Le SIM devra rembourser 2,2 millions au syndicat des pompiers

La hausse de blessures parmi les pompiers en 2018 est attribuable à l’augmentation du nombre d’incendies majeurs nécessitant cinq alertes dans les trois premiers mois de l’année, selon le directeur du SIM.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La hausse de blessures parmi les pompiers en 2018 est attribuable à l’augmentation du nombre d’incendies majeurs nécessitant cinq alertes dans les trois premiers mois de l’année, selon le directeur du SIM.

Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) devra rembourser 2,2 millionsde dollars à l’Association des pompiers de Montréal (APM) après que le syndicat eut déposé un grief concernant le retrait de deux véhicules de la flotte l’an dernier.

En 2017, l’administration de l’ex-maire Coderre pensait pouvoir économiser 3 millions en retirant de façon permanente deux véhicules de la circulation, soit une autopompe et un camion-échelle.

Mal lui en prit, puisque le syndicat a déposé un grief, faisant valoir que cette décision contrevenait à la convention collective et avait un effet direct sur les heures de travail des pompiers. Le 3 septembre dernier, l’arbitre a ordonné à la Ville de Montréal et au SIM de rembourser aux pompiers les pertes de salaire.

« On devra rembourser 2,2 millions en heures supplémentaires au syndicat, et ce, de façon récurrente, année après année, puisque les deux véhicules ne sont plus dans la flotte et sont donc considérés comme coupés de façon journalière », a expliqué le directeur du SIM, Bruno Lachance, devant la commission des finances vendredi.

Si le retrait de ces deux véhicules n’a pas d’impact sur le service et la protection du territoire, il a fait fondre d’autant les économies réalisées, qui se limitent désormais à 1 million par année.

À l’issue de sa présentation devant la commission, M. Lachance a indiqué que ce dossier ferait partie des enjeux dans les négociations de convention collective avec le syndicat et n’a pas voulu commenter davantage le dossier.

Joint par Le Devoir, le président de l’APM, Chris Ross, a dit ne pas pouvoir confirmer le montant évoqué par Bruno Lachance ni préciser les modalités de distribution de cette somme aux pompiers. « La décision est assez récente. L’employeur ne nous a pas avisés de la façon dont il allait appliquer la décision de l’arbitre et comment il allait dédommager [les pompiers] », a-t-il indiqué.

Climat de travail

La convention collective des pompiers est échue depuis le 31 décembre 2017 et les parties ont amorcé le dialogue, mais les acteurs ont changé depuis un an et demi.

L’administration Plante a été portée au pouvoir en novembre 2017 et Serge Lamontagne a remplacé Alain Marcoux à la direction générale de la Ville. Du côté syndical, Chris Ross a pris la relève de Ronald Martin à la présidence de l’APM en juillet dernier.

Bruno Lachance soutient que le climat de travail s’est beaucoup amélioré au sein du SIM après des décennies de relations de travail « extrêmement tendues ». « Je pense que sur vingt ans, on a été en moyens de pression seize ou dix-sept ans », a-t-il relaté.

Il a évoqué les « façons de faire syndicales » et l’« intimidation » et la « violence » subies par les cadres. Ces conflits sont chose du passé, dit-il : « Aujourd’hui, ça fait déjà un an qu’on négocie et il n’y a aucun moyen de pression du syndicat. »

Le président de l’APM, Chris Ross, estime que les relations de travail sont « positives ». « J’ai une autre façon de faire les choses. Je suis quand même convaincu que les parties seront capables d’arriver à une entente gagnant-gagnant à la table des négociations. Mais les membres n’ont pas oublié la loi 15 et les pertes en ce qui touche à la caisse de retraite de l’époque de MM. Marcoux et Coderre. »

Blessures

Dressant le bilan de l’année qui se termine, Bruno Lachance a signalé que le nombre de blessures parmi les pompiers avait augmenté de 17,9 % en 2018 par rapport à l’année précédente.

Le nombre d’incendies majeurs nécessitant cinq alertes est passé de deux à sept dans les trois premiers mois de l’année, a-t-il précisé. Quelque 1200 pompiers de plus ont dû être déployés sur le terrain et les accidents de travail ont été plus nombreux. « On a eu beaucoup de chutes et de glissades. Pendant l’hiver, c’est difficile à contrôler. »

Des camions plus petits ?

Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) examine la possibilité de se doter de véhicules plus petits, mieux adaptés à l’environnement urbain. Montréal figure déjà parmi les villes nord-américaines qui utilisent les plus petits véhicules, a soutenu vendredi le directeur du SIM, Bruno Lachance.

Plusieurs villes canadiennes et américaines cherchent à réduire la taille de leurs camions et les fabricants de camions s’affairent à offrir de nouvelles technologies, a-t-il dit : « Le SIM fait une veille de marché continuelle à ce sujet. »

M. Lachance prévient toutefois que Montréal ne pourra jamais se comparer à l’Europe.

« Ils ont des véhicules très petits, mais dans une caserne, il peut y avoir dix véhicules spécialisés pour chaque type d’intervention. Notre patrimoine bâti de casernes, avec deux portes de garage, n’offre pas cette possibilité. »