L’exode vers les banlieues de Montréal se poursuit

Ce sont surtout les banlieues adjacentes qui ont profité de la migration des familles avec enfants.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Ce sont surtout les banlieues adjacentes qui ont profité de la migration des familles avec enfants.

L’administration de Valérie Plante devra redoubler d’ardeur pour retenir les familles à Montréal. Les récentes données de migrations interrégionales publiées mercredi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) montrent que l’an dernier, les familles ont été plus nombreuses à quitter Montréal qu’à s’y établir. La métropole a d’ailleurs enregistré une perte nette de 24 000 résidents, la plus importante des dernières années.

La mairesse Plante avait fait du maintien des familles à Montréal une de ses priorités lors de la campagne électorale de l’automne 2017. Or, les banlieues continuent d’être attrayantes pour de nombreux Montréalais.

Entre juillet 2017 et juillet 2018, Montréal a accueilli 35 970 résidents provenant d’autres régions du Québec, mais elle en a aussi perdu 59 633 qui sont allés s’établir ailleurs, soit une perte nette de 23 663 personnes, observe l’ISQ, qui chaque année s’intéresse aux migrations interrégionales.

« Il s’agit des pertes les plus importantes pour la région depuis 2009-2010 », indique l’ISQ.

Les banlieues championnes

L’ISQ constate également que ce sont chez les groupes des 0 à 14 ans et des 25 à 44 ans que les pertes sont les plus importantes, signe que les familles avec enfants sont plus nombreuses à quitter l’île de Montréal qu’à s’y établir.

Sans surprise, ce sont surtout les banlieues adjacentes qui ont profité de cette migration. La région des Laurentides affiche des gains importants, trônant au sommet en matière de migration interrégionale au Québec avec des gains de 6294, parmi les plus élevés des quinze dernières années. Lanaudière arrive au second rang avec un solde migratoire positif de 3381 personnes. La Montérégie fait également partie des grandes gagnantes de la migration interrégionale.

Ces données n’étonnent pas Joanie Fontaine, économiste au cabinet de recherche immobilière JLR, compte tenu du manque de disponibilité des terrains. « Montréal est un territoire où construire devient de plus en plus difficile. Les prix des propriétés ont augmenté rapidement, surtout dans la dernière année. Montréal est une île », signale-t-elle.

« Mais la population montréalaise augmente parce qu’il y a beaucoup de migration internationale, et ces nouveaux résidents s’établissent à Montréal. »

Accès à la propriété

Le phénomène d’expansion vers les 2e et 3e couronnes se poursuit donc et Laval peine maintenant à garder un solde positif, après des gains dans les années 2000, note l’Institut.

En 2017-2018, le territoire lavallois a attiré 267 personnes de plus.

Ces constats démontrent l’importance des programmes mis en place par l’administration Plante en matière d’habitation, de transport et de réfection de parcs pour garder les familles à Montréal, a fait valoir mercredi le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Benoit Dorais. Depuis son élection, Valérie Plante martèle la volonté de son administration de contribuer à la construction de 12 000 logements sociaux et abordables au cours des prochaines années.

Et en avril dernier, la mairesse a annoncé la bonification du programme d’accès à la propriété de la Ville, afin de multiplier par cinq le nombre de ménages susceptibles de bénéficier de subventions destinées aux premiers acheteurs.

« Des mesures comme ça, ça aide », reconnaît Joanie Fontaine. « Mais les incitatifs financiers sont quand même faibles comparativement à la différence de prix entre les propriétés à Montréal et celles en banlieue. »

Selon elle, l’exode vers les banlieues demeure inévitable et, dans les circonstances, l’économiste ne voit pas comment cette tendance pourra être inversée. Mais globalement, répète-t-elle, la population montréalaise croît.

De son côté, l’Estrie connaît son meilleur bilan migratoire des deux dernières décennies. Elle est d’ailleurs la seule région à enregistrer des gains dans toutes les catégories d’âge, précise l’ISQ.

Les régions plus éloignées de la métropole enregistrent habituellement des soldes négatifs, mais la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine continue de faire des gains.

L’ISQ publie chaque année les statistiques de migration interrégionale en se basant sur les données de la Régie de l’assurance maladie du Québec, mises à jour régulièrement.

24 000
Perte nette de résidents enregistrée par Montréal entre juillet 2017 et juillet 2018. Ce nombre représente une diminution de 1,24 % de la population de la métropole.

Variation dans d’autres régions du Québec

- Laurentides...................+1,05 %
- Lanaudière....................+0,67 %
- Montérégie....................+0,58 %
- Capitale-Nationale.........+0,21 %
- Côte-Nord.....................–0,99 %