L’emménagement d’un centre pour sans-abri inquiète

L’organisme La porte ouverte déménagera sur le Plateau en septembre. Le directeur, David Chapman, à gauche, s’entretient avec une itinérante autochtone, Grace Blacksmith.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’organisme La porte ouverte déménagera sur le Plateau en septembre. Le directeur, David Chapman, à gauche, s’entretient avec une itinérante autochtone, Grace Blacksmith.

L’emménagement d’un centre de jour pour itinérants, La porte ouverte (The Open Door), à l’église Notre-Dame-de-la-Salette, dans Le Plateau-Mont-Royal, suscite l’inquiétude chez les commerçants et les résidents du secteur. Ceux-ci craignent que les itinérants affluent dans le quartier à compter de l’automne.

Pétition en mains, des citoyens ont demandé aux élus du Plateau-Mont-Royal d’intervenir, mécontents que l’arrondissement ait pu permettre à l’organisme de s’installer dans leur quartier. « Je ne suis pas contre les sans-abri, mais est-ce que c’est le bon endroit ? » a demandé l’un d’eux lors de la séance du conseil d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, mardi dernier. Ils appréhendent l’arrivée de 100 à 200 itinérants et craignent une hausse des incivilités après la fermeture du centre à 17 h.

 
40 %
C’est le pourcentage d’Inuits parmi les itinérants qu'accueille La porte ouverte.

Le centre La porte ouverte offre depuis 30 ans des services pour les itinérants dans l’église anglicane Saint-Stephen, à l’angle du boulevard Dorchester et de l’avenue Atwater. L’organisme sert des repas, met des douches et des toilettes à la disposition des itinérants et propose notamment des services d’accompagnement pour les sans-abri d’origine inuite, qui représentent environ 40 % de la clientèle. Mais l’église Saint-Stephen a été vendue à un promoteur immobilier et La porte ouverte n’a eu d’autre choix que de se chercher un autre site.

À l’église Notre-Dame-de-la-Salette, sur l’avenue du Parc, on a accepté de lui louer le sous-sol. L’organisme a commencé les rénovations et ouvrira ses portes en septembre. Les services seront offerts aux itinérants de 7 h 30 à 17 h, du lundi au vendredi.

« Je m’inquiète autant que vous », a indiqué aux citoyens le maire Luc Ferrandez. « Ce n’est pas un projet de l’arrondissement. Ce n’est pas un projet de la Ville. C’est un projet privé entre une église et un organisme de charité. L’arrondissement n’a rien à dire. On n’a aucun moyen pour empêcher l’arrivée de ce projet. Aucun. »

Une longue quête

Le directeur par intérim de La porte ouverte, David Chapman, n’est pas étonné des appréhensions exprimées par les citoyens. « Ç’a été la même réaction dans tous les quartiers où on a cherché un local », explique-t-il.

Depuis un an, M. Chapman s’est mis en quête d’une nouvelle adresse, d’abord dans le secteur du square Cabot. « J’ai visité des douzaines de sites. Mais ç’a été plus difficile que prévu. Les loyers étaient très chers. De plus, la plupart des propriétaires ne souhaitaient pas louer un espace à un centre pour itinérants. »

Les locateurs potentiels le félicitaient pour l’oeuvre accomplie auprès des sans-abri autochtones, mais ils n’étaient pas prêts à les accueillir pour autant, a-t-il indiqué. L’église Notre-Dame-de-la-Salette a toutefois accepté. Au début, David Chapman ne trouvait pas le site adéquat jusqu’à ce qu’il réalise que plusieurs des itinérants qu’il aidait étaient déjà présents dans ce secteur du Plateau. « Il est difficile de prédire combien d’usagers fréquenteront le nouveau site, mais il n’y aura pas des centaines de personnes qui viendront de notre centre actuel », affirme-t-il.

Plusieurs mesures seront aussi mises en place pour assurer une meilleure cohabitation. Une équipe nettoiera le voisinage de façon régulière, promet M. Chapman. À la fermeture du service, à 17 h, un autobus de la Mission Old Brewery pourra amener les itinérants au refuge pour la nuit et un intervenant sillonnera le quartier en soirée, ajoute-t-il. Une entente est aussi intervenue avec Projets Autochtones du Québec, qui pourra héberger davantage de sans-abri la nuit venue.

Patience

Luc Ferrandez et la conseillère Maeva Vilain croient qu’il ne faut pas prédire une catastrophe qui pourrait ne jamais survenir et ils ont appelé les citoyens à la patience. L’arrivée du centre La porte ouverte va peut-être même atténuer les inconvénients que les citoyens et commerçants disent subir avec les itinérants qui fréquentent déjà le secteur sans avoir accès à des services. Il a cité en exemple la Maison des amis, une ressource pour personnes aux prises avec des difficultés psychosociales qui s’est installée en 2013 sur le boulevard Saint-Joseph, à côté d’une école. « Ça fait plusieurs années et ça se passe très bien. Beaucoup mieux que ce que j’aurais pensé. »

Si jamais le secteur devient un « pôle d’attraction » pour la population itinérante des autres arrondissements, il sera peut-être opportun d’entreprendre des démarches auprès du Diocèse de Montréal, a-t-il suggéré.

6 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 juillet 2018 07 h 29

    Empêcher ou Accueillir ?!?

    « Je m’inquiète autant que vous » ; « Ce n’est pas un projet de l’arrondissement. Ce n’est pas un projet de la Ville. C’est un projet privé entre une église et un organisme de charité. L’arrondissement n’a rien à dire. On n’a aucun moyen pour empêcher l’arrivée de ce projet. Aucun. » (Luc Ferrandez, Maire d’arrondissement, Plateau Mont-Royal)

    De cette étonnante citation, il est comme sagesse de se rappeler que les sans-abri parcourant Montréal sont et demeurent des citoyennes-citoyens tout autant du monde que de l’endroit où elles-ils « vivent », et ; que, par ailleurs, la responsabilisation citoyenne s’y engage de moyens susceptibles, non pas d’empêcher mais, d’accueillir des personnes dont personne ne veut !

    De ce rappel, et en ce sens-là, on-dirait que les moyens politiques d’aide à l’itinérance montréalaise, disponibles dans tous les arrondissements pourtant, semblent comme dépasser l’intelligentsia politique ou sociale de certaines autorités appelées à interagir avec leurs citoyennes-citoyens, avec ET sans abris !

    Empêcher ou Accueillir ?!? - 9 juillet 2018 -

  • Jacques Morissette - Abonné 9 juillet 2018 08 h 10

    C'est quoi l'incivilité, sinon qu'une simple notion du bien paraître.

    Des tartuffes qui veulent le bien des itinérants, mais ailleurs que dans le quartier qu'ils cherchent à s'approprier.

  • Liliana G Perez - Abonnée 9 juillet 2018 08 h 16

    Toout à fait d'accord avec M Blais

    Je demeure en Notre-Dame-De-Grace, et ici il y a des itinerants qui dorment dans le jardin d'une eglise. Trinity Memorial Church
    Personne les accueille. Si nous sommes dans un pays du premier monde, pourquoi sont ses personnes dans une telle situation?
    et Qui fait l'arrondissement?

    • Denis-Émile Giasson - Abonné 9 juillet 2018 19 h 57

      Chaque année s’orn d’un mot à la mode: récemment AMALGAME régnait. Cette année tout est matière à APPROPRIATION, qui sait si un jour ITINÉRANT devenait le mot à la mode au point où « mon » Plateau déciderait de s’attaquer aux causes de l’itinérance. Mais notre maire sait-il seulement que des itinérants vivent chez-nous?

  • Mario Bard - Abonné 9 juillet 2018 09 h 00

    Il faut agir et accueillir

    Entièrement d'accord avec Monsieur Blais.
    Je trouve d'autant plus bizarre cette réaction des commerçants, puisqu'on compte déjà sur l'Avenue du Parc, particulièrement entre l'Avenue des Pins et la rue Président-Kennedy, un très grand nombre de personnes qui mendient, qui dorment sur la rue ou qui sont intoxiquées. Donner un point d'accueil à ces personnes est un geste essentiel, montrant l'engagement d'une société à aussi considérer que ces gens sont des citoyens à part entière.
    J'habite le quartier depuis deux ans. J'adore le secteur. Craindre le bruit et les incivilités? Ils sont déjà là!
    Bravo et merci à ceux et celles qui prendront le temps d'aider. Peut-être que, par leur accueil, l'inverse se produira et qu'il y aura une amélioration de la situation des personnes itinérantes, ce qui signifie, par ricochet, moins de bruits et d'incivilités. Une chose est sûre : le statu quo ne tient plus et il faut agir.

  • Frédéric Jeanbart - Abonné 9 juillet 2018 09 h 45

    Faut savoir ce qu'on veut...

    D'un côté pon est prêt à jouer la comédie de la compassion pout tout et rien (quitte à s'inventer des drames), mais quand c'est le temps de faire des gestes ou d'user d'un minimum d'empathie : "pas dans ma cour". Car au-delà des réactions et des préjugés, il faut y penser : des itinérants qui ont un abri, ce sont des intinérants de moins sur la rue, c'est simple comme B.A.BA pourtant... Encore une fois, il semble que le commerce de l'argent et du "m'as-tu-pas-vu" aveugle du bon sens.