La CSN presse la CAQ de maintenir les seuils d’immigration

La CSN a énoncé ses priorités de l’année 2019 lors d’une conférence de presse à Montréal, vendredi. Son président, Jacques Létourneau, a prévenu qu’elle suivrait de près le nouveau gouvernement de la CAQ, qu’elle dénonce déjà sur certains dossiers.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La CSN a énoncé ses priorités de l’année 2019 lors d’une conférence de presse à Montréal, vendredi. Son président, Jacques Létourneau, a prévenu qu’elle suivrait de près le nouveau gouvernement de la CAQ, qu’elle dénonce déjà sur certains dossiers.

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) presse le gouvernement de François Legault de renoncer à réduire les seuils d’immigration. La pénurie de main-d’oeuvre qui sévit au Québec commande plutôt le maintien du nombre d’immigrants accueillis, estime le président de la centrale syndicale, Jacques Létourneau.

Statistique Canada a annoncé vendredi matin que le taux de chômage s’était établi à 5,6 % au Canada en 2018, le taux le plus faible observé depuis des décennies. Ce constat est de nature à plaire aux syndicalistes.

Alors qu’il présentait vendredi matin les priorités de la CSN pour la nouvelle année, Jacques Létourneau s’est réjoui de cette statistique tout en envoyant un message au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ).

« Évidemment, c’est une bonne nouvelle. […] Mais ça pose des défis éminemment importants », a-t-il commenté, citant la pénurie de main-d’oeuvre observée au Québec au cours des derniers mois. « On sait que le gouvernement Legault a été élu sur la baisse des seuils d’immigration. […] Mais dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, on pense qu’on devrait faire le contraire : ouvrir les frontières et mettre en place les bonnes conditions d’intégration à la société québécoise et aussi surtout en emploi. »

La CSN entend d’ailleurs organiser un colloque consacré à l’enjeu de la pénurie de main-d’oeuvre à la fin de février. Les autres organisations syndicales, les associations patronales et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, y ont été invités, a précisé M. Létourneau.

Quelques tuiles

En 2019, la CSN poursuivra sa campagne pour un salaire minimum de 15 $ l’heure, mais elle s’inquiète aussi des emplois « de qualité » qui sont menacés. La fermeture éventuelle de Sico, la décision de VIA Rail de rejeter la proposition de Bombardier pour le renouvellement d’une partie de sa flotte et les difficultés du chantier maritime Davie sont des enjeux préoccupants auxquels le gouvernement doit s’attaquer, estime M. Létourneau.

« Évidemment, ce sont différents cas de figure et il n’y a pas une seule solution qui s’applique. Quand le siège social de Sico est déménagé aux États-Unis depuis des années et que la décision se prend à Pittsburgh, c’est un peu difficile pour le gouvernement d’intervenir, a-t-il reconnu. Par contre, quand le gouvernement annonce des crédits d’impôt aux entreprises, comme le patronat le réclame à tue-tête depuis des années, peut-on poser des conditions pour que les entreprises réinvestissent pour renouveler les équipements et la formation de la main-d’oeuvre ? »

L’environnement

La CSN a aussi nommé l’environnement parmi ses priorités pour 2019. « Disons que, jusqu’à maintenant, il n’y a rien de bien convaincant dans la façon dont la CAQ gère le dossier environnemental », a commenté Jacques Létourneau.

La CSN presse le gouvernement de respecter les cibles de réduction des gaz à effet de serre qui avaient été fixées pour 2020 et de favoriser le mouvement de transition vers des énergies plus vertes.

Mais Jacques Létourneau n’est pas prêt à condamner le forage de 30 puits à l’ouest de Gaspé dans le cadre d’un projet d’exploitation pétrolière commerciale, dont faisait état Le Devoir vendredi en une.

« C’est un débat qui n’est jamais simple dans le mouvement syndical parce que qui dit forages, pétrole, gaz naturel et barrages dit création d’emplois, a-t-il reconnu. Et souvent, il s’agit d’emplois plus payants que ceux dans le secteur du commerce, où les gens sont payés au salaire minimum. Donc, l’équilibre du développement durable est toujours un objectif à maintenir, mais, minimalement, le principe de l’acceptabilité [doit être mis en avant]. »

L’année 2019 sera aussi marquée par plusieurs négociations puisqu’une centaine de syndicats de la CSN devront renouveler leurs conventions collectives, tant dans le secteur manufacturier que dans ceux des communications et du commerce de détail. Deux dossiers en particulier seront dans la ligne de mire de la CSN, soit celui des agents correctionnels fédéraux et le dépôt, à l’automne, des demandes syndicales dans le cadre des négociations dans le secteur public.