Un baume pour les commerçants montréalais

S’ils répondent aux critères d’admissibilité, les commerçants pourraient recevoir jusqu’à 30 000$ par année de la part de la Ville de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir S’ils répondent aux critères d’admissibilité, les commerçants pourraient recevoir jusqu’à 30 000$ par année de la part de la Ville de Montréal.

Les commerçants affectés par les chantiers de construction pourraient recevoir jusqu’à 30 000 $ par année de la Ville de Montréal. Le programme d’aide dévoilé par l’administration Plante mercredi prévoit que des indemnités pourront être accordées de façon rétroactive au 1er janvier 2016.

Les commerçants admissibles au programme devront assumer une part de 15 % de leur perte de revenus. Les commerçants n’auront pas à soumettre d’états financiers vérifiés pour bénéficier du programme, mais ils devront fournir une déclaration de revenus et une déclaration solennelle. La Ville procédera à des audits par échantillonnage pour vérifier la véracité des informations transmises.

Ce programme, qui totalise 25 millions de dollars jusqu’en 2021, comportera un volet rétroactif au 1er janvier 2016 pour les chantiers de la Ville déjà terminés ou en cours, comme ceux de Saint-Denis, de Laurier Ouest et de Jarry Est. Un montant de 8 millions est prévu à cet effet.

La période de rétroactivité a été fixée au 21 septembre 2017 pour les chantiers de la Société de transport de Montréal (STM), comme c’est le cas de celui de la rue Bishop. La Ville soutient que ses pouvoirs ne lui permettaient pas d’étendre la période d’admissibilité pour ces chantiers.

« C’est vraiment un jour historique pour Montréal », a commenté le responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville, Robert Beaudry, en soulignant qu’il s’agissait du premier programme du genre au Canada.

Un projet de règlement a été approuvé par le comité exécutif mercredi et devra être adopté par le conseil municipal en décembre. La Ville établira en janvier les premières artères qui seront désignées comme admissibles au programme. Elle s’attend à recevoir des demandes d’aide dès janvier. Les paiements devraient commencer à être versés à partir du printemps 2019.

Les commerçants ayant fermé boutique et ceux ayant déclaré faillite ne seront pas admissibles au programme. « La Ville doit agir selon sa capacité de payer et elle ne peut donner de l’argent à une entité qui n’existe plus », a expliqué M. Beaudry.

Le chantier de la rue Bishop

L’Association des sociétés de développement commercial (SDC) a salué l’annonce du programme d’aide. « Est-ce que le programme convient à tous ? Je crois qu’on pourra en savoir davantage une fois que le programme sera implanté et qu’on aura les réels résultats sur les pertes financières des commerçants », a indiqué Caroline Tessier, directrice générale de l’association.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a elle aussi accueilli favorablement l’annonce de la Ville : « La Ville semble avoir mis en place un processus qui nous apparaît simple et plus accessible que ce qui avait été annoncé en juin dernier. »

Elio Schiavi n’affichait pas le même enthousiasme. « Pour l’avenir, c’est un bon début. Pas seulement pour l’aide financière que ça apporte aux commerçants, mais aussi pour l’appui psychologique. Mais pour moi, ça ne donne rien. »

Ce restaurateur de la rue Bishop a vu ses revenus fondre depuis le début de l’important chantier de la STM sur cette artère en octobre 2016. En avril 2017, lui et quatre autres commerçants ont déposé une poursuite contre la Ville et la STM, réclamant une compensation de 2500 $ par mois de chantier. Les travaux doivent prendre fin en octobre 2020.

Les autres commerçants ayant fait faillite ou ayant quitté les lieux, M. Schiavi se retrouve maintenant seul, mais il n’entend pas laisser tomber les actions en justice.

« J’ai 75 ans. Je ne peux pas vendre parce que personne ne veut acheter à cause des travaux. En plus, le programme n’est pas rétroactif pour 2016. Pourtant, c’est l’année qui a fait des dégâts terribles », explique-t-il.

Malgré ses efforts pour embellir sa terrasse et attirer des clients, M. Schiavi estime avoir perdu entre 600 000 $ et 700 000 $ depuis le début des travaux dans la rue Bishop.

L’administration Plante a aussi dévoilé mercredi un programme d’aide financière pour les associations de commerçants pendant les chantiers majeurs. Ce programme, qui représente une version « améliorée » de PRAM-Artère en chantier, prévoit notamment le financement d’études stratégiques et de projets de relance économique ainsi que des subventions à la rénovation.

Vocation recherchée pour le restaurant Hélène-de-Champlain

La Ville de Montréal n’a toujours pas trouvé de vocation au restaurant Hélène-de-Champlain de l’île Sainte-Hélène malgré les 16 millions de dollars de fonds publics investis dans sa rénovation.

Fermé depuis 2010, le restaurant a fait l’objet de travaux qui sont restés inachevés après l’abandon d’un projet de restaurant en 2012 et d’un projet de complexe événementiel en 2016.

Devant la Commission des finances mercredi, le responsable des grands parcs au comité exécutif, Luc Ferrandez, a admis que trouver une vocation pour l’immeuble patrimonial ne sera pas une tâche facile. Le bâtiment était déjà trop grand lorsque l’homme d’affaires Pierre Marcotte a fermé son restaurant en 2010, il l’est encore davantage depuis les rénovations, a-t-il dit.

Les travaux ont aussi fait disparaître certains éléments patrimoniaux. « Il y a de nouvelles fenêtres, mais elles sont en plastique, et non en bois, et elles ne s’ouvrent pas », a-t-il expliqué.

Les gestionnaires du parc Jean-Drapeau devront donc faire des propositions dans le cadre du dépôt d’un plan directeur l’an prochain.

D’ici là, la Ville n’entend pas financer d’autres travaux, même si un montant de 13,8 millions est inscrit dans le programme triennal d’immobilisations (PTI).

La Ville ignore aussi ce qu’il adviendra de la Biosphère, dont le bail avec le gouvernement fédéral se termine en décembre 2019. Or, a indiqué M. Ferrandez, des travaux de rénovation de 25 millions seront requis. « On a plusieurs scénarios sur la table, mais aucun de ces scénarios ne suppose un désengagement du fédéral. […] L’usure du bâtiment s’est produite alors que le fédéral l’occupait. » Ferrandez a dit s’attendre à ce que le gouvernement trouve une vocation qui justifierait un investissement de 25 millions.