Dur lendemain de veille pour les transfuges

Le plus influent des membres de l’opposition, Richard Bergeron, fondateur de Projet Montréal, s’est rallié à Denis Coderre quand il a été nommé au puissant comité exécutif de la Ville de Montréal, en 2013.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le plus influent des membres de l’opposition, Richard Bergeron, fondateur de Projet Montréal, s’est rallié à Denis Coderre quand il a été nommé au puissant comité exécutif de la Ville de Montréal, en 2013.

Ils ont abandonné leur ancien parti pour se joindre à l’Équipe Coderre, qui avait le vent dans les voiles. Et ils ont subi la défaite. Les électeurs montréalais ont sanctionné durement les transfuges, qui ont été emportés par la vague Valérie Plante.

Le maire sortant se targuait d’avoir nommé une série de membres de l’opposition à des postes-clés. Denis Coderre se voulait « rassembleur ». Vieux routier de la politique, il faisait taire les voix les plus critiques à son égard à coups de nominations assorties de primes qui gonflent la rémunération des élus.

Le plus influent des membres de l’opposition, Richard Bergeron, fondateur de Projet Montréal, s’est rallié à Denis Coderre quand il a été nommé au puissant comité exécutif de la Ville de Montréal, en 2013.

Les électeurs ont jugé sévèrement M. Bergeron. Ils ont accordé une majorité de 488 voix (6 %) à son adversaire de Projet Montréal, Robert Beaudry, dans le district électoral de Saint-Jacques.

Richard Bergeron n’a pas été le seul transfuge à subir les foudres des électeurs : les maires d’arrondissement Réal Ménard (Mercier–Hochelaga–Maisonneuve) et Russell Copeman (Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce), qui portaient les couleurs d’Équipe Coderre après avoir été élus sous la bannière de Coalition Montréal, ont subi la défaite dimanche.

Les conseillers Marc-André Gadoury, Érika Duchesne, Lorraine Pagé et Elsie Lefebvre, candidats pour Équipe Coderre — et élus en 2013 avec d’autres partis —, ont aussi mordu la poussière.

Un référendum sur Coderre

« Je ne crois pas avoir été défait parce que j’ai changé d’équipe. J’ai l’impression que ça n’a pas été déterminant pour les électeurs », estime Réal Ménard, vaincu par Pierre Lessard-Blais de Projet Montréal avec 4380 voix de majorité à la mairie de Mercier–Hochelaga–Maisonneuve.

Anie Samson, autre membre bien en vue de l’administration Coderre, a perdu la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension même si elle n’a pas changé de parti, souligne Réal Ménard. Pour lui, Valérie Plante et son équipe ont été habiles en « transformant l’élection en référendum sur M. Coderre ».

« Il est clair que la grande force du maire Coderre — pour qui j’ai beaucoup de respect —, c’est qu’il travaille en mode exécutif. Il prend des décisions. Il peut avoir heurté certaines sensibilités avec son style », dit Réal Ménard.

Sa collègue Elsie Lefebvre a subi le même sort en perdant son poste de conseillère municipale du district de Villeray après deux mandats. Elle était extrêmement populaire dans ce quartier adjacent au marché Jean-Talon, mais son association avec le maire Coderre lui a coûté son poste, estiment des résidants du quartier.

Elsie Lefebvre avait été élue avec Coalition Montréal, le parti de Marcel Côté, ancien adversaire de Denis Coderre qui s’était rallié au maire sortant après le scrutin de 2013. M. Côté est décédé dans les mois suivant l’élection. Un seul élu de la la Coalition, l’infatigable Marvin Rotrand, élu depuis 1982, est resté fidèle à son parti — et a remporté dimanche un autre mandat.

Électeurs aux aguets

Desmond Morton, professeur au Département d’histoire et d’études classiques de l’Université McGill, n’est pas surpris par le sort peu enviable réservé aux transfuges. Il a étudié 229 députés fédéraux ayant changé de parti en cours de mandat, entre les années 1921 et 2005. La plupart ont subi la défaite.

Les électeurs « déplorent généralement que les [élus] changent d’avis, sauf si la volte-face va dans le sens de leurs propres préjugés », écrivait-il dans une étude publiée en 2006.

Avec Dave Noël