Des caméras pour tous les policiers, réclame l'opposition

Le SPVM avait lancé en 2016 son projet-pilote de caméras portatives pour les policiers. L’expérience ne s’est pas avérée concluante, a jugé le corps policier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le SPVM avait lancé en 2016 son projet-pilote de caméras portatives pour les policiers. L’expérience ne s’est pas avérée concluante, a jugé le corps policier.

Même si le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne juge pas concluant le projet-pilote de caméras portatives pour les policiers, le chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville, Lionel Perez, croit que l’administration doit doter tous les policiers de cet équipement.

En juin 2015, le coroner Paul G. Dionne avait recommandé le port de caméras pour les policiers après avoir enquêté sur le décès de Robert Hénault, mort lors d’une intervention policière. Plusieurs études ont également indiqué que les caméras pouvaient réduire le recours à la force et améliorer la sécurité des policiers et des citoyens.

Pendant près d’un an, de mai 2016 à avril 2017, 78 patrouilleurs du SPVM ont porté de petites caméras dans un contexte de travail. Le projet-pilote a été déployé au Module de la circulation sud, à la Section du métro ainsi que dans trois postes de quartier, soit ceux de Lachine, du Plateau-Mont-Royal et de Montréal-Nord.

Une directive indiquait que les policiers devaient absolument activer leur caméra lors d’interventions et qu’ils devaient en informer les citoyens concernés. Ils devaient toutefois suspendre ou arrêter l’enregistrement dans certaines circonstances, comme lorsqu’une méthode d’enquête risquait d’être dévoilée ou que les policiers se trouvaient dans certains endroits, comme les toilettes publiques ou les lieux de culte.

Un coût de 24 millions

Le SPVM a examiné les données administratives et effectué des sondages auprès des participants. Il en conclut que l’utilisation de caméras n’a pas eu l’effet escompté pour désamorcer les situations tendues impliquant des citoyens aux « comportements problématiques ».

Nous croyons sincèrement que cela va engendrer plus de transparence, augmenter la confiance avec la population ainsi que la sécurité des policiers

Selon le SPVM, les caméras n’ont eu aucune incidence sur l’usage de la force par les policiers ou sur le nombre de voies de fait commises par les citoyens contre les policiers.

« L’expérience du projet n’a pas permis de démontrer sans équivoque que les caméras portatives favorisent la transparence des interventions policières, consolident le lien de confiance entre le policier et le citoyen et assurent la sécurité des policiers », conclut le SPVM.

Quelque 89 % des policiers sondés ont eu le sentiment d’être surveillés. Plusieurs ont vu dans cet équipement une « intrusion, un manque de confiance à leur égard et une atteinte à leur vie privée au travail », disant craindre que les enregistrements vidéo soient utilisés contre eux. Une majorité de policiers ont également jugé que les caméras dépersonnalisaient leurs interactions avec les citoyens.

Le SPVM note par ailleurs que, dans bien des cas, les enregistrements sont fragmentaires en raison des règles à suivre. Le recours aux caméras soulève aussi des questions quant à la divulgation ou non des enregistrements dans le cas de situations litigieuses.

Le déploiement des caméras portatives à l’ensemble des policiers montréalais coûterait 24 millions de dollars par année et nécessiterait des effectifs de 202 personnes-année supplémentaires, précise le SPVM.

Profilage racial

Malgré les réticences du SPVM, Lionel Perez croit qu’au contraire tous les policiers devraient être munis de caméras corporelles. « Nous croyons sincèrement que cela va engendrer plus de transparence, augmenter la confiance avec la population ainsi que la sécurité des policiers », a expliqué M. Perez.

Il a souligné que selon le rapport, 90 % des citoyens jugent que cette mesure accroît la confiance envers les policiers et la transparence. Il a aussi signalé qu’une majorité de policiers ont assuré qu’ils étaient très à l’aise avec les caméras pour autant que cela n’alourdissait pas indûment leur charge de travail. « La nature humaine fait en sorte que les policiers ne veulent pas se faire policer. Ils ne veulent pas être surveillés. Mais nous, on pense que, justement, ça démontre que leur façon d’agir est différente lorsqu’il y a une caméra. »

Lionel Perez reconnaît que les coûts pourraient être élevés : « Mais il y a un coût à ne rien faire. Il y a des enjeux de profilage racial. La transparence et la confiance du public n’ont pas de prix. »

Le chef d’Ensemble Montréal a rappelé qu’il y avait eu consensus chez l’ensemble des élus, incluant Projet Montréal, pour doter tous les policiers de caméras.

Les résultats du projet-pilote seront présentés par le SPVM lors d’une séance publique de la Commission de la sécurité publique vendredi matin à l’hôtel de ville de Montréal. Au cabinet de la mairesse Plante, on indique que l’administration prendra position à la lumière des travaux de la Commission.