Un tronçon de la voie Camillien-Houde sans voitures

Le 4 octobre dernier, le jeune cycliste de 18 ans Clément Ouimet a perdu la vie dans une collision avec un véhicule sur la voie Camillien-Houde.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le 4 octobre dernier, le jeune cycliste de 18 ans Clément Ouimet a perdu la vie dans une collision avec un véhicule sur la voie Camillien-Houde.

À compter du 2 juin prochain, la circulation automobile sera interrompue au sommet du mont Royal à l’aide d’une nouvelle signalisation et du marquage au sol dans le cadre du projet-pilote promis par l’administration de Valérie Plante. La mairesse croit que ces mesures, appuyées par une surveillance policière, réussiront à dissuader les automobilistes de transiter par la montagne.

D’une durée de cinq mois, le projet-pilote s’étendra du 2 juin au 31 octobre. Les automobilistes venant de l’est devront s’arrêter au stationnement de la maison Smith. Ceux provenant de l’ouest ne pourront aller au-delà du pavillon du Lac-aux-Castors. Ainsi, un segment de 550 mètres de la voie Camillien-Houde/chemin Remembrance sera inaccessible pour eux. Seuls les piétons, les véhicules d’urgence, les autobus de la Société de transport de Montréal (STM), les autobus touristiques et scolaires, les véhicules d’entretien de la Ville et les vélos pourront continuer à circuler à leur guise. La Ville prévoit aussi d’accommoder les cortèges funéraires.

« 80 % des gens qui empruntent la voie Camillien-Houde et le chemin Remembrance l’utilisent comme un raccourci », a rappelé la mairesse Plante, qui, en compagnie du responsable des grands parcs au comité exécutif, Luc Ferrandez, a dévoilé vendredi les détails du projet.

Du marquage au sol et une signalisation routière informeront les automobilistes des nouvelles règles. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) assurera la surveillance et ce sera à lui de déterminer les lieux où seront postés les policiers. Mais gare aux contraventions, a prévenu Valérie Plante.

Luc Ferrandez s’attend à une certaine délinquance au début, mais il soutient que cette stratégie a été utilisée avec succès ailleurs, notamment au parc La Fontaine. « C’est sûr qu’il pourrait y avoir un taux de contraventions assez élevé au début, parce qu’on ne met pas de contraintes physiques, mais ça se règle avec le temps », a-t-il assuré.

Ces mesures sont temporaires, mais la Ville songe à interdire la circulation de transit de façon permanente sur la montagne. Cette volonté a toutefois suscité une vive opposition au cours des derniers mois.

C’est pourquoi l’administration a mandaté l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) afin d’analyser le projet-pilote, de consulter la population et de lui faire des recommandations pour le futur.

L’OCPM tiendra deux séances d’information les 10 et 15 mai ainsi que des ateliers créatifs pendant la durée du projet-pilote. Il mènera aussi des consultations en ligne sous forme de plateforme participative et invitera les citoyens à répondre à un questionnaire sur leurs habitudes de fréquentation du mont Royal. À compter d’octobre, l’OCPM recueillera les avis du public afin d’être en mesure de remettre un rapport comportant des recommandations à l’administration au début de l’année 2019, en janvier ou février.

La présidente de l’OCPM, Dominique Ollivier, est consciente de la polémique entourant le projet : « Notre rôle, c’est de sortir de cette polarisation pour mettre les gens dans un débat constructif. »

Projet « emblématique »

La Direction régionale de santé publique de Montréal (DSP) a donné son appui à l’initiative. « C’est un projet emblématique qui va dans le sens de l’ensemble des recommandations qu’on a faites dans les dernières années en ce qui concerne le transport et ses impacts sur la santé », a dit Mylène Drouin, chef médicale à la DSP. La réduction de la présence automobile dans les parcs suit d’ailleurs la tendance observée ailleurs dans le monde, comme à Central Park à New York, a-t-elle fait remarquer.

« Ce projet va être décisif pour l’avenir de l’accessibilité au mont Royal », croit pour sa part Hélène Panaïoti, directrice des communications des Amis de la montagne. Elle se préoccupe toutefois des effets que les mesures auront sur la circulation dans les rues environnantes.

Pour Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal, il était temps qu’une administration pose un geste significatif allant dans le sens du Plan de protection et de mise en valeur du mont Royal adopté en 2009. Celui-ci suggérait notamment que la voie Camillien-Houde et le chemin Remembrance deviennent un « chemin de parc » respectant mieux l’aspect naturel du site dessiné par Frederick Law Olmsted.