a expliqué le conseiller de Snowdon, Marvin Rotrand, qui, à l’instar du chef de l’opposition, Lionel Perez, appuie les revendications de la coalition. En Colombie-Britannique, les agents présents dans les réseaux de transport ont le même statut que les policiers.

M. Rotrand a rappelé que les inspecteurs du métro pouvaient remettre des constats d’infraction aux usagers qui n’ont pas payé leur passage ou qui ont enfreint le règlement, mais qu’ils n’ont pas le pouvoir de procéder à de telles arrestations puisque ce ne sont pas des constables spéciaux, dit-il.

Changement de statut ?

La STM soutient qu’une enquête interne « rigoureuse » a déterminé que les inspecteurs avaient respecté les normes et les procédures mises en place par la société. « Il est arrivé par le passé qu’il y ait des sanctions pour des inspecteurs qui n’avaient pas respecté le protocole. Il y a même eu des congédiements. Le continuum de la force a été respecté », a affirmé le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb.

Celui-ci soutient que l’homme au coeur de l’intervention du 7 mars a communiqué avec la STM pour s’excuser d’avoir créé ce « brouhaha ».

En point de presse avec la mairesse Plante, M. Schnobb a évoqué la possibilité que le statut des inspecteurs du métro soit modifié. « Si les inspecteurs devenaient des constables spéciaux, peut-être qu’à ce moment-là, ils seraient automatiquement assujettis au commissaire à la déontologie policière et au Bureau des enquêtes indépendantes. »

De son côté, Valérie Plante s’est dite prête à envisager la tenue d’enquêtes indépendantes dans des cas similaires. « Cette idée d’enquête indépendante, on n’est absolument pas fermés à ça. Il va falloir voir quel est le meilleur modèle pour nous, à Montréal. »

La Fraternité des constables et agents de la paix de la STM (CSN), n’a pas voulu commenter l’affaire.