Montréal appliquera au cannabis les règles sur le tabac

L’administration Plante, dont la politique tranche avec la ligne dure adoptée par des dizaines d’autres municipalités à travers le Québec, pourrait devoir se plier aux modifications législatives envisagées par le nouveau gouvernement caquiste.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’administration Plante, dont la politique tranche avec la ligne dure adoptée par des dizaines d’autres municipalités à travers le Québec, pourrait devoir se plier aux modifications législatives envisagées par le nouveau gouvernement caquiste.

À une semaine de la légalisation du cannabis, l’administration Plante maintient le cap. La consommation du cannabis sera autorisée dans les lieux publics à Montréal selon les mêmes règles que celles appliquées au tabac. Bien qu’elle considère cette approche comme la plus appropriée pour Montréal, Valérie Plante ne cherchera pas l’affrontement si le nouveau gouvernement Legault décidait d’imposer des règles plus restrictives.

Pour la mairesse Plante, autoriser l’usage du cannabis dans les parcs et sur les trottoirs est la solution la plus logique dans le contexte montréalais. Les étudiants représentent une population importante dans la métropole et c’est parmi les 18-25 ans que se retrouvent les plus grands consommateurs de cannabis, a expliqué la mairesse mercredi.

De plus, 60 % des Montréalais sont des locataires. Comme les propriétaires sont de plus en plus nombreux à interdire l’usage du tabac et du cannabis dans leurs immeubles, l’administration a préféré se conformer à l’opinion de la Direction de santé publique, qui estime qu’interdire le cannabis de la sphère publique risque de confiner les fumeurs à leur domicile, dans des lieux fermés, exposant du même coup d’autres personnes à la fumée secondaire.

Ainsi, à Montréal, les règles sur le tabac s’appliqueront au cannabis. Il sera interdit de fumer à proximité des aires de jeux pour enfants ou à moins de neuf mètres des entrées d’immeubles. La Loi constituant la Société québécoise du cannabis détermine aussi d’autres lieux où la consommation sera proscrite, tels les abribus ou les terrains d’établissements postsecondaires.

Cinq arrondissements dirigés par des élus de l’opposition ont déjà annoncé leur intention d’adopter une réglementation plus restrictive afin de bannir le cannabis dans tous les endroits publics, incluant les parcs et les voies publiques. Plusieurs villes liées de l’île de Montréal ont aussi entrepris de limiter la consommation en public. C’est notamment le cas de Westmount et de Hampstead.

La CAQ et le cannabis

L’administration Plante, dont la politique tranche avec la ligne dure adoptée par des dizaines d’autres municipalités à travers le Québec, pourrait devoir se plier aux modifications législatives envisagées par le nouveau gouvernement caquiste. Dans les jours qui ont suivi son élection, François Legault a confirmé son intention de faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour acheter du cannabis et de proscrire la consommation de cette drogue dans tous les lieux publics à travers la province.

Valérie Plante estime que la position adoptée par la Ville est la plus adéquate pour la métropole, mais elle n’entend pas se lancer dans une « bataille » contre le gouvernement sur cet enjeu. « Si le nouveau gouvernement souhaite faire des changements, on va être à l’écoute, a-t-elle dit. On n’est pas en confrontation avec le gouvernement à ce sujet. […] Mais il est certain qu’on va inviter le gouvernement à prendre en considération toutes les recherches et données mises en place au cours des dernières années. »

Quant aux arrondissements plus restrictifs, Valérie Plante n’en fait pas de cas. Ils sont en droit d’adopter des règlements spécifiques pour leur territoire, a-t-elle dit.

Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on ne s’inquiète pas de la disparité des réglementations sur le territoire de l’île. L’application de la Loi encadrant le cannabis relève des inspecteurs de ministère de la Santé et des Services sociaux, mais les policiers pourront aussi sévir à l’égard des contrevenants.

Le SPVM a aussi entrepris de former ses policiers sur la question du cannabis au volant. À ce jour, 2000 policiers ont reçu leur formation, a précisé l’inspecteur André Durocher, porte-parole du SPVM.

Le cas des policiers

Contrairement à leurs collègues de plusieurs autres villes, les policiers montréalais pourront consommer du cannabis quand ils ne sont pas en service pourvu qu’ils ne soient plus sous l’effet de la drogue au moment de se présenter au travail. L’inspecteur Durocher a parlé d’une « approche pragmatique » appelée « fit for duty ».

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a pour sa part imposé un délai de 28 jours avant un retour au travail pour les policiers qui auraient consommé du cannabis, car des doutes subsistent sur la durée des effets de cette drogue. « Les scientifiques ont montré que les effets du cannabis peuvent persister après la consommation initiale et qu’on n’a pas encore pu établir une limite claire à la consommation sécuritaire de cannabis ni mesurer le degré auquel la consommation de cannabis nuit au rendement », indique la GRC dans sa politique. Les mêmes restrictions s’appliqueront aux policiers de Toronto et à certains membres des Forces armées canadiennes.

Responsable du développement social et communautaire au comité exécutif de la Ville de Montréal, Rosannie Filato a recommandé aux citoyens désireux de faire une plainte concernant la consommation de cannabis dans un lieu interdit de communiquer avec la ligne téléphonique mise en place par le gouvernement du Québec (1 877 416-8222). « Le service 911 est destiné aux situations urgentes et prioritaires », a-t-elle rappelé.

2 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 11 octobre 2018 09 h 49

    Chronique du Plateau

    Ça sent le pot depuis longtemps sur le Plateau, la mairesse ne verra pas la différence.

    • Bernard Plante - Abonné 11 octobre 2018 14 h 06

      On ne verra de différence nulle part! Pour la simple et bonne raison que la consommation de cannabis a déjà lieu depuis toujours! En fait, le seul endroit où il se passe quelque chose est dans les médias qui se sont inventés un sujet pour vendre de la copie en faisant peur à ceux qui n'y connaissent rien.

      Une chance que parmi le lot il y a au moins une politicienne qui se réfère aux études et refuse d'embarquer dans cette arnaque médiatico-politique.