Une commission recommande la suspension du projet Royalmount

Le mégacentre commercial qui doit voir le jour à la jonction des autoroutes 15 et 40 a déjà obtenu l’aval de la municipalité de Mont-Royal.
Photo: Carbonleo Le mégacentre commercial qui doit voir le jour à la jonction des autoroutes 15 et 40 a déjà obtenu l’aval de la municipalité de Mont-Royal.

La commission chargée d’étudier le projet de mégacentre commercial Royalmount recommande la suspension du projet afin de revoir sa planification et d’en faire un « quartier complet à échelle humaine ». Elle suggère même à la Ville et à l’agglomération d’envisager des recours légaux si aucune entente n’est conclue avec le promoteur pour redéfinir le projet.

La Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation, que préside le conseiller Richard Ryan, estime que compte tenu de l’envergure du projet, des impacts négatifs qu’il aura sur la circulation routière et de l’absence d’études d’impact sur l’environnement, le projet doit être mis en veilleuse. Ce temps d’arrêt permettra au promoteur Carbonleo et aux autorités de procéder à une « planification intégrée » pour faire un projet qui réponde aux « besoins de la population montréalaise ».

Moins de stationnement

La Commission recommande également que Montréal demande au gouvernement du Québec des modifications législatives « afin de prévoir l’ajout d’un outil urbanistique visant à assurer la cohésion de tout développement d’envergure régionale ».

Ce projet de 2 milliards, qui aura des impacts majeurs dans toute la région, a déjà obtenu l’aval de la municipalité de Mont-Royal, mais celle-ci ne représente que 1 % de la population de l’agglomération, rappelle la Commission.

Selon les plans présentés, le mégacentre commercial qui doit voir le jour à la jonction des autoroutes 15 et 40 comportera quelque 160 boutiques, jusqu’à 75 restaurants, des cinémas, un parc aquatique et 8000 places de stationnement. Le promoteur a récemment indiqué son intention d’y ajouter un volet résidentiel, ce qui nécessitera une modification du schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération.

La Commission demande que le promoteur réduise « de manière substantielle » le nombre de cases de stationnement « en cohérence avec les objectifs de réduction de la part modale des véhicules automobiles sur le territoire montréalais ». Elle réclame également des solutions durables en matière de mobilité et de transport, compte tenu de l’impact appréhendé du projet sur la congestion routière dans le secteur.

Comme des investissements importants seront requis pour développer le transport actif et collectif dans le secteur Namur/De la Savane, la Commission suggère qu’une « partie équitable » des revenus de taxation de Mont-Royal et de l’agglomération soit consacrée à cette fin.

Avec l’ajout d’une composante résidentielle, le promoteur doit viser la création d’un « réel quartier complet à échelle humaine » en y incluant des services de proximité, des parcs, des équipements de loisirs et communautaires, signale la Commission. Il doit aussi prévoir des terrains « appropriés » pour la construction d’écoles sur le site. Le volet résidentiel devrait aussi inclure du logement social, abordable et familial, avance la Commission.

L’autonomie des villes

Les élus membres de la Commission ont approuvé à la majorité les quinze recommandations jeudi. Le maire de Montréal-Est, Robert Coutu, et son homologue de Dollard-des-Ormeaux, Alex Bottausci, ont voté contre.

« Les recommandations […] ont pour effet d’empiéter sur les compétences locales exclusives aux villes liées de l’agglomération », a indiqué Robert Coutu en rappelant que le projet respectait le schéma d’aménagement adopté par l’agglomération en 2015. L’élu estime que la Commission va trop loin en évoquant le recours aux tribunaux pour forcer la main au promoteur.

Présent à l’hôtel de ville, le vice-président directeur de Carbonleo, Claude Marcotte, n’a pas semblé ébranlé par les recommandations de la Commission qui prônent d’importants changements au projet.

« On comprend qu’il y a certains éléments qui devront être revus, a-t-il dit. On va continuer à travailler avec les organismes, les municipalités et les fonctionnaires de façon à bonifier le projet comme on le fait depuis trois, quatre ans. »

Échéanciers à respecter

La menace d’une suspension du projet n’a pas paru l’inquiéter : « Les échéances sont serrées, a-t-il reconnu. Mais on a trois ans avant l’ouverture, donc, on a amplement le temps de prendre en considération les recommandations constructives et faire les modifications s’il y a lieu. »

De son côté, la mairesse Valérie Plante commentera le dossier vendredi matin.