375e de Montréal: «Un investissement, pas une dépense»

Le directeur général et la présidente de la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Alain Gignac et France Chrétien Desmarais, estiment que l’année de célébrations a été un succès.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le directeur général et la présidente de la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Alain Gignac et France Chrétien Desmarais, estiment que l’année de célébrations a été un succès.

Les festivités entourant le 375e Montréal auront coûté 7 millions de dollars de moins que les quelque 125 millions initialement prévus. Et au terme de leur premier bilan, les dirigeants de la société qui a piloté les célébrations estiment que chacun des quelque 118 millions déboursés pour souligner l’anniversaire de la métropole a représenté un investissement, et non une dépense.

« Le 375e a été un catalyseur pour regrouper toutes les forces et célébrer notre fierté, s’enthousiasme la présidente de la Société des célébrations du 375e de Montréal, France Chrétien Desmarais, en entrevue au Devoir. C’est un investissement, ce n’est pas une dépense. Et je pense que les chiffres vont être là pour le démontrer. »

Les états financiers de la société seront déposés au début de l’an prochain et une étude évaluant les retombées économiques devrait être publiée au printemps, mais les organisateurs affirment déjà que l’année de célébrations a été un succès.

« Je pense que pour chaque dollar qu’on a investi, on va arriver facilement à deux dollars d’impact », soutient le directeur général de la société, Alain Gignac. Il s’appuie notamment sur les données de Tourisme Montréal, qui estimait en septembre que les dépenses touristiques dans la métropole auront augmenté de 9,9 % en 2017, pour atteindre 3,6 milliards.

Un milliard en dépenses

Au total, les festivités du 375e de Montréal auront donné lieu à 102 projets et activités, sélectionnés parmi plus de 1000 propositions. À cela se sont ajoutés une douzaine d’événements « signature », comme ceux entourant l’illumination du pont Jacques-Cartier ou encore l’arrivée des « Géants » dans les rues de Montréal.

Selon les organisateurs, 1,8 million de visiteurs ont participé aux différentes activités.

Du budget d’un peu plus de 125 millions provenant surtout de fonds publics, environ 7 millions n’ont pas été déboursés. En ajoutant les dépenses liées aux différents legs du 375e, on peut cependant estimer que les festivités auront coûté près d’un milliard de dollars.

« À l’origine, il y a eu un questionnement lié au fait qu’on célébrait un 375e, qui n’est pas un chiffre rond, souligne le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc. Mais j’ai l’impression que ça en valait la peine. Ça a créé un moment charnière pour plusieurs décisions », précise-t-il en pensant par exemple au réaménagement du parc Jean-Drapeau ou du square Viger, deux projets toujours en cours.

Quelle place pour l’histoire ?

Parmi les voix qui se sont élevées pour critiquer le 375e, il y a eu celles d’historiens dénonçant la faible dimension historique des célébrations.

« Il y a eu toutes sortes d’activités, c’était une fête, mais l’histoire n’a pas été au coeur de la fête », affirme le président de la Société historique de Montréal, Jean-Charles Déziel.

Les activités proposées par le Regroupement des musées d’histoire de Montréal ayant été refusées, son président, André Delisle, a pour sa part décidé de les présenter dans le cadre d’une fête parallèle, l’« Off 375e ».

« C’est certain que si on a décidé d’y aller avec notre propre programmation, c’est qu’on considérait qu’il y avait place à l’histoire et qu’il y avait un rôle à remplir », dit-il.

« Ils n’ont pas suivi les célébrations du 375e de très près, rétorque Mme Chrétien Desmarais. On s’est inscrit dans une histoire plus contemporaine », précise-t-elle.

Pour ce qui est de la controverse entourant Gilbert Rozon, qui a quitté en octobre ses fonctions de commissaire de la Société des célébrations du 375e dans la foulée d’allégations d’inconduite sexuelle, la présidente assure qu’elle n’a pas assombri la fête.

« C’est très malheureux ce qui est arrivé, mais pour nous, à l’interne, ça n’a pas affecté le déroulement. »


L’opacité des dépenses

En campagne électorale, Projet Montréal avait dénoncé l’opacité dans les dépenses faites par les organismes sans but lucratif à qui Montréal confie l’organisation d’événements, comme les festivités du 375e ou la course de Formule électrique. Alors candidate à la mairie, Valérie Plante avait promis de rendre publiques sans tarder les dépenses faites par la Société du 375e et par l’organisme Montréal, c’est électrique si elle était portée au pouvoir le 5 novembre. Rappelons que la Société du 375e, qui n’est pas assujettie à la Loi sur l’accès à l’information, a reçu 125 millions en fonds publics d’Ottawa, de Québec et de Montréal.

À cela s’ajoutent les dépenses liées aux legs du 375e, qui portent les dépenses à 1 milliard de dollars pour ces célébrations. « On n’a pas d’indication qui nous dit que l’argent a été mal dépensé, mais ce qu’on entend, c’est que les Montréalais se demandent où le milliard de dollars est allé », avait dit Valérie Plante en septembre dernier. Mme Plante et son parti ont finalement été portés au pouvoir le mois dernier, mais lundi, la nouvelle administration n’a pas voulu accorder d’entrevue sur le bilan des festivités du 375e anniversaire, faute d’avoir suffisamment d’informations en main, a-t-on précisé au cabinet de la mairesse.
5 commentaires
  • Jean-François Laferté - Abonné 12 décembre 2017 08 h 13

    Un flop éhonté...

    Bonjour,

    De l’éclairage douteux du pont Jacques Cartier en passant par ces géants venus d’Europe,bien des pans de l’histoire et des gens de Montréal n’ont pas eu la vitrine escomptée durant les célébrations d’un groupe de happy few...Où était notre Émile Nelligan,Raymond Lévesque,le jazz et la communauté noire et combien d’autres?
    Bref,un party de plein de sous et un roi déchu en fin de parcours..

    Jean-François Laferté
    Terrebonne

  • Robert Beauchamp - Abonné 12 décembre 2017 08 h 31

    Le gommage

    Le gommage a remplacé les hommages aux fondateurs et autres figures marquantes de nos origines. L'arugument de Marie-France Chrétien-Desmarais alléguant ''qu'on s'est inscrit dans une histoire plus contemporaire'' est un argument bidon. Pourtant, un aspect n'empêchait pas l'autre. Son équipe composée de grosses pointures multiculturelles fédéralistes canadian peut dire en effet mission accomplie. Les chiffres ne sont pas encore disponibles. Vive la transparence! Quant à l'argent non dépensé, ce n'est pas nécessairement un gage de bonne gestion, tant elle leur sortait par les oreilles. On ne sait rien de ces administrateurs ou bénévoles de leurs cogitaitons concernant cet anniversaire, on a tout simplement allumé un gros sapin cogité en catimini. Ce ne sont pas des gens de culture communautaire mais communautaristes autoritaires.

  • Colette Pagé - Abonnée 12 décembre 2017 10 h 13

    Dépenses indécentes !

    Cette habitude de plus en plus fréquente des Villes de créer des sociétés sans but lucratif qui échappe à la Loi d'accès à l'information doit être dénoncée puisque qu'en plus du manque de transparence, ce stratagéme peut conduire à toutes les dérives.

    Dans le contexte, un milliard de dépenses pour fêter Montréal qui est reconnu pour ses poches de pauvreté est indécent et ce d'autant plus que l'histoire a été l'enfant pauvre des Fêtes. L'explication de Madame Chrétien-Desmarais ne tient pas la route.

    Et puis se vanter d'avoir économisé 125 Millions sur un budget de 1 Milliard est simplement de la poudre aux yeux qui ne convainct personnee.

  • Gilles Théberge - Abonné 12 décembre 2017 10 h 19

    « Ils n’ont pas suivi les célébrations du 375e de très près, rétorque Mme Chrétien Desmarais. On s’est inscrit dans une histoire plus contemporaine », précise-t-elle. »

    Ah oui, laquelle madame....?

    On attend la réponse.....!

  • Pierre Robineault - Abonné 12 décembre 2017 17 h 41

    Non, c'était vraiment raté!

    On ne fête pas l'histoire en parlant d'aujourd'hui et encore moins du futur.
    Le tout a été raté par des ratés, et ne les nommons pas, les connaître suffit!