Le Royalmount sème l’inquiétude dans le milieu du spectacle

La construction du Royalmount n’inquiète pas seulement le milieu du spectacle, mais aussi les commerçants montréalais.
Photo: Carbonleo La construction du Royalmount n’inquiète pas seulement le milieu du spectacle, mais aussi les commerçants montréalais.

L’arrivée du projet Royalmount, avec ses deux salles de spectacles totalisant 4500 places, pourrait avoir un impact dévastateur pour les autres institutions culturelles de la métropole, croit le président du conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles, Jacques Primeau.

Devant la commission sur le développement économique mercredi, M. Primeau a rappelé que le Royalmount, un centre de divertissement qui doit voir le jour à l’intersection des autoroutes 15 et 40 en 2022, comportera deux salles, l’une de 3250 places et l’autre de 1250 places. En excluant le Centre Bell, à Montréal, et la Place Bell, à Laval, la grande salle du Royalmount deviendra celle qui comportera le plus de sièges dans la région métropolitaine.

L’Observatoire de la culture a fait état d’une stagnation dans la vente de billets au cours des dernières années pour la grande région de Montréal, soit environ 3,5 millions de billets par année depuis 2004, a rappelé M. Primeau. Or, l’ouverture des deux nouvelles salles pourrait se traduire par la vente de 1,5 million de billets supplémentaires, avance M. Primeau.

« On voit une menace de cannibalisation d’un marché qui est limité », a-t-il indiqué. « Si ce projet marche et attire effectivement 1,5 million de spectateurs, ça va s’avérer une catastrophe, non seulement pour les salles du Quartier des spectacles, mais pour toutes les salles dans la région métropolitaine. »

La présentation de spectacles plus rentables au Royalmount pourrait également nuire à la diversité culturelle existante, a-t-il soutenu. « Cet équilibre peut être rompu facilement. Si on enlève trois, quatre comédies musicales de la Place des Arts pour les amener dans l’une des salles du Royalmount, c’est sûr que cet argent sera moins disponible pour faire des spectacles de création plus coûteux et moins rentables. C’est un phénomène qui est extrêmement préoccupant. »

Les documents soumis par Carbonleo ne mentionnent pas le chiffre de 1,5 million de billets vendus annuellement évoqué par M. Primeau. Celui-ci a d’ailleurs expliqué avoir fait ces estimations en se basant sur le fait que pour être rentable, une salle doit être occupée pendant au moins 250 soirs.

Le 27 novembre dernier, devant la même commission, Claude Marcotte, vice-président chez Carbonleo, avait précisé que la petite salle du Royalmount était surtout destinée au marché de l’événementiel. Il avait souligné la possibilité d’un partenariat avec le Cirque du Soleil pour la plus grande salle.

Carbonleo n’a pas voulu commenter la présentation faite par les représentants du Quartier des spectacles.

Une taxe sur le stationnement ?

La construction du Royalmount n’inquiète pas seulement le milieu du spectacle, mais aussi les commerçants montréalais. La directrice générale de l’Association des Sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM) ne voit pas comment un complexe de cette ampleur — avec 3,5 millions de pieds carrés d’espaces commerciaux, 200 boutiques, 100 restaurants et 8000 places de stationnement — pourrait n’avoir que peu d’impact pour les commerçants montréalais.

« Un 5 ou 6 % d’impact sur le centre-ville déjà fragile, c’est énorme. Il faut en tenir compte », a-t-elle expliqué lors de la présentation du mémoire de son association.

L’ASDCM formule plusieurs recommandations, dont la mise en place d’une taxe compensatoire sur le stationnement des grands centres commerciaux. Les revenus ainsi récoltés pourraient être investis dans des projets de développement économique et de développement durable pour les artères commerciales, suggère l’association. L’ASDCM propose aussi la création d’un comité de travail et de réflexion sur l’avenir du centre-ville.

À la lumière d’études déposées en novembre dernier, Carbonleo affirme que l’impact du Royalmount sera faible pour les artères commerciales, soit une érosion des ventes de moins de 5 %. Le projet nuira davantage aux centres commerciaux, plus particulièrement le Centre Rockland, Place Vertu et le Marché Central, croit le promoteur.