Ville de Montréal: plaidoyer de l’opposition pour des feux exclusifs aux piétons

À Montréal, en général, aux intersections comportant des feux de circulation, les piétons traversent en même temps que les voitures.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir À Montréal, en général, aux intersections comportant des feux de circulation, les piétons traversent en même temps que les voitures.

Faut-il ou non implanter davantage de phases exclusives pour piétons aux feux de circulation ? L’opposition à l’Hôtel de Ville de Montréal croit que cette mesure protégerait mieux les personnes âgées et les enfants qui circulent à pied. L’administration Plante n’est pas aussi convaincue, estimant que cette approche entraîne des comportements délinquants. Elle a tout de même accepté de se pencher sur la question.

Le conseiller d’Ensemble Montréal, Dominic Perri, a déposé mardi une motion lors de l’assemblée du conseil municipal afin que la Ville dote certaines intersections de feux de circulation comportant des phases exclusives pour piétons, appelés feux en mode « tout rouge ». Les voitures soient immobilisées dans toutes les directions lorsque les piétons traversent l’intersection.

Selon M. Perri, ces feux pourraient être utilisés aux intersections situées près des écoles ou près des résidences pour personnes âgées. « C’est une solution concrète pour réduire les accidents de la route. Avec les feux intelligents, c’est tout à fait possible », a-t-il fait valoir.

 

Délinquance

Les phases exclusives présentent des enjeux de sécurité, a toutefois soutenu le responsable du dossier des Transports au comité exécutif, Éric Alan Caldwell qui a évoqué le cas de la Ville de Québec où ce type de signalisation est répandu et « où on constate un niveau de délinquance élevé ».

Les phases exclusives allongent l’attente de piétons. « Il s’ensuit un phénomène intuitif de délinquance. Les piétons vont se mettre à appliquer le Code de la sécurité routière tel qu’ils l’ont connu, c’est-à-dire lorsqu’ils vont voir le feu vert parallèle à leur traverse, ils vont traverser même s’il y a la main », a expliqué M. Caldwell.

À Montréal par exemple, aux intersections comportant des feux de circulation, les piétons traversent en même temps que les voitures. Des flèches interdisant le virage à droite s’affichent quelques secondes, ce qui protège les piétons quand ils amorcent leur traversée.

L’administration a tout de même accepté d’appuyer la motion moyennant l’adoption d’un amendement. La Ville s’est ainsi engagée à intégrer le déploiement de feux piétons avec mode « tout rouge » aux abords des écoles et des résidences pour personnes âgées « là où une telle approche est la plus appropriée ».

 

Une stratégie parmi d’autres

Pour le Dr Patrick Morency, médecin spécialiste en santé communautaire à la Direction de la santé publique de Montréal, il ne fait pas de doute que les phases exclusives protègent mieux les piétons.

« Le problème à Québec, ce n’est pas la phase protégée, c’est le délai d’attente. Si ce délai d’attente est jugé trop long, les piétons vont traverser avant d’avoir leur feu. Et pendant la phase exclusive, il n’y a plus de piétons. Donc, ça frustre tout le monde. »

Il faut donc trouver le juste dosage afin d’assurer la fluidité de la circulation tout en accordant le temps requis pour traverser une intersection de façon sécuritaire. « Habituellement, les délais d’attente et la durée des phases dépendent des volumes d’achalandage respectifs de piétons et autos », dit-il.

Selon le Dr Morency, les phases exclusives se prêtent bien aux endroits où les piétons sont très nombreux comme à proximité des tours à bureaux. Elles peuvent aussi être implantées autour des écoles, mais seulement près des celles situées sur les artères comportant plus de deux voies de circulation dans chaque direction.

Reste que les feux piétons ne sont qu’une stratégie parmi d’autres pour accroître la sécurité des usagers, note le Dr Morency : « Nous, on favorise les aménagements physiques permanents pour protéger les piétons ainsi que la réduction de la vitesse des véhicules et du volume de circulation ».