Hommage à Fredy Villanueva: accueil froid des policiers

En hommage à Fredy Villanueva, un enfant brandit une pancarte lors d’une marche commémorative en 2011 à Montréal-Nord.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En hommage à Fredy Villanueva, un enfant brandit une pancarte lors d’une marche commémorative en 2011 à Montréal-Nord.

La Fraternité des policiers de Montréal a réservé un accueil glacial à la suggestion de Valérie Plante d’honorer la mémoire de Fredy Villanueva, abattu par un policier dans un parc de Montréal-Nord en 2008. La Fraternité a qualifié de « message étrange et ambigu » les propos de la mairesse et lui recommande de relire le rapport du coroner publié en 2013 sur la mort du jeune homme.

Interpellée par un citoyen, Solo Fugère, lors de l’assemblée du conseil municipal lundi soir, Valérie Plante s’était déclarée favorable à ce qu’un hommage soit rendu à Fredy Villanueva, « un jeune homme qui ne méritait pas de mourir ». Elle avait suggéré que la mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, et elles conviennent d’un projet, une murale ou autre chose.

Mardi, la mairesse a réitéré son intention, y voyant une façon de « soigner les plaies » à la suite de cet événement dramatique. « C’est un projet demandé par la communauté, un projet de réconciliation très simple pour bâtir des ponts entre les communautés », a-t-elle expliqué.

Elle a rappelé que dans son rapport déposé en septembre dernier, la commission qui s’est penchée sur la lutte contre le profilage social et racial avait recommandé une amélioration des pratiques au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« Les policiers du SPVM […] font un travail remarquable sur le terrain, mais on peut toujours améliorer nos pratiques », a souligné la mairesse.

Rapport du coroner

La Fraternité des policiers ne voit pas la situation du même oeil. L’opération policière qui s’est soldée par le décès de Fredy Villanueva a été analysée sous toutes ses coutures par un coroner et les deux policiers impliqués dans l’intervention n’ont jamais reçu de blâme, a souligné le président de la Fraternité, Yves Francoeur, par voie de communiqué : « Il pourrait être utile que la mairesse lise ou relise le rapport du coroner. » Selon lui, il ne s’agit pas d’un sujet dont on peut traiter « de façon approximative ».

Au passage, M. Francoeur a signalé qu’il n’y avait « pratiquement aucune trace dans l’espace public montréalais des 71 policiers et policières morts en service à Montréal au fil des ans ».

Au bureau de la mairesse Christine Black, on souligne que les consultations sur le réaménagement du parc Henri-Bourassa, où s’est déroulé le drame il y a près de 10 ans, ont fait ressortir de profondes divisions dans la population au sujet des événements entourant la mort de Fredy Villanueva.

Avant de devenir mairesse de Montréal-Nord en 2016, Mme Black était favorable à ce que la mémoire de Fredy Villanueva soit honorée. Mais à l’époque, elle était directrice de Centre des jeunes l’Escale.

Elle doit désormais tenir compte de l’opinion de l’ensemble des citoyens de l’arrondissement, a fait valoir son directeur de cabinet, Dominique DeBrosse : « C’est un enjeu très délicat et très polarisant pour les citoyens de Montréal-Nord. »

Mme Black invite cependant Valérie Plante à venir à Montréal-Nord pour la rencontrer, mais aussi pour avoir des discussions avec les policiers du poste 39 et les citoyens.

12 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 29 novembre 2017 05 h 28

    VOS SUGGESTIONS MONSIEUR DE LE PRÉSIDENT DU SYNDICAT?

    Monsieur Francoeur, président du syndicat, qu'avez-vous à suggérer pour garder un trace publique de toutes les personnes mortes « au travail » et, éviemment, pour le respect de toutes les vies.
    Qu'avez-vous vous à proposer pour améliorer le vivre-ensemble dans tous les quartiers où la police oeuvre?
    Je comprends que ce n'est facile de contribuer à la proposition de solutions. Écoutez attentivement tous vos membres, vous aurez plein de choses pertinentes et novatrices à partager.
    M.P.

  • Gilles Racette - Abonné 29 novembre 2017 05 h 57

    J'aime bien Madame Plante

    mais j'avoue ne pas comprendre le sens de cette démarche, c'est bien certain que la perte d'une vie est toujours une tragédie, mais n'est on pas ici en train d'ouvrir 'une canne de vers'? Mr. Francoeur a parfaitement raison quand il parle des 71 policiers de Montréal morts en service, certains dans des conditions particulièrement dramatiques et complètement ignorés par la suite et on ne parle pas des pompiers non plus et tant d'autres valeureux citoyens qui ont donné leur vie et sombré dans l'oubli sauf celle de leurs proches, alors de grâce, s'il faut faire des murales, ériger des statues et nommer des rues, il y a peut-être un ordre de priorité a donner sur la liste des méritants qui n'ont plus de voix pour se faire entendre.

    • Louise Collette - Abonnée 29 novembre 2017 10 h 25

      J'aime Monsieur Racette merci.

    • Marc Therrien - Abonné 29 novembre 2017 20 h 47

      Il arrive parfois que les humanistes comme madame Plante surinvestissent l'espoir de l'accueil voire même de l'amour inconditionnel d'autrui comme voie de construction d'un monde plus humain parce que plus égalitaire. Bien malheureusement pour les plus radicaux d'entre eux, nous avons encore besoin de la force du symbole de la loi du Père que représente, entre autres, la Police pour assurer le maintien d'un espace de vie sécuritaire parfois menacé par des êtres blessés en manque d'amour...tout court.

      Marc Therrien

  • Bernard Terreault - Abonné 29 novembre 2017 08 h 50

    pour satisfaire tout le monde

    Une murale pour Fredy à Montréal-Nord ET un monument aux policiers assassinés auprès de l'Hôtel de Ville ou du QG de la police.

  • Michel Lebel - Abonné 29 novembre 2017 09 h 05

    Un nouveau métier!


    La nouvelle mairesse ne doit pas carburer comme si elle était une militante de QS! Elle est la mairesse de tous les Montréalais. Elle doit aussi ne pas oublier qu'elle ne doit pas avoir les policiers à dos; ce qui me semble de l'ordre de l'évidence! Valérie Plante doit rapidement apprendre son nouveau métier, qui comprend notamment un appui solide aux forces policières. Un appui solide, mais pas aveugle.

    M.L.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 29 novembre 2017 09 h 16

    Qui mérite l'érection de murailles en son honneur ?

    «C’est un projet demandé par la communauté, un projet de réconciliation très simple pour bâtir des ponts entre les communautés »

    Est-on sûr que ce projet va permettre de construire des ponts, de panser des plaies ? À ce que je comprends, ce projet va plutôt réouvrir de blessures qui commençaient à pêine à se cicatriser ? Vouloir à tout prix une muraille pour commémorer la mort tragique de Freddy Vulanueva, est-ce une façon de commémorer son décès ou bien une façon de prendre sa revanche sur les forces policières ? Est-on en train de vouloir «sanctifier» les faits et gestes d'un jeune adolescent en mal de vivre, qui a provoqué les forces policières au point d'y laisser sa vie ? Est-on en train de signifier que tous les délinquants qui ont bravés les forces policières ont droits eux aussi d'être honorés par des murailles ? Et que fait-on de tous ces policiers morts au combat ? Est-on en train de chercher à individualiser la conscience sociale au point de la transformer en arme contre les forces de l'ordre ? Est-on en train de dire que la loi et l'ordre proposée par une société, même s'ils sont imparfaits, ne veulent plus rien dire ? Est-on en train de signifier que la loi et l'ordre devrait être celui défini par les gangs de rue, les groupes criminels et tous les groupes anarchiques qui alourdissent à vie en société ? Qui mérite l'érection de murailles pour honorer sa mort ? À mon avis personne, sinon il faudrait glorifier tous ceux qui sont morts au combat, peu importe leur camp: policiers, soldats, bandits, anarchistes et j'en passe...Essuyer les pleurs de l'autre et une bonne prise de conscience de part et d'autres des événements qui ont mené au décès de Freddy Vilanueva font beaucoup plus pour soulager la souffrance que l'érection de murailles commémoratives...

    • Gilles Racette - Abonné 29 novembre 2017 11 h 00

      J'aime bien votre commentaire Mr.Simard, plein de sagesse et de retenue, mais permettez moi juste cette petite précision: au début des années soixante dix, le chef des pompiers de Montréat-Ouest, George Booth a péri, en tentant désespérément de sauver la vie d'un jeune enfant pris a l'intérieur lors de cet incendie; qui parmi les lecteurs de ce journal se souviennent de Monsieur Booth? pas de monuments pour personne... d'accord, mais si nous avions a en construire juste un? pour Booth ou pour les milliers d'autres héros méconnus de notre histoire ou pour Fredy Villanueva?