Montréal convoite la Coupe du monde de soccer sans garanties financières

Québec et Ottawa ont dit vouloir soutenir Montréal, mais ils n’ont pas signé d’entente précisant la hauteur de leur engagement financier.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Québec et Ottawa ont dit vouloir soutenir Montréal, mais ils n’ont pas signé d’entente précisant la hauteur de leur engagement financier.

La Ville de Montréal sera officiellement candidate pour organiser certains matchs de la Coupe du monde de soccer en 2026 sans savoir quelle sera la contribution financière de Québec et d’Ottawa, ce qui va à l’encontre des mises en garde de sa direction des sports, a constaté Le Devoir.

Les responsables du Canada, des États-Unis et du Mexique déposeront vendredi les documents de la candidature nord-américaine dans l’espoir d’accueillir la deuxième manifestation sportive en importance au monde, après les Jeux olympiques.

Si cette candidature est préférée à celle du Maroc le 13 juin prochain, Montréal sera l’une des trois villes canadiennes qui pourraient accueillir jusqu’à six matchs de la prestigieuse compétition, les autres étant Edmonton et Toronto. Pour être dans les rangs, la Ville s'est engagée envers la Fédération internationale de Football Association (FIFA) en signant notamment ce qu’on appelle l’« accord de ville hôte ».

La signature de cette entente non négociable et irrévocable pourrait cependant exposer Montréal à un important risque financier. Un avis produit le 12 janvier dernier par le Service des affaires juridiques indique que l’accord de ville hôte « contient plusieurs dispositions contraignantes pour la Ville, notamment celles visant à respecter des normes encore non identifiées par la FIFA […] et à indemniser la FIFA en cas d’annulation des matchs, peu importe la raison ».

« Risque financier très important »

Un sommaire décisionnel publié quelques jours plus tard par la Direction des sports précise que, « pour mieux gérer les risques, la Ville aurait avantage à s’assurer du respect de conditions préalables à la signature de tout engagement envers la FIFA ».

La première de ces conditions est l’octroi d’une contribution financière à la Ville de Montréal « constatée dans une entente signée par les gouvernements fédéral et provincial […] jusqu’à hauteur d’une valeur correspondant approximativement à 65 % des coûts de l’événement », qui sont d’environ 150 millions de dollars, selon les estimations de la Ville.

Cette recommandation a été reprise intégralement dans une résolution adoptée à l’unanimité lors de l’assemblée du conseil d’agglomération du 25 janvier.

Un document confidentiel émanant de la Direction des sports — qui a été remis aux élus qui siégeaient au conseil municipal du 22 janvier et que Le Devoir a obtenu en vertu de la Loi sur l’accès à l’information — précise par ailleurs que le nombre et le choix des matchs à recevoir auront une incidence sur les coûts et les retombées économiques.

« Sans engagement préalable des autres bailleurs de fonds, signer les ententes [exigées par la FIFA] exposerait la Ville de Montréal à un risque financier très important », ajoute la note.

Or, à ce stade-ci, Québec et Ottawa ont dit vouloir soutenir Montréal, mais ils n’ont pas signé d’entente précisant la hauteur de leur engagement financier. Le gouvernement fédéral a promis cette semaine de verser jusqu’à 5 millions de dollars pour appuyer l’ensemble de la candidature nord-américaine, si elle est retenue, mais il n’a pas annoncé d’enveloppe précise pour Montréal.

Au cabinet du ministre des Affaires municipales du Québec, Martin Coiteux, on indique que « la contribution du gouvernement du Québec est conditionnelle à celles de la Ville de Montréal et du gouvernement du Canada ». « Nos engagements respectifs pourront être convenus lorsque la nature des besoins et les prévisions de coûts seront précisées en fonction des exigences de la FIFA », affirme l’attachée de presse Marie-Ève Pelletier.

Pas une autre Formule E

Au cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, on soutient qu’« il n’y a pas de craintes à avoir pour la Ville », parce que Québec et Ottawa ont confirmé leur participation au projet. « La Ville de Montréal a reçu l’assurance de ses partenaires provinciaux et fédéraux que nous allons avancer ensemble dans cette aventure, sur les plans logistique, technique et financier, répond l’attaché de presse Youssef Amane. Notre partenariat est solide et va nous permettre de répartir les coûts équitablement entre les différents ordres de gouvernement. »

Jeudi, Mme Plante a dit qu’elle ne retirera pas la candidature de Montréal, comme vient de le faire Vancouver en invoquant les exigeantes conditions de la FIFA. « Depuis le début, on a dit que c’est un événement qui nous intéresse, a-t-elle déclaré. Ça doit se faire avec les partenaires des autres ordres de gouvernement pour que, financièrement, ce ne soit pas la Ville de Montréal qui assume tous les coûts. En gros, pour moi, il n’est pas question de refaire une Formule E. Ce ne sera pas un événement sur le dos des Montréalais. »

Après avoir décidé en juin prochain qui de l’Amérique du Nord ou du Maroc organisera la Coupe du monde 2026, la FIFA sélectionnera les villes hôtesses d’ici 2021. Selon la Ville de Montréal, la tenue de six matchs de la Coupe du monde dans la métropole est susceptible de produire un impact économique de 209 millions de dollars.

Avec Jeanne Corriveau