Studio Ernest-Cormier: Montréal donne le feu vert à des procédures judiciaires

Propriétaire du studio Ernest-Cormier, Luc Lachapelle estime qu’il a le droit d’utiliser l’immeuble comme lieu de résidence. Une affiche de Clorinthe Perron, conjointe d’Ernest Cormier, orne l’un des murs de l’atelier.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Propriétaire du studio Ernest-Cormier, Luc Lachapelle estime qu’il a le droit d’utiliser l’immeuble comme lieu de résidence. Une affiche de Clorinthe Perron, conjointe d’Ernest Cormier, orne l’un des murs de l’atelier.

Joignant le geste à la parole, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a donné le feu vert au Contentieux de la Ville de Montréal afin que des procédures judiciaires soient entreprises contre le propriétaire du studio Ernest-Cormier. L’administration Ferrandez allègue que Luc Lachapelle contrevient au règlement de zonage en utilisant le bâtiment patrimonial comme résidence.

En 2015, la Société québécoise des infrastructures (SQI) avait mis en vente le studio Ernest-Cormier, situé au 3460, rue Saint-Urbain. L’appel d’offres, publié discrètement, décrivait l’immeuble comme un « bâtiment de type résidentiel unifamilial à paliers multiples ». C’est l’homme d’affaires Luc Lachapelle qui s’en est porté acquéreur au coût de 954 000 $. Il y a emménagé avec sa famille à l’hiver 2016.

Le maire du Plateau, Luc Ferrandez, avait aussitôt fait savoir que l’arrondissement ne comptait pas laisser le nouveau propriétaire utiliser l’immeuble comme résidence. Le zonage de la propriété permet l’usage institutionnel, mais l’aménagement d’un espace habitable n’y est pas autorisé. « On ne peut pas faire n’importe quoi avec le zonage. On ne niaise pas avec ça », avait-il dit au Devoir en décembre 2016. Un avis d’infraction a d’ailleurs été signifié au propriétaire le mois suivant. Luc Lachapelle a continué à habiter l’immeuble.

Droits acquis ?

Lundi dernier, un peu plus d’un mois après avoir fait parvenir une mise en demeure au propriétaire du studio Ernest-Cormier, le conseil d’arrondissement du Plateau a donné au Service des affaires juridiques de la Ville de Montréal le mandat d’entreprendre des procédures légales pour obliger Luc Lachapelle à se conformer au règlement de zonage. L’arrondissement envisage le dépôt d’une demande d’injonction devant la Cour supérieure.

Je dors en paix. J’ai deux avis juridiques. Et nos recherches nous ont permis de constater que, depuis les années 1980, le studio a été habité.

 

Compte tenu de la judiciarisation du litige, les élus du Plateau n’ont pas voulu commenter le dossier.

La menace de recours judiciaires n’ébranle pas Luc Lachapelle. L’entrepreneur, qui est président de la firme Bau-Val, estime qu’il bénéficie de droits acquis. Au cours des dernières décennies, le studio Ernest-Cormier a été habité, servant notamment à des artistes en résidence. Quand M. Lachapelle a acheté la propriété, la maison comptait plusieurs lits et tous les équipements requis pour y loger, fait-il valoir.

« Je dors en paix. J’ai deux avis juridiques. Et nos recherches nous ont permis de constater que, depuis les années 1980, le studio a été habité », a expliqué M. Lachapelle, que Le Devoir a rencontré à son domicile, qui a servi d’atelier à Ernest Cormier et attiré de nombreux artistes dans les années 1920.

Luc Lachapelle a acheté l’immeuble en toute connaissance de cause et se dit très sensible à l’héritage d’Ernest Cormier, dont il veut mieux faire connaître l’oeuvre et l’atelier. Le studio est demeuré inchangé depuis son achat, dit-il. D’ailleurs, comme le bâtiment a été classé en 2016, toute modification est étroitement encadrée.

Depuis 2016, le studio a aussi accueilli plusieurs événements culturels axés sur la création et l’architecture, dont une exposition des architectes Josette Michaud et Pierre Beaupré en mai dernier.

« Je ne regrette pas mon achat. Les lieux nous habitent », explique Luc Lachapelle. Persuadé de pouvoir démontrer ses droits, il considère les procédures judiciaires qui risquent d’être engagées contre lui comme une perte d’argent et d’énergie de la part de la Ville. Selon lui, il eût mieux valu que ces efforts soient consacrés à la restauration et la réappropriation de l’édifice voisin, l’ancienne École des beaux-arts de Montréal. Conçu selon les plans de Jean-Omer Marchand et d’Ernest Cormier, cet immeuble patrimonial serait peu utilisé depuis le déménagement du Conseil des arts de Montréal à l’édifice Gaston-Miron.

Qui est Ernest Cormier ?

Né le 5 décembre 1885 à Montréal et décédé en 1980, Ernest Cormier avait une formation d’architecte et d’ingénieur. Après avoir obtenu son diplôme en génie civil de l’École polytechnique de Montréal, il a poursuivi sa formation à l’École des beaux-arts de Paris. Avec Jean-Omer Marchand, il a notamment dessiné les plans de l’École des beaux-arts de Montréal. C’est aussi à Ernest Cormier qu’on doit le pavillon principal de l’Université de Montréal, l’édifice de la Cour suprême du Canada à Ottawa et celui de la Cour d’appel du Québec, dans le Vieux-Montréal. Il a de plus dessiné les portes d’entrée de l’immeuble de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Ernest Cormier a aussi réalisé les plans de bâtiments résidentiels, dont ceux de sa maison, avenue des Pins.