Circulation de transit interdite sur Camillien-Houde: une «réussite», selon la Ville

Le nombre de voitures circulant sur la montagne en semaine est passé de 10 000 à 3700 véhicules par jour sur la voie Camillien-Houde.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le nombre de voitures circulant sur la montagne en semaine est passé de 10 000 à 3700 véhicules par jour sur la voie Camillien-Houde.

Si la Ville de Montréal qualifie de « réussite » le projet-pilote interdisant la circulation de transit sur la voie Camillien-Houde, ce n’est pas l’avis de tous.

Le projet-pilote a pris fin mercredi, ce qui signifie qu’à compter de jeudi, les voitures pourront à nouveau traverser le mont Royal.

La Ville de Montréal a dressé un bilan préliminaire de l’expérience qui avait débuté le 2 juin dernier. La circulation de transit a presque été éliminée et les débits de circulation sur la montagne ont chuté de façon importante, a constaté la Ville.

« On est extrêmement satisfaits, même joyeux. C’est inespéré parce que, quand on fait un projet-pilote, on ne sait pas ce qui va se passer », a commenté mercredi le responsable des grands parcs au comité exécutif, Luc Ferrandez.

Mercredi matin, le Chef de division au Bureau du Mont-Royal, Pierre-Paul Savignac, a présenté aux membres du comité exécutif un bilan préliminaire du projet.

La Ville a constaté que le nombre de voitures circulant sur la montagne en semaine était passé de 10 000 à 3700 véhicules par jour sur la voie Camillien-Houde pendant le projet-pilote. Sur le chemin Remembrance, les observations font état d’une baisse de 10 800 à 2700 véhicules par jour.

Le nombre de contrevenants a par ailleurs diminué, passant de 600 à 700 cas en juin à 300 à 400 en septembre. Toutes les infractions ne se sont pas traduites par des constats d’infraction.

Luc Ferrandez soutient que la fermeture de la voie Camillien-Houde à la circulation de transit n’a pas eu pour effet d’augmenter la congestion sur les axes routiers autour de la montagne. Une hausse du nombre de voitures a été observée, mais sans impact important sur la fluidité, soutient-il.

L’élu note aussi qu’aucun accident n’a été recensé pendant la durée du projet-pilote, alors que 137 accidents, dont un mortel, avaient été enregistrés au cours des cinq dernières années.

Les mesures mises en place par la Ville n’ont toutefois pas réglé tous les problèmes. Plusieurs conflits entre les automobilistes et les cyclistes ainsi que des comportements dangereux ont été observés, a noté la Ville.

Luc Ferrandez indique que l’administration attendra la fin de la consultation menée par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) avant de décider du plan à appliquer de façon permanente pour la montagne.

Projet controversé

La fermeture de la voie Camillien-Houde à la circulation de transit a suscité un mécontentement important au cours des derniers mois. Une pétition opposée au projet avait d’ailleurs recueilli près de 36 300 signatures.

Le chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville, Lionel Perez, estime que le bilan dressé par l’administration Plante est bien incomplet. La diminution de la circulation n’a pas éliminé les problèmes de cohabitation entre les automobilistes et cyclistes. « L’enjeu le plus problématique touche les demi-tours illégaux et le projet-pilote ne l’a pas réglé », a signalé le chef d’Ensemble Montréal.

L’accès difficile aux cimetières n’a pas non plus été évoqué, souligne-t-il. « Ça démontre clairement qu’ils ont fait les choses à l’envers. Ils auraient dû retarder le projet-pilote, comme on l'avait demandé, et prendre le pouls des intervenants, comme Les Amis de la montagne, les cimetières et la population, avant d’élaborer le projet-pilote. »

Pour Lionel Perez, il est clair que l’administration a déjà pris sa décision concernant la fermeture permanente de la montagne à la circulation de transit : « Leurs décisions sont prises. Ils veulent gouverner pour leur base plutôt que pour l’ensemble des Montréalais. »

Des propositions

Le constat des Amis de la montagne est plutôt mitigé. La fin du transit a eu un « profond impact » sur l’accessibilité de la montagne, estime Hélène Panaïoti, directrice générale de l’organisme.

La rupture de lien entre les différentes destinations du parc et entre les deux stationnements a été problématique, dit-elle, en plus de compliquer l’accès aux cimetières. « Quelqu’un qui habite Verdun devait faire le tour de la montagne pour se rendre au cimetière Mont-Royal et s’il voulait aller au lac aux Castors, il devait refaire le tour de la montagne », explique-t-elle. « Il y avait pas mal de confusion également chez les touristes. »

« Couper le transit, c’est une chose, mais conserver l’accessibilité au mont Royal, c’est ce qui est important. Ça doit s’inscrire dans une vision dans le cadre d’un plan global. »

Les Amis de la montagne ont d’ailleurs élaboré dix propositions visant le maintien de la circulation automobile à travers la montagne. Mais l’organisme recommande de transformer l’axe routier en « chemin de plaisance » avec des aménagements physiques d’apaisement de la circulation qui empêcheraient le transit rapide.

Il suggère aussi une bonification du transport collectif, une réduction du nombre de places de stationnement dans le parc et l’utilisation de stationnements autour de la montagne avec des navettes. La Ville devrait aussi permettre la circulation des véhicules entre les deux aires de stationnement du lac aux Castors et de la maison Smith, croient Les Amis de la montagne.

L’OCPM poursuivra ses consultations en novembre et son rapport est attendu pour le début de 2019.