Inquiétudes autour du chantier de la caserne 26

Vue actuelle de la caserne 26 à la suite de la démolition de la façade de pierres grises et du toit
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Vue actuelle de la caserne 26 à la suite de la démolition de la façade de pierres grises et du toit

La caserne 26, située dans le Plateau-Mont-Royal, est méconnaissable. L’ancien hôtel de ville du village De Lorimier est en rénovation depuis des années, mais la découverte de problèmes à la structure de l’immeuble a retardé les travaux et nécessité des interventions supplémentaires. Bien que la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal se réjouisse de la volonté de la Ville de restaurer l’édifice patrimonial, elle s’inquiète de l’état du chantier.

Construite en 1901 à l’angle des avenues du Mont-Royal et Des Érables, la caserne 26 fait l’objet de travaux depuis 2015. Après une pause de plusieurs mois, les travaux se sont accélérés au cours des dernières semaines. Le toit a été démoli et la façade de pierre grise a été presque complètement démantelée, laissant l’intérieur de l’immeuble exposé aux intempéries.

La Ville a entrepris ce chantier en raison de l’état de dégradation de l’immeuble. En 1999 notamment, un incendie avait fait d’importants dommages à la caserne, les pompiers ayant laissé leurs frites sur la cuisinière pour aller répondre à une alerte.

Photo: Archives de la Ville de Montréal Vue de la caserne 26 en 1920
Illustration: Groupe Geyser Projection de la future caserne 26

À la suite de cet incendie, le 2e étage ainsi que l’ascenseur ont été condamnés. Des infiltrations d’eau ont eu pour effet de détériorer davantage l’immeuble.

Dans son avis rédigé en 2015, le Conseil du patrimoine reprochait d’ailleurs à la Ville de ne pas avoir suffisamment protégé l’immeuble après l’incendie. « La Ville de Montréal se doit d’employer un comportement de propriétaire exemplaire et de prendre les mesures nécessaires afin d’éviter les démolitions par négligence », écrivait le Conseil.

Un montant de 11,3 millions de dollars a été prévu pour des travaux comportant la réfection de l’enveloppe du bâtiment, la construction de la dalle de garage, le remplacement des systèmes électromécaniques ainsi que le réaménagement des espaces intérieurs. À terme, le rez-de-chaussée et le 1e étage seront occupés par la caserne. Le 2e étage accueillera des activités culturelles.

Les travaux devaient se terminer au mois d’août dernier, mais la découverte de lacunes structurales du bâtiment a nécessité des interventions supplémentaires, ce qui allongera la durée du chantier jusqu’au printemps prochain et entraînera une dépense supplémentaire de 747 000 $.

La tour contemporaine

L’importance des travaux entrepris et les retards du chantier ne rassurent pas la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal. « Ce n’est pas loin d’un massacre. L’ampleur des travaux est inquiétante », estime Richard Ouellet, président de la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal.

Il se désole du démantèlement de la façade, bien que, dans l’opération, les pierres ont été numérotées pour être réutilisées. Il craint aussi que l’escalier de bois qui se trouvait à l’intérieur n’ait pas été conservé. « C’est un des rares édifices patrimoniaux situés dans l’est du Plateau. On se demande si la Ville réussira à mener ce chantier à terme ou si elle arrivera à la conclusion qu’il faille carrément démolir les restes de l’édifice. »

La Ville de Montréal soutient toutefois que les travaux suivent leur cours. La réfection de la façade, la maçonnerie, l’ornementation, les portes et les fenêtres seront réalisées dans le respect de la valeur patrimoniale de l’immeuble, assure Audrey Gauthier, relationniste à la Ville de Montréal. « Le bâtiment sera reconstruit pratiquement à l’identique, sauf pour la tour d’ascenseur et l’entrée adjacente, qui ont été ajoutées au cours des années », précise-t-elle.

Cette tour, qui aura une facture contemporaine contrairement au reste du bâtiment, déplaît d’ailleurs à la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal. Dès 2015, l’organisme avait écrit au maire du Plateau, Luc Ferrandez, pour lui signifier sa déception. Dans sa lettre, son président saluait la volonté de la Ville de rénover l’immeuble patrimonial et d’en maintenir la vocation de caserne, mais déplorait sa décision de donner un aspect moderne à la tour d’angle.

La tour qui accueillait à l’origine l’entrée principale avait été démolie en 1931 pour être remplacée, en 1960, par une cage d’ascenseur. La Société d’histoire estime que la Ville aurait dû recréer la tour originale : « Il ne s’agit pas ici de faire du “faux vieux”, mais plutôt de réaliser la véritable restauration de l’édifice d’origine dans les règles de l’art. »

Le Conseil du patrimoine avait aussi réservé un accueil tiède à la tour contemporaine, jugeant qu’elle nuisait à la mise en valeur des façades patrimoniales. « La multiplication des matériaux et des traitements différents induit des “patrons géométriques” qui présentent une charge de détail équivalente à celle des façades existantes », écrivait-il. Le Conseil avait alors recommandé de simplifier le concept, appelant à plus de sobriété.

Il avait aussi eu un mot pour l’arbre majestueux planté à l’angle du bâtiment qu’il a décrit comme un « élément majeur du paysage ». Il avait insisté pour que celui-ci soit protégé malgré les importantes excavations prévues qui risquaient d’affecter ses racines. L’arbre a finalement été coupé.

Les travaux de la caserne 26 devraient se terminer en mai 2019.

À son inauguration en 1901, la caserne 26 abritait l’hôtel de ville du tout jeune village De Lorimier né six ans auparavant, de même que la caserne de pompiers et le poste de police. La petite municipalité fut finalement annexée à Montréal en 1909 et l’immeuble connut diverses vocations, accueillant notamment le Centre d’hygiène du Service de santé de la Ville de Montréal et le Musée des pompiers.