Montréal renonce à se lancer dans le débat sur les signes religieux

La mairesse de Montréal, Valérie Plante
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne La mairesse de Montréal, Valérie Plante

De crainte de jeter de l’huile sur le feu, le conseil municipal de Montréal a renoncé — pour l’instant — à se lancer dans le débat sur les signes religieux. Le conseiller indépendant Marvin Rotrand a préféré, mardi, retirer sa motion qui abordait ce sujet.

M. Rotrand souhaitait que le conseil municipal se prononce en faveur d’une déclaration accordant aux maires et conseillers municipaux montréalais le « droit absolu » de porter des symboles religieux.

À l’heure actuelle, rien n’empêche les élus de porter des signes religieux, mais le conseiller de Snowdon voulait envoyer un message d’ouverture aux citoyens qui souhaitent se lancer en politique municipale.

La proposition n’a cependant pas eu le succès escompté.

Un débat polarisant

Le chef d’Ensemble Montréal, qui porte lui-même la kippa, s’est dit en faveur du préambule de la motion, mais selon lui, le contexte ne se prête pas à l’adoption d’une telle déclaration.

La Coalition avenir Québec (CAQ), qui a été portée au pouvoir le 1er octobre dernier, a déjà exprimé son intention de légiférer afin d’interdire les signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité. « Mais à aucun moment, le gouvernement n’a soulevé la possibilité d’étendre cette restriction aux élus. On entre donc dans un débat qui, a priori, n’en est pas un », a fait valoir Lionel Perez. « On vient ajouter de l’huile sur le feu. »

Il ne faut pas contribuer au climat malsain actuel qui se passe au Québec autour de la question du port des signes religieux

 

Mais surtout, le chef de l’opposition s’est inquiété du message qu’une telle motion était susceptible d’envoyer aux employés de la Ville qui, eux, pourraient être touchés par une loi du gouvernement caquiste. « Ce que cette motion est en train de dire, c’est que bien que les employés puissent être visés, on pense d’abord aux élus. On pense à protéger nos droits », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas le genre de message que j’aimerais envoyer. »

Climat malsain

La mairesse Valérie Plante a exprimé les mêmes réserves.

Le gouvernement Legault n’a toujours pas déposé de projet de loi, a-t-elle rappelé. « Cette motion est prématurée. […] Ce n’est pas le bon moment. Comme mairesse de Montréal, j’aimerais avoir une approche posée, réfléchie. Parce qu’en ce moment, ce que je trouve vraiment déplorable, c’est que peu importe ce qui se dit, on se retrouve nécessairement dans deux camps : on est un traître à la nation ou on est raciste. Pour moi, c’est malsain. »

La mairesse estime qu’elle pourra réellement se prononcer sur le sujet lorsque le gouvernement déposera un projet de loi : « Il ne faut pas contribuer au climat malsain actuel qui se passe au Québec autour de la question du port des signes religieux. »

Discussions à venir

À l’issue de l’assemblée du conseil municipal, Marvin Rotrand s’est dit très déçu de la tournure des événements. Il a soutenu que Projet Montréal et Ensemble Montréal lui avaient affirmé que leurs élus respectifs voteraient en faveur de sa motion. « Au dernier moment, quelque chose a changé. Selon moi, la motion était écrite de façon très prudente », a-t-il dit. « Montréal est multiethnique. On veut un conseil municipal qui représente mieux les citoyens de Montréal. »

M. Rotrand avait obtenu l’appui de plusieurs organisations, dont le Conseil national des musulmans canadiens et la Ligue des Noirs du Québec.

Ce n’est peut-être que partie remise, puisque des villes liées auraient l’intention d’adopter des déclarations sur les signes religieux chez les employés municipaux. C’est le cas de Côte-Saint-Luc, qui envisage de se prononcer sous peu, a confirmé au Devoir le maire Mitchell Brownstein. Le conseil d’agglomération de Montréal pourrait être appelé à se pencher sur une telle motion.



Montréal exigera des barres latérales pour les camions

Montréal entend obliger ses fournisseurs à doter leurs camions de barres latérales afin de mieux protéger les cyclistes et les piétons. À compter de 2019, tous les appels d’offres comporteront cette exigence, a indiqué mardi le responsable des services aux citoyens, Jean-François Parenteau. D’ici là, les discussions doivent se poursuivre avec les entreprises de camionnage. « On ne veut pas se retrouver avec aucun camion pour le déneigement », a dit l’élu. L’administration de Valérie Plante croit que les gouvernements fédéral et provincial devront aussi légiférer afin qu’une telle mesure puisse s’appliquer à l’ensemble des camions qui circulent à Montréal. Rappelons que les camions de la Ville sont déjà munis de ces équipements.