Formule E: Montréal n’a pas respecté ses propres règles, selon la VG

Seulement 13 646 billets pour la course ont été vendus, alors que les 34 730 autres ont été donnés.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Seulement 13 646 billets pour la course ont été vendus, alors que les 34 730 autres ont été donnés.

Après le Bureau de l’inspecteur général, c’est au tour de la vérificatrice générale de la Ville de Montréal d’écorcher l’organisation de la course de Formule E. Dans son rapport annuel déposé lundi au conseil municipal, Michèle Galipeau souligne que la Ville n’a pas suivi ses propres règles en matière de gouvernance et que l’administration Coderre n’avait aucune vision des risques de ce projet.

Le cadre de gouvernance dont la Ville s’est dotée en 2010 prévoit notamment la préparation d’un dossier d’affaires, une définition des rôles et des responsabilités, un suivi financier et une reddition de comptes. Mais Michèle Galipeau note de nombreuses lacunes à cet égard.

« Les rôles et les responsabilités n’ont pas été définis adéquatement. Nous avons constaté que la coordination des interventions ainsi que les informations s’y rattachant transitaient par le cabinet [du maire Coderre] », écrit-elle. « Aucun dossier d’affaires comprenant notamment une description du projet, des enjeux, des risques et des coûts globaux n’a été présenté aux instances. »

L’administration municipale n’avait aucune vision globale des enjeux et des risques de ce projet d’envergure

 

Dans ce contexte, « l’administration municipale n’avait aucune vision globale des enjeux et des risques de ce projet d’envergure », indique la vérificatrice générale.

La Ville a dépensé 26 millions dans ce projet, calcule-t-elle.

Quant aux billets pour la course, la vérificatrice générale précise que seulement 13 646 d’entre eux ont été vendus, alors que les 34 730 autres ont été donnés.

Rappelons qu’en novembre 2017, à quatre jours des élections municipales, l’organisateur de l’événement, Montréal c’est électrique (MCE), avait indiqué que 20 000 billets avaient été vendus. Michèle Galipeau précise même que « dès le lendemain de la présentation de l’événement, la répartition entre le nombre de billets vendus et donnés était disponible et connue ».

Pendant des mois pourtant, l’ex-maire Coderre avait refusé de les dévoiler, s’en remettant plutôt au promoteur Evenko.

« L’ancien maire était tellement obsédé par son idée qu’il a décidé de garder les informations pour lui parce que ce n’était pas à son avantage », a commenté la mairesse Valérie Plante.

« On ne peut pas être un élu, de surcroît un maire, et mentir en disant qu’on ne peut pas avoir les données alors qu’elles étaient disponibles. »

De son côté, le chef de l’opposition Lionel Perez n’a pas voulu commenter le dossier, indiquant ne pas avoir eu le temps de lire le rapport.

Matières organiques

La vérificatrice générale s’est également penchée sur le dossier de la gestion des matières organiques. Michèle Galipeau note qu’en 2016, le taux de récupération de ces matières n’était que de 20?%. Si la Ville veut atteindre le taux de 60?% préconisé par le gouvernement — une cible qui a d’ailleurs été reportée à 2025 —, elle devra mettre les bouchées doubles, prévient la vérificatrice.

Pour atteindre ce but, la Ville devra inclure la collecte des matières générées par les immeubles de neuf logements et plus, et celles des industries, des commerces et des institutions (ICI). Elle devra également élaborer un plan plus efficace de communication et de sensibilisation auprès du public, dit la vérificatrice générale.

«?Il faut revoir le modèle?», admet le responsable des services aux citoyens au comité exécutif, Jean-François Parenteau. L’élu souligne que la Ville envisage de devancer l’échéancier pour les immeubles de neuf logements et plus et les ICI. La Ville pourrait même obliger les entreprises privées à participer à l'effort et à en assumer les coûts, ajoute-t-il?: «?On est en train de revoir l’approche pour augmenter notre capacité parce que c’est clair qu’à ce rythme-là, on n’atteindra jamais les objectifs.?»

Michèle Galipeau s’est aussi intéressée aux fuites d’eau dans le réseau souterrain. Elle note que les pertes d’eau pour l’ensemble de l’agglomération de Montréal sont élevées, soit 34,7?% pour 2016 — contre 40?% en 2002. La Stratégie québécoise d’économie d’eau potable du gouvernement du Québec a pourtant établi à un maximum de 20?% le taux de fuite préconisé pour le 31 décembre 2016.

Même si la Ville a fait plusieurs gestes pour améliorer son bilan, elle devra en faire davantage et se doter d’un «?réel?» programme de recherche de fuites, soutient la vérificatrice générale.

Le responsable de l’eau au comité exécutif, Sylvain Ouellet, fait toutefois remarquer que la production d’eau globale a diminué de 28?% depuis 2001. «?Ça veut dire que la quantité d’eau perdue a beaucoup chuté?», affirme-t-il.

Au sujet du réseau cyclable, la vérificatrice générale constate que Montréal a déployé des efforts importants pour l’améliorer. Elle signale que depuis le Plan de transport de 2008, la Ville a ajouté 421 kilomètres de voies cyclables pour atteindre un total de 846 kilomètres à la fin de 2017.

Mais l’adoption en septembre 2016 de l’approche « Vision zéro » et celle du Plan-cadre vélo font en sorte que le développement du réseau et sa mise à niveau devront s’adapter à ces nouvelles orientations. «?Les processus de gestion ne permettent pas de déterminer dans quelle mesure le réseau cyclable est sécuritaire?», écrit la vérificatrice générale.

Michèle Galipeau présentera son rapport annuel mardi lors d’une séance plénière au conseil municipal.