Montréal demande d’interdire les armes d’assaut et de poing

En adoptant la résolution parrainée par Alex Norris, Montréal emboîtera le pas à Toronto qui a déjà demandé à Ottawa de bannir les armes d’assaut et de poing.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir En adoptant la résolution parrainée par Alex Norris, Montréal emboîtera le pas à Toronto qui a déjà demandé à Ottawa de bannir les armes d’assaut et de poing.

Montréal pourrait ajouter sa voix à celle de Toronto pour exhorter Ottawa à renforcer son projet de loi C-71 sur le contrôle des armes à feu, en bannissant notamment les armes d’assaut et de poing.

« Ce sont des armes qui ont été principalement conçues pour tuer des humains. Et nous ne voyons aucune raison pour qu’un individu en possède », lance au Devoir le président de la Commission de la sécurité publique de la métropole, Alex Norris.

L’élu présentera une motion pour interpeller le gouvernement fédéral de Justin Trudeau à ce sujet lors du conseil municipal du 20 août prochain. La déclaration demande également à Ottawa de resserrer les critères d’admissibilité pour les citoyens désirant se procurer une arme à feu, pour éviter que ces engins se retrouvent dans les mains de personnes souffrant de problèmes de santé mentale, précise M. Norris.

Il estime en outre bénéficier du plein soutien des Montréalais, sensibles, selon lui, à des mesures « costaudes » de contrôle des armes à feu depuis longtemps. Il rappelle que des armes d’assaut ou de poing ont été utilisées dans les attentats commis à l’École polytechnique en 1989, à l’Université Concordia en 1992, au collège Dawson en 2006 et plus récemment à la grande mosquée de Québec, en janvier 2017.

Si la motion de M. Norris est adoptée lundi, la Ville de Montréal emboîterait le pas à Toronto, qui a envoyé la semaine dernière un message similaire à Ottawa. Le conseil municipal de la Ville Reine a en effet pressé les gouvernements fédéral et provincial de supprimer toutes armes de poing, d’assaut et semi-automatiques de son territoire.

Deux jours plus tôt, Faisal Hussain, 29 ans, ouvrait le feu au hasard sur l’avenue Danforth dans le quartier considéré comme paisible de Greektown à Toronto. Deux personnes ont trouvé la mort — Reese Fallon, 18 ans, et Julianna Kozis, 10 ans —, alors que treize autres ont été blessées.

Dans la foulée, le maire John Tory avait réclamé à nouveau un resserrement des restrictions fédérales sur les armes à feu au pays.

Un projet de loi timide

Le premier ministre Trudeau, de passage à Val-d’Or mercredi, n’a pas fermé la porte à la requête des deux métropoles canadiennes. « On a encore des choses à entendre et des réflexions à faire pour les prochaines étapes. Et certainement, entendre Toronto — et probablement Montréal aussi —, ça nous aide dans notre réflexion », a-t-il déclaré.

Francis Langlois, membre de la Chaire Raoul-Dandurand, voit d’un bon oeil les doléances torontoises et montréalaises, car il juge que le projet de loi C-71 « ménage la chèvre et le chou », présentement. « Les libéraux ont tenté de faire plaisir à tout le monde, mais ils ne font finalement plaisir à personne », dit-il.

« Il y a des armes qui sont encore considérées comme des armes de chasse, mais ça reste des versions civiles de fusil d’assaut, relève en exemple le professeur d’histoire, qui s’intéresse à la question des armes à feu aux États-Unis et au Canada. Comme celui qui a été utilisé [par Alexandre Bissonnette] dans l’attentat contre la grande mosquée de Québec. »

Francis Langlois critique également l’intention du gouvernement fédéral d’obliger les marchands d’armes à conserver pendant au moins vingt ans les données sur les armes à feu sans restriction. « Ça leur donne des responsabilités pour lesquelles ils ne sont pas toujours équipés », dénonce-t-il.

Le registre fédéral des données sur les armes à feu a été détruit sous le gouvernement Harper. Et Ottawa a écarté, lors de la présentation de son projet de loi C-71 en mars, la possibilité de le rétablir. De son côté, le Québec a remis en vigueur en début d’année un registre obligeant tous les propriétaires d’armes de la province à les enregistrer auprès du gouvernement.

Le cabinet du ministre Martin Coiteux — à la fois responsable des Affaires municipales et de la Sécurité publique — a déclaré au Devoir vouloir prendre connaissance de la motion avant de la commenter, a fait savoir son porte-parole, Alexandre Boulé.

Au lendemain de la fusillade meurtrière de Toronto, de nouvelles données de Statistique Canada révélaient que les crimes violents liés aux armes à feu augmentent au pays, particulièrement à Toronto. Ils ont connu une hausse de 7 % l’année dernière, confirmant une tendance amorcée en 2013.
 


Une version précédente de cet article, qui indiquait que l'attentat à la grande mosquée de Québec s'était produit en janvier 2007, a été corrigée.