Montréal veut faire un parc du stationnement voisin du Jardin Domtar

Domtar avait acquis ce terrain de la Ville en 2000 et l’avait converti en espace vert accessible au public deux ans plus tard.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Domtar avait acquis ce terrain de la Ville en 2000 et l’avait converti en espace vert accessible au public deux ans plus tard.

Faute de pouvoir sauver le Jardin Domtar, vendu il y a quelques mois à un promoteur immobilier, la mairesse Valérie Plante envisage de transformer en parc le stationnement voisin. Ce terrain qui appartient à la Ville est justement celui que convoitait le Musée McCord pour se relocaliser.

Les arbres du Jardin Domtar, situé à l’angle des rues De Bleury et Président-Kennedy, risquent de disparaître à plus ou moins brève échéance. Domtar avait acquis ce terrain de la Ville en 2000 et l’avait converti en espace vert accessible au public deux ans plus tard. La papetière vient de le vendre au coût de 14 millions au Groupe Canvar, qui envisage d’y construire un édifice d’une trentaine d’étages comprenant un hôtel et des appartements.

Lors du conseil d’arrondissement de Ville-Marie, tenu le 8 mai dernier, la mairesse Plante a réitéré que, selon elle, il était trop tard pour sauver cet espace vert, le promoteur étant en droit d’aller de l’avant avec son projet immobilier d’autant que le site n’est pas zoné parc. « Les administrations précédentes n’ont posé aucune action légale, donc nous sommes pris avec cette situation », a-t-elle dit à des citoyens venus la questionner. « Nous n’avons pas la capacité financière d’acheter ce terrain. »

La mairesse a cependant indiqué son intention de transformer en parc le terrain situé à l’est de la rue De Bleury. À l’heure actuelle, ce site, propriété de la Ville, est utilisé comme stationnement et est géré par Stationnement de Montréal. « Ça serait facile de le vendre pour avoir une autre tour, mais nous allons le transformer en parc. C’est ce que je compte faire, a dit la mairesse. Nous avons besoin d’espaces verts. »

Le Musée McCord

Or, c’est le terrain que convoitait le Musée McCord. En entrevue au Devoir en octobre dernier, la présidente et chef de direction du musée, Suzanne Sauvage, avait dit ceci concernant l’éventuel déménagement de l’institution : « Le maire de Montréal nous a réservé un quadrilatère entre les rues De Bleury, Jeanne-Mance, Président-Kennedy et Maisonneuve tandis qu’un donateur privé nous a accordé 15 millions de dollars. »

Il n’a pas été possible, dimanche, d’obtenir les commentaires des autorités du Musée McCord au sujet des intentions de la nouvelle administration.

La mairesse a évoqué, la semaine dernière, l’intérêt du Musée McCord pour ce terrain. « Ça appartient à la Ville et c’est nous qui décidons si c’est le McCord qui le prend, si on le vend à des promoteurs privés […] ou si on décide d’en faire un parc », a-t-elle dit.

Dimanche, le cabinet de la mairesse a indiqué que des consultations seraient annoncées sous peu pour le parc que l’administration veut créer. « En ce qui concerne le projet de relocalisation du Musée McCord, la mairesse est ouverte à étudier différents scénarios », a précisé son cabinet.

Mobilisation citoyenne

La perte du Jardin Domtar n’est pas le scénario espéré, mais la création d’un parc dans un stationnement est une option intéressante, estime Coralie Deny, directrice générale du Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal.

En mars dernier, l’organisme avait d’ailleurs suggéré que le stationnement soit converti en espace vert et que Domtar contribue financièrement à son aménagement. « On aurait un parc plus grand que celui qu’on a actuellement », signale Mme Deny.

Les citoyens, qui se sont mobilisés pour sauver le Jardin Domtar, refusent pour leur part de jeter l’éponge. Sophie Vallée-Smejda comprend mal que la Ville refuse de se porter acquéreuse d’un terrain de 14 millions alors qu’elle vient de consentir 140 millions pour rénover l’hôtel de ville. « C’est un peu une claque dans la face », dit-elle.

En 2000, le comité exécutif avait approuvé la vente du terrain à Domtar « à des fins d’aménagement d’un espace de verdure ». Les citoyens voient donc la vente du terrain au groupe Canvar comme « une rupture d’engagement social ».