Vers un droit de vote pour tous les résidents de Montréal?

D’après le Conseil interculturel de Montréal, tous les résidents de la métropole, quel que soit leur statut, devraient pouvoir choisir leurs élus lors des élections municipales.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir D’après le Conseil interculturel de Montréal, tous les résidents de la métropole, quel que soit leur statut, devraient pouvoir choisir leurs élus lors des élections municipales.

La Ville de Montréal devrait envisager de donner le droit de vote aux immigrants lors des élections municipales, afin de favoriser leur intégration et leur participation à la vie citoyenne, estime le Conseil interculturel de Montréal (CIM).

C’est une des recommandations, parmi neuf au total, que l’on retrouve dans un rapport du CIM soumis à l’attention des élus du comité exécutif mercredi matin et qui sera déposé au conseil municipal le 20 août.

À travers quelque quarante pages, le CIM — dont la mission est de conseiller la Ville pour mieux intégrer les personnes issues de la diversité — s’est penché en profondeur sur les limites en matière de participation citoyenne que rencontrent les immigrants, et plus largement les membres des communautés multiculturelles à Montréal.

« Considérant l’augmentation du ratio de résident.e.s permanent.e.s et résident.e.s temporaires depuis le milieu des années 2000 […] il est important d’interroger les déterminants de leur appartenance à la ville et leurs modalités de participation pour envisager des manières concrètes et actuelles d’encourager celle-ci », peut-on lire dans l’avis du CIM.

D’après l’organisme, tous les résidents de la métropole, quel que soit leur statut, devraient pouvoir choisir leurs élus lors des élections municipales. Un droit réservé aux citoyens canadiens, à l’heure actuelle. Et pour le devenir, les nouveaux arrivants doivent se lancer dans de longues démarches et attendre parfois plusieurs années.

En ayant ce droit de vote acquis, les communautés multiculturelles participeraient d’autant plus à la vie politique, économique et sociale de la métropole, estime le CIM. Et cela les encouragerait d’autant plus à se présenter pour obtenir un rôle au sein des institutions et services publics de la Ville.

Si actuellement un peu plus de 33 % des résidents de la métropole sont des immigrants, seuls 23 % des élus des dernières élections étaient issus de la diversité. Ils n’étaient que 15 % lors du scrutin de 2015.

Consultation publique

Les membres du CIM suggèrent ainsi à la Ville de Montréal de mettre en place une consultation publique pour sonder ses habitants sur l’élargissement du statut d’électeur. Il faudra par contre inévitablement passer ensuite par Québec pour exiger une modification à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités.

Décrivant l’avis du CIM comme « très complet » et « monté avec beaucoup de sérieux », l’administration de Valérie Plante a indiqué qu’elle préférait « se donner le temps de l’analyser en profondeur avant de le commenter ».

Rappelons néanmoins que l’idée d’élargir le statut d’électeur figurait parmi les promesses électorales de la mairesse. Sur sa plateforme électorale de 2017, son parti, Projet Montréal, proposait que « toute personne résidant sur le territoire de Montréal depuis au moins 12 mois » puisse exercer un droit de vote lors des élections municipales.

Et ailleurs…

Cette notion de « droit à la ville » n’a rien de nouveau. Déjà en 2006, la Charte montréalaise des droits et responsabilités, adoptée par le conseil municipal de l’époque, entendait par citoyen « une personne physique vivant sur le territoire de la Ville de Montréal ».

Un concept qui trouve aussi écho dans d’autres provinces du Canada, où une douzaine de villes se sont récemment penchées sérieusement sur la question. En avril dernier, le conseil municipal de Vancouver a approuvé une motion en ce sens, demandant au gouvernement de la Colombie-Britannique de permettre à sa métropole d’étendre le droit de vote aux résidents permanents — qui ont les mêmes responsabilités que les citoyens, mais ne peuvent pas voter — d’ici le prochain scrutin.

Winnipeg tente aussi actuellement d’emboîter le pas, à l’approche des élections municipales de cet automne au Manitoba.

Ailleurs dans le monde, une quarantaine de pays autorisent déjà leurs résidents étrangers à voter lors d’élections municipales. La Nouvelle-Zélande va même plus loin, autorisant tous les immigrants se trouvant au pays depuis plus d’un an à voter pendant des élections nationales.

« C’est primordial pour Montréal, qui a désormais le statut de métropole, de favoriser la pleine et entière participation de l’ensemble de ses citoyens », écrit le président du CIM dans l’avis déposé mercredi.

Encore beaucoup à faire

Formation à la vie municipale qui laisse à désirer, sous-représentation au sein des élus et des différents services de la Ville, moindre importance accordée aux enjeux liés à la diversité : Montréal a encore du chemin à parcourir pour intégrer les membres des communautés multiculturelles.

« C’est primordial pour Montréal, qui a désormais le statut de métropole, de favoriser la pleine et entière participation de l’ensemble de ses citoyens », écrit le président du CIM dans l’avis déposé mercredi.

L’organisme recommande ainsi neuf mesures concrètes aux élus municipaux afin de rectifier la situation. Instauration de budgets participatifs dans les arrondissements, parrainages professionnels entre élus et personnes issues de la diversité, éducation à la vie civique municipale et établissement d’une clause d’impact diversité font entre autres parties des solutions avancées par le CIM.

18 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 16 août 2018 02 h 15

    Un cours de citoyenneté aux nouveaux arrivants s’impose avant le vote.

    Je ne suis pas d'accord du tout avec l'idée de donner le vote aux nouveaux arrivants à la Métropole. Ça prend au moins 5 ans pour apprendre l'histoire et le système politique d'un pays. Si l'on veut encourager la participation des résidants à la vie publique, la meilleure façon est l'éducation. Il faudrait leur enseigner un cours de citoyenneté pour qu'ils puissent vraiment s'intégrer à nos institutions et à nos valeurs. Plus importants, ils vont comprendre leurs obligations, leurs devoirs et leurs droits aussi.

    • Lise Bélanger - Abonnée 16 août 2018 08 h 24

      Tout à fait d'accord avec vous. Un projet à courte vue. Le déraisonnable semble être à l'honneur à Montréal.

    • Jean Richard - Abonné 16 août 2018 09 h 54

      Il s'agit ici d'élections municipales. Alors, c'est quoi un nouvel arrivant à la métropole ? C'est quelqu'un qui vient s'y installer pour la première fois. Du plus proche au plus loin, ça peut être une fille de Blainville qui en a assez des bouchons sur l'autoroute, un jeune de Saguenay qui voit son avenir ailleurs qu'au bout du fjord, un Gaspésien qui vient rejoindre le reste de sa famille, un Acadien, un Franco-Manitobain, un Américain qui fuit le trumpisme, un Français qui craint le macronisme... Il faudra donc que ces gens attendent cinq ans avant de pouvoir participer au choix des élus qui gouverneront en partie (oui, car les pouvoirs de la Ville sont très limités) à l'administration du territoire montréalais ?

      Quant aux « nos » et aux « leurs », on appelle ça des déterminants. Les gamins du primaire le savent déjà. Des déterminants ? Oui, va pour la syntaxe, mais l'usage qu'on en fait en dit parfois long : le « leurs » devient un déterminant exclusif et non inclusif. Et il y a là une partie du problème : le « nous » voudrait que le « ils/elles » s'intègre mais en réalité, le « nous/nos » pratique l'exclusion. Autrement dit, on veut que les immigrants s'intègrent, mais qu'Ils restent dehors. Au mieux, on leur permettra dans cinq ans de pouvoir s'exprimer en autant qu'ils fassent preuve de soumission totale (et qu'ils aient suivi un cours de propagande identitaire).

      Tant qu'à y être, puisqu'il y a des élections dans l'air, on devrait enlever le droit de vote pour cinq ans à ceux qui voteront pour QS en octobre, car ils ne sont pas parfaitement intégrés aux « nos valeurs » des Pécolibérocaquistes.

      Mes ancêtres ont habité pendant trois siècles sur le territoire québécois. Pour moultes raisons, je fréquente à parts égales des pure-laine et des gens issus de l'immigration récentes. Étrangement, je partage souvent davantage de valeurs communes avec les seconds qu'avec les premiers. Dois-je m'inscrire à un cours d'identitarisme de cinq ans et cesser de voter

    • Gilles Théberge - Abonné 16 août 2018 10 h 18

      Monsieur Richard, ne soyez pas naïf à ce point, vous savez très bien qu’une fille de saint machin qui en a assez des bouchons de circulation qui s’installe à Montréal, sait parfaitement comment voter.

      Ce qui est hypocrite dans cette proposition c’est que c’est de la masse des immigrants qu’il est question. Ça n’a rien à voir avec la jeune fille dont vous parlez ni avec le jeune homme du Saguenay qui ont déjà ce droit de vote.

      Les immigrants participant à cette ville refuge dont rêve la mairesse. Ces gens qui bien souvent ne parlent pas français, ne savent pas de quoi il s’agit, qui auraient besoin de se faire une tête sur la démocratie, et la nôtre en particulier. Bref on veut ajouter des analphabètes politique à ceux qu’on a déjà...

      Beau programme. Vous êtes prêt à jouer dans ce film monsieur Richard...?

    • Hélène Paulette - Abonnée 16 août 2018 12 h 29

      Monsieur Richard vous n'avez clairement pas comprise ce dont il s'agit ici... Sachez tout d'abord que les résidents de Montréal ont d'ores et déjà droit de vote s'ils sont citoyens canadiens... On parle ici de d'accorder le droit de vote aux immigrants non naturalisés. Alors faut-il s'intégrer d'abord ou s'intégrer en votant, voilà la question....

    • Nadia Alexan - Abonnée 16 août 2018 14 h 36

      À monsieur Jean Richard: Vous vous trempez. Un cours de citoyenneté n'est pas une leçon de propagande identitaire, comme vous le soupçonnez. Un cours de citoyenneté est un cours de droits et de responsabilités civiques qui se donne à toutes personnes nées ici ou venues d'ailleurs. Ce n'est pas une question d'exclusion, au contraire, c'est une invitation de partage et de participation à une société où c'est bon de vivre ensemble, avec des valeurs communes de civilité.

  • Caroline Mo - Inscrite 16 août 2018 06 h 58

    Non !

    Voter n'est pas un simple exercice, c'est un processus.

    On n'accorde pas le droit de vote comme ça. On s'intègre d'abord ; on vote ensuite.

    On a l'impression que plein de choses se décident en fonction des immigrants sans tenir compte des Québécois (des souche et d'origine autre) Ce n'est pas très orthodoxe.

    • Lise Bélanger - Abonnée 16 août 2018 08 h 29

      Vous avez raison,le droit de vote est un processus et j'ajoute : non un droit absolu. Il y a un manque de respect et anti-cohésion sociale dans un tel projet. Il ya une responsabilité dans le vote et qui doit s'exercer suite à une connaissance suffisante de la situation sociale et politique.

    • Jean Richard - Abonné 16 août 2018 10 h 22

      S'il on devait exiger un examen de connaissances à tous ceux qui se présentent pour élire leurs représentants, il se pourrait qu'une quantité non négligeables de pure-laine soit recalée et privée de son droit de vote.
      Par ailleurs, à la lecture de trop de commentaires anti-immigration, je crains qu'on en ait fini par confondre la définition du mot « intégration » et celle du mot « soumission ». On sent parfois (et trop souvent) que le désir d'intégrer les immigrants n'existe pas vraiment, mais qu'existe plutôt un désir de les condamner à la soumission. Le pure-laine francophone s'est laissé dominer par les Anglais et comme il ne réussit pas à inverser le sens de cette domination, il tente sa chance ailleurs,

      NI la ceinture fléchée, ni les sets carrés (empruntés aux Irlandais et simplifiés à l'extrême) ne font partie de l'identité du Montréal contemporain. Et étrangement, le français le plus articulé est celui parlé par les... immigrants. Tout aussi étrangement, on dirait que ceux qui refusent de s'intégrer à l'identité du Montréal contemporain sont souvent des pure-laine. D'ailleurs, ils ont massivement quitté la métropole pour s'établir en banlieue, une banlieue qui pourtant, contribue à la désintégration et non à l'intégration.

    • Hélène Paulette - Abonnée 16 août 2018 12 h 31

      Avec votre compréhension du débat, monsieur Richard, vous seriez effectivement le premier recalé à cet examen de connaissances...

    • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 16 août 2018 14 h 47

      Monsieur Richard confirmez que vous êtes membres ou supporteurs de Projet Mtl et QS pour être de si mauvaise foi et tellement pontife typique des QS dont leur devise est :

      ‘’Sauf erreur, je ne me trompe jamais’’

  • Raynald Goudreau - Abonné 16 août 2018 07 h 28

    NON ...

    • Christian Roy - Abonné 17 août 2018 14 h 58

      Que le droit de vote demeure réservé aux citoyens canadiens. Me semble que c'est le niveau minimal à respecter. Ça prendra le temps que ça prendra aux nouveaux venus...

  • Bernard Terreault - Abonné 16 août 2018 08 h 13

    Non sens

    Pour ceux qui veulent s'installer durablement ici, la durée d'attente pour avoir la citoyenneté n'est pas si longue et donne le temps à l'immigrant sérieux de se familiariser avec notre système politique.

  • Paul Gagnon - Inscrit 16 août 2018 11 h 06

    Mon pays ce n'est pas un pays

    mais l'hiver... un hiver intellectuel grâce à nos gaucho-altermondialistes qui ne semblent avoir pour but que de nous noyer, en tant que peuple, comme le rêvait P.-E. Trudeau avec son multiculturalisme. Pour y arriver ils n'ont de cesse de priver les mots et les concepts de leur signification, pour y glisser n'importe quoi i.e. leur idéologie mensongère, sous un masque vertueux.

    Ainsi un invente un « féminisme islamiste » qui est une telle absurdité qu’on se demande comment les médias peuvent avaler une telle couleuvre.

    Ou encore comme Monsieur Jean Richard (un spécialiste en la matière) le fait en amalgamant une fille de Blainville (qu’on suppose être une de "souche"), un "jeune de Saguenay", etc. dont les ancêtres ont créés ce pays (ajoutant un américain et un français, des non citoyens - qu’il doit supposer "blancs", j’imagine bien - pour ajouter à la confusion ) avec un immigré (non citoyen) qui habite Montréal depuis plus longtemps (un jour, un mois, un an, on ne sait…). De cette manière on cherche à découpler Montréal du Québec en avançant une citoyenneté "montréalaise", citoyenneté qui pourtant ne peut être que québécois ou canadienne, Montréal n’étant pas un État.

    Avec une telle vision, il suffirait de franchir illégalement la frontière au Chemin Roxham en nombre suffisant pour diriger le pays!!!

    Un non citoyen est un non citoyen. Sinon donnons le droit d’élire nos gouvernants à la planète entière : voilà qui serait vertueux et noble… mais suicidaire.