Valérie Plante met fin à la Formule E à Montréal

Selon la mairesse Valérie Plante, l’administration Coderre savait depuis des mois que MCE n’avait pas suffisamment de subventions et de commandites.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon la mairesse Valérie Plante, l’administration Coderre savait depuis des mois que MCE n’avait pas suffisamment de subventions et de commandites.

Qualifiant l’aventure de la Formule électrique de « fiasco financier », Valérie Plante a mis fin à la tenue de l’événement à Montréal. Mais la mairesse a dit ignorer combien coûteront les pénalités aux contribuables montréalais.

Bien avant la tenue de la course en juillet dernier, Montréal c’est électrique (MCE) était en difficulté financière. Faute de liquidités, l’organisme sans but lucratif créé par l’administration Coderre avait entamé la marge de crédit de 10 millions consentie par la Ville, a indiqué Valérie Plante lundi.

Selon la mairesse, l’administration Coderre savait depuis des mois que MCE n’avait pas suffisamment de subventions et de commandites. « Il est devenu clair, dès le mois de mai dernier, que l’organisation se dirigeait tout droit vers un fiasco financier », a-t-elle dit.

Des dettes

MCE traîne des factures non payées totalisant 6,2 millions, mais l’administration s’attend à ce que, d’ici la fin de l’année, une somme de 1,6 million entre dans les coffres de l’organisme.

« Afin de mettre fin à l’hémorragie », l’administration Plante a plafonné la marge de crédit à 9,5 millions, sur les 10 millions prévus. Elle a examiné trois scénarios dont le déménagement de la course au circuit Gilles-Villeneuve, mais cette option n’a pas été retenue en raison des travaux prévus dans les paddocks l’été prochain.

Construire un circuit ailleurs en ville aurait été trop coûteux et la suspension pendant un an de l’événement a été rejetée par Formula E Operations (FEO), a avancé Mme Plante.

Estimant que la facture totale aurait atteint 30 à 35 millions si une course avait été présentée en 2018, l’administration Plante a décidé de mettre fin au contrat de trois ans.

La mairesse a cependant été incapable de dire quelle pénalité pourrait être imposée à MCE et si la Ville allait éventuellement récolter la facture.

« Tous les contrats ont été signés entre Montréal c’est électrique et la Formule E. Il n’y a aucun contrat qui lie la Ville à Montréal c’est électrique », a affirmé la mairesse qui a qualifié le montage financier élaboré par l’administration précédente d'« irréaliste, déconnecté, voire douteux ».

Le rapport financier de MCE sera déposé dans les prochaines semaines, a précisé la mairesse.

Rappelons qu’en campagne électorale, Valérie Plante avait promis que la course ne reviendrait pas dans les rues du centre-ville compte tenu des multiples impacts subis par les résidents et les commerçants du secteur.

Pénalités inconnues

De son côté, MCE soutient que les frais de pénalité seront négociés à partir des droits de course non payés.

Selon l’administration, ces droits atteignent 4,8 millions $US par course. En plus des coûts pour les deux courses de 2018 et de 2019, une somme est encore due pour celle de 2017.

« Le contrat avec la FEO a été négocié par le cabinet du maire, en collaboration avec les avocats de la Ville. MCE a été créé et impliqué à la toute fin du processus », a fait valoir l’organisme.

« C’est aussi le cabinet du maire qui était entièrement responsable des subventions, tandis qu’Evenko était responsable des commandites commerciales. »

Hydro-Québec, qui avait versé 850 000 $ pour l’événement en 2017, avait déjà décidé de mettre fin à son association avec la Formule E. L’achalandage sur le site (44 420 personnes au lieu de 90 000) et le rayonnement international (15,4 millions de téléspectateurs au lieu de 37 millions) ayant été jugés insuffisants.

Les dettes de MCE atteignent 13,55 millions et seraient attribuables en partie aux subventions qui ne se sont jamais concrétisées, a indiqué l’organisme. Des 11,55 millions promis, seulement 3,45 ont été versés, a souligné MCE.

Rappelons que le Bureau de l’inspecteur général de Montréal et la vérificatrice générale de la Ville ont entrepris d’examiner l’octroi de contrats dans ce dossier.

L’opposition approuve

Le chef de l’opposition, et membre de l’administration Coderre, Lionel Perez, estime que, dans les circonstances, Valérie Plante a pris la bonne décision même s’il lui reproche d’avoir omis de s’informer sur les coûts de l’annulation des courses : « Si ces chiffres sont véridiques, on pense que la décision d’annuler la Formule E pour l’année prochaine est justifiée. »

M. Perez indique qu’il ignorait la situation financière de MCE même s’il faisait partie du comité exécutif qui a approuvé des investissements de 24 millions pour cet événement.

« Les contrats ont été accordés bien en amont de la tenue de l’événement, deux mois avant la course. Le cautionnement de 10 millions a été fait en décembre 2016 », a-t-il rappelé.


Financement de la FE à Montréal

Ville de Montréal : 24 millions et marge de crédit de 10 millions

Gouvernement du Québec : 1,5 million

Gouvernement du Canada : prêt de 1,75 million

Hydro-Québec : subvention de 850 000 $
14 commentaires
  • Michel Bouchard - Abonné 18 décembre 2017 12 h 49

    Je ne suis pas déçu...

    loin de là.

  • André Bourbonnais - Abonné 18 décembre 2017 14 h 38

    Formule E

    Pourquoi ne pas la faire au Circuit Gille Villeneuve et montrer la Viille de Montréal en arrière-plan. Un montage, c'est simple à faire de nos jours.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 décembre 2017 16 h 55

      Parce que les voitures électriques ne sont pas performantes et ne pourraient pas courir sur le circuit Gilles Villeneuve sans que tout le monde s'en aperçoive (comparaison avec celles qui ont un moteur à essence). Les voitures feraient un tour et devraient retourner à leur poste pour que leurs piles soient rechargées. Tant et aussi longtemps qu’ils ne développeront pas des accumulateurs (piles) de meilleure qualité, les voitures électriques demeureront un rêve chimérique.

      Gaspiller des millions alors que les taxes municipales augmentent et les services ne sont pas au rendez-vous, c'est tout simplement ridicule. Le seul cachet que Montréal possède, c’est le fait francophone en Amérique du Nord. Le reste, Montréal ressemble bien plus à Détroit. Comme dirait Carey Price, c'est « priceless ».

  • Marguerite Paradis - Abonnée 18 décembre 2017 14 h 38

    MerciS

    Merci madame la mairesse et à votre équipe.

    Dans ce dossier-ci, où était monsieur Denis Gallant, l'inspecteur général?
    Son travail devrait être questionné et votre administration devrait mettre sa montre à l'heure pour les prochains dossiers.

    Merci encore de vous tenir debout POUR votre population.

    M.P.

    • Colette Pagé - Inscrite 18 décembre 2017 17 h 26

      Pour échapper à l'obligation de rendre compte les Villes ont trouvé l'astuce : créer un OSBL lui verse de l'argent sans obligation pour l'OSBL de rendre des comptes.

      Un stratagème bien connu que le Gouvernement québécois devrait interdire ou à tout le moins mieux encadrer avec l'obligation de rendre compte en gardant en mémoire qu'il s'agit de l'argent public.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 18 décembre 2017 19 h 51

      Merci monsieur Gélinas,

      Je comprends mieux. Une belle attrape, voire arnaque, avec la bénédiction du Gouvernement.

      Effectivement, il s'agit de beaucoup d'$ de la population.
      Alors, il est donc urgent de demander un correctif au Gouvernement québécois libéral pour que l'Inspecteur général puisse faire son travail correctement.

  • S. A. Samson - Abonnée 18 décembre 2017 14 h 54

    Formule B remplace la Formule E

    Déçue de sa Formule...bilingue. Montréal n'est elle pas une métropole francophone d'abord? !

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 18 décembre 2017 15 h 07

    Maudite bonne nouvelle !

    Je félicite la mairesse.