Montréal garde le cap concernant l’agrandissement de la bibliothèque Maisonneuve

Projection de l’agrandissement de la bibliothèque Maisonneuve avec ses deux annexes vitrées
Photo: Dan Hanganu architectes EVOQ Architecture PMA et NCK Projection de l’agrandissement de la bibliothèque Maisonneuve avec ses deux annexes vitrées

La Ville de Montréal compte bien aller de l’avant avec l’agrandissement de la bibliothèque Maisonneuve, rue Ontario, même si des citoyens s’opposent au concept retenu, qui prévoit la construction d’annexes vitrées de part et d’autre du bâtiment patrimonial.

« Nous n’avons rien contre l’agrandissement de la bibliothèque, mais c’est contre le style de l’immeuble choisi pour agrandir la bibliothèque qu’on en a », a expliqué au Devoir Jean Kerzérho, l’un des instigateurs d’un groupe de citoyens, Patrimoine Homa, qui se dit préoccupé par les ajouts qui seront faits au bâtiment.

La bibliothèque étant trop à l’étroit dans le bâtiment de la rue Ontario, la Ville de Montréal avait lancé, au printemps 2017, un concours d’architecture afin de réaliser des travaux d’agrandissement. Le choix du jury s’était arrêté sur la proposition des firmes Dan Hanganu architectes, EVOQ Architecture, PMA et NCK l’automne dernier. Le projet prévoit la construction d’atriums vitrés de chaque côté du bâtiment patrimonial afin d’augmenter la surface de plancher de la bibliothèque, qui passera de 1240 à 3315 m2.

«Ce qu’on souhaite, c’est qu’elle soit agrandie, mais en respectant l’intégralité de l’immeuble en question », avance M. Kerzérho en suggérant que l’agrandissement soit réalisé en sous-sol. Selon lui, les annexes en verre trancheront avec le bâtiment patrimonial en plus d’obstruer ses façades latérales.

M. Kerzérho indique que, plus tôt cette semaine, les citoyens ont fait parvenir au ministère de la Culture une demande de classement pour cet immeuble.

Mettre en valeur le patrimoine

Le maire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, rétorque que la mise en valeur du patrimoine a guidé toutes les étapes du projet et que l’agrandissement en sous-sol n’aurait pas permis d’atteindre la superficie requise. « Le choix des façades vitrées n’est pas fortuit. C’est pour qu’on puisse continuer à admirer les murs extérieurs est et ouest de la bibliothèque, non seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur », explique-t-il.

Interpellé par M. Kerzérho lors de la réunion du conseil d’arrondissement le 13 mars dernier, le conseiller Éric Alan Caldwell a rappelé que le Conseil du patrimoine avait validé les orientations de la Ville. « Les architectes choisis ont fait leur renommée justement en intégrant des éléments nouveaux qui réussissaient à mettre en valeur les bâtiments patrimoniaux », a-t-il dit. « C’est votre droit le plus strict de ne pas aimer le concept retenu […] mais je peux vous dire que la mise en valeur de l’ancienne bibliothèque était l’objet et l’essentiel de la démarche de ce projet d’agrandissement. […] Ce n’est pas un geste léger et anodin. Au contraire, ç’a été considéré avec tout le sérieux possible. »

Mariage d’époques

Spécialiste de l’histoire de l’architecture moderne et présidente de Docomomo Québec, Francine Vanlaethem juge intéressante la proposition des architectes. Elle rappelle que l’intégration d’éléments contemporains à un bâtiment ancien est susceptible de donner à celui-ci une nouvelle énergie. « C’est tellement courant aujourd’hui », dit-elle en soulignant que de nombreux exemples dans le monde témoignent du mariage réussi entre différents styles, qu’il s’agisse du Louvre à Paris ou du Reichstag à Berlin.

Et selon elle, la crédibilité et la qualité du travail des firmes choisies ne peuvent être remises en question.

Précisons qu’après le décès de l’architecte Dan Hanganu en octobre dernier, sa firme avait été dissoute, et son équipe a été intégrée à EVOQ Architecture.

Le coût global du projet est estimé à 23 millions et les travaux de la bibliothèque devraient se terminer en 2021. En attendant le début du chantier, la Ville organise ce samedi une journée portes ouvertes, entre 10 h et 14 h, pour permettre aux citoyens d’en apprendre davantage sur le projet.

L’immeuble abritant la bibliothèque Maisonneuve avait été inauguré en 1912 pour accueillir l’hôtel de ville de Maisonneuve. En 1925, l’Institut du radium s’y est installé. La bibliothèque municipale occupe les lieux depuis 1981.