L’annonce de la réduction du nombre d’immigrants inquiète Valérie Plante

Valérie Plante a présenté mercredi un premier plan en matière d’accueil et d’intégration des immigrants dans la métropole.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Valérie Plante a présenté mercredi un premier plan en matière d’accueil et d’intégration des immigrants dans la métropole.

Valérie Plante se dit « inquiète » face à la décision du gouvernement caquiste de réduire le nombre d’immigrants au Québec.

La mairesse de Montréal présentait, mercredi, un premier plan en matière d’accueil et d’intégration des immigrants dans la métropole, au lendemain de l’annonce par le gouvernement de François Legault de réduire d’environ 20 % le nombre d’immigrants au Québec en 2019.

« L’apport des gens qui viennent s’installer au Québec, à Montréal, c’est fondamental ; ça participe au tissu social, ça construit nos communautés », a-t-elle déclaré devant un auditoire venu prendre connaissance du Plan d’action 2018-2021 en matière d’immigration.

« Derrière les chiffres, ce sont des personnes dont on parle. Ce sont des familles, des gens qui quittent leur pays pour venir s’installer ici et qui le font avec leur coeur et avec leurs tripes. »

« Gagnant-gagnant »

La mairesse n’a pas hésité à reprendre à son compte l’argumentaire du besoin de main-d’oeuvre : « À Montréal, oui, on a des emplois qui ne sont pas comblés, alors c’est évident que cette perspective-là [de réduire le nombre d’immigrants] m’inquiète. »

« Quand les gens viennent ici, eux aussi veulent une job ; c’est gagnant-gagnant », a-t-elle fait valoir.

La mairesse a toutefois dû admettre qu’elle n’avait guère d’autre choix que de se résigner face à la décision de Québec, mais elle a bien pris soin de relever le slogan caquiste pour demander des comptes : « Il est question d’en prendre moins, mais d’en prendre soin. Moi j’attends les mesures : ça veut dire quoi, en prendre soin ? », s’est-elle interrogée, tout en rappelant que, bon an mal an, 70 % des nouveaux arrivants au Québec s’installent à Montréal.

Renonciation à la ville sanctuaire

En présentant le plan d’action 2018-2021 en matière d’immigration, Mme Plante a également annoncé que le concept de « ville sanctuaire » serait remisé pour laisser place à la notion de « ville inclusive » responsable et engagée, afin d’éviter toute confusion sur la signification du terme.

La mairesse a expliqué que le concept de ville sanctuaire pouvait laisser croire à une certaine forme d’immunité, alors que la ville ne peut, dans son cadre juridique, offrir une telle protection tous azimuts.

« On trouvait ça important de rappeler qu’on doit respecter le cadre juridique fédéral, a-t-elle expliqué. Si on se base sur le concept de base de ville sanctuaire, ça veut dire que personne ne peut être renvoyé et que tu es protégé. Au Canada, ça ne tient pas la route, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. »

Par exemple, un policier qui interpellerait une personne faisant l’objet d’un ordre d’expulsion du gouvernement fédéral ne pourrait ignorer un tel ordre, d’où la nécessité pour l’administration Plante de clarifier cette réalité.

Cellule de protection

En contrepartie, le plan d’action comprend un volet destiné spécifiquement à la protection des immigrants sans statut ou à statut précaire face aux abus dont ils peuvent être victimes, notamment aux mains de personnes souhaitant exploiter la précarité de leur situation.

Le plan prévoit ainsi la mise sur pied d’une « cellule d’intervention et de protection », en collaboration avec le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC).

« On veut une cellule où les personnes qui veulent dénoncer des situations d’abus vont pouvoir le faire sans crainte d’être questionnées sur leur statut », a expliqué la mairesse.

Les autres enjeux ciblés par le plan sont notamment l’intégration en emploi, l’inclusion, l’accès aux services et l’accès au logement.

Une enveloppe de 24 millions $, défrayée à parts égales par la Ville et par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, viendra financer le programme sur les trois années de son déploiement.