Brutalité policière: Montréal poursuivie pour 700 000$

Dans sa poursuite, la femme de 30 ans demande 100 000$ pour les dommages corporels et la perte de revenus causés.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Dans sa poursuite, la femme de 30 ans demande 100 000$ pour les dommages corporels et la perte de revenus causés.

Une femme poursuit la Ville de Montréal et deux de ses policiers pour 700 000 $ à la suite d’une arrestation qui l’a laissée avec un bras fracturé.

« La seule façon d’obtenir justice, c’est de les poursuivre », affirme Majiza Philip. La jeune femme dit encore souffrir de son arrestation lui ayant causé « des lésions corporelles graves et permanentes » ainsi qu’un stress post-traumatique.

Mme Philip a été arrêtée en novembre 2014 à la sortie d’un concert au Théâtre Olympia par les policiers Steve Thibert et Éric Sabourin. Alors qu’elle tentait de communiquer avec son ami détenu pour ivresse dans une voiture du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), les officiers l’ont maîtrisée avec « un bâton PR-24 […] et une technique de clé de bras » avant de la menotter.

Majiza Philip avait été accusée d’avoir résisté à son arrestation. Elle a été acquittée en décembre dernier par la Cour municipale de la Ville de Montréal, qui a jugé « illégale » l’intervention des deux policiers. La juge Katia Mouscardy avait estimé que « les témoignages [discordants des policiers] donnent l’impression qu’on essaye de camoufler une intervention qui a mal tourné ». La juge avait notamment relevé le fait que l’officier Sabourin « n’a pas rempli le rapport obligatoire en cas d’usage de la force » alors que Majiza Philip nécessitait des soins médicaux.

Dans sa poursuite, la dame de 30 ans demande 100 000 $ pour les dommages corporels et la perte de revenus causés. Majiza Philip affirme avoir dû quitter son emploi à temps plein de cuisinière. La demanderesse réclame aussi 300 000 $ de dommages moraux et 300 000 $ en dommages punitifs à la Ville de Montréal.

Du profilage racial ?

« Le soir de mon arrestation, je n’ai pas la preuve, mais je suis sûre que j’étais la seule Noire. [La police] m’a visée à cause de ma couleur de peau », croit Mme Philip.

« Il y a trop d’incidents qui impliquent des personnes racisées. C’est ancré dans la culture organisationnelle [du SPVM] qui semble accepter l’usage de la force excessive et le profilage racial », ajoute Fo Niemi, directeur général du centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR). L’organisme soutient Majiza Philip dans sa poursuite.

« Ni le chef de la police ni la mairesse ne font de gestes concrets pour remédier à cette brutalité. Pourtant, Majiza pèse 200 lb, il faut y aller pour lui fracturer l’humérus ! » ajoute M. Niemi, exaspéré.

Avec sa poursuite, Mme Philip « espère que la Ville [de Montréal] va évoquer [les problématiques de profilage racial] pendant ses formations avec la police pour éviter des préjugés et de la discrimination ». « C’est le temps que ça change », poursuit-elle.

Enquête en déontologie

Majiza Philip a déposé une première plainte en déontologie policière en juillet 2015. Un an plus tard, le commissaire Paul Larochelle a rejeté la plainte en concluant que les policiers présents n’ont pas commis de faute déontologique. Insatisfaite de la décision, elle réclame une seconde enquête.

« Pendant [la première] enquête, le commissaire n’a pas interrogé les policiers mis en cause, en raison de l’article 192 de la Loi sur la police », peut-on lire dans un communiqué diffusé par le CRARR mardi matin. L’article en question permet aux policiers visés par une plainte de ne pas collaborer à l’enquête.

« Être arrêtée sans raison, être brutalisée par les policiers, me retrouver avec des accusations criminelles et voir les policiers responsables de mes blessures être blanchis par le commissaire à la déontologie policière ! C’est un cauchemar pour moi et pour ma famille », déclare Majiza Philip dans le même communiqué.

Pour sa deuxième plainte en déontologie, Mme Philip compte bien se servir des nouvelles preuves révélées par les témoignages des policiers lors du premier procès.

La Ville de Montréal ainsi que le SPVM préfèrent ne pas commenter publiquement la poursuite, laissant « la justice faire son travail ».