Voie Camillien-Houde: Montréal prévoyait d’éliminer la circulation de transit… il y a 27 ans

La défaite électorale de Jean Doré en 1994 a relégué aux oubliettes le réaménagement des voies Camillien-Houde et Remembrance.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La défaite électorale de Jean Doré en 1994 a relégué aux oubliettes le réaménagement des voies Camillien-Houde et Remembrance.

L’idée de bannir la circulation de transit sur le mont Royal ne date pas d’hier. Dès 1990, un rapport du Bureau de consultation de Montréal recommandait à la Ville de bloquer le passage des voitures au sommet de la montagne, a constaté Le Devoir.

Vingt-sept ans plus tard, avec le décès du cycliste Clément Ouimet la semaine dernière, la même solution est ramenée sur le tapis.

En 1990, l’administration de Jean Doré avait donné au Bureau de consultation de Montréal — aboli par Pierre Bourque en 1994 — le mandat de tenir une consultation publique sur le projet de mise en valeur du mont Royal.

À l’époque, l’administration Doré-Fainstat envisageait de doter le flanc nord de la montagne d’un funiculaire, d’aménager une cabane à sucre et un centre de ski sur la montagne et de permettre des activités d’équitation et d’escalade sur le site.

Ex-urbaniste à la Ville de Montréal, Jean Décarie se souvient des discussions qui avaient eu cours à la Ville concernant la circulation de transit sur le mont Royal : « Le transit était absolument inutile. Les gens se servaient des chemins Camillien-Houde et Remembrance comme autoroute. On se disait qu’il fallait couper ça. »

Un parc de conservation

En septembre 1990, les conclusions du Bureau de consultation de Montréal présidé par Luc Ouimet sont sans équivoque. Dans son rapport, il recommande à la Ville de prioriser une orientation axée sur la conservation du mont Royal et de favoriser la tenue d’activités compatibles avec le milieu naturel, comme la marche, le ski de randonnée et « la bicyclette sur pistes autorisées ». C’est ainsi que le funiculaire, la cabane à sucre, le centre de ski et autres projets ont été relégués aux oubliettes.

Le rapport recommandait aussi aux autorités municipales de doter la montagne d’un statut juridique particulier de « parc de conservation ». Il faudra attendre 15 ans avant que le mont Royal obtienne le statut d’arrondissement historique et naturel par décret gouvernemental en 2005.

La consultation s’était aussi penchée sur les enjeux de circulation et de stationnement.

Le Bureau de consultation avait alors recommandé que la circulation de transit sur les voies Camillien-Houde et Remembrance soit interrompue par l’aménagement de deux « boucles terminales distinctes » sur le sommet de la montagne, l’une dans le secteur du lac aux Castors et l’autre, près de la maison Smith.

L’organisme suggérait toutefois que les autobus et les véhicules d’urgence puissent continuer de circuler librement.

Solutions encore pertinentes

Un plan de mise en valeur du mont Royal a finalement été adopté en 1992. « Ce plan prévoyait qu’il fallait réduire de façon substantielle la circulation de transit sur Camillien-Houde et Remembrance et revoir la configuration », se souvient l’ex-membre de l’administration Doré responsable du dossier, André Lavallée.

Jean Doré a perdu le pouvoir en 1994 et le dossier a été balayé temporairement pour revenir sporadiquement au cours des années 2000, notamment lors de l’adoption du Plan de protection et de mise en valeur du parc du Mont-Royal et du Plan de transport en 2008.

« On est en 2017. Les gestes à faire en matière de circulation sont évidents, fait aujourd’hui valoir M. Lavallée. Je pense que les boucles proposées par le Bureau de consultation de Montréal doivent être sérieusement regardées dans les prochains mois. On est rendus là. »

Mesures insuffisantes ?

Dans la foulée du décès de Clément Ouimet, la Ville de Montréal a annoncé mercredi que des mesures provisoires de sécurisation seraient mises en place d’ici le 20 octobre. Ainsi, le mail central du belvédère sera allongé d’environ 30 mètres et des panneaux interdisant les virages en U seront ajoutés à divers endroits.

Ces mesures sont insuffisantes, estime le maire sortant du Plateau Mont-Royal et membre de Projet Montréal, Luc Ferrandez. « C’est clair qu’il faut tout de suite appliquer les mesures dont il était question il y a plus de 25 ans, parce que les mesures temporaires, ce sont à peu près les millièmes que je vois. »

3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 13 octobre 2017 08 h 43

    Un péage plutôt qu'un blocage

    Plutôt que de construire des boucles au sommet du mont Royal et de séparer la route en deux segments, un péage électronique de 5$, ou plus, éliminerait la circulation de transit.

    Pour rendre impossible les U-turns, il suffirait d'installer un petit muret sur toute la longueur de la route, comme il en existe déjà un sur certains tronçons.

  • Jean-Luc Malo - Abonné 13 octobre 2017 12 h 18

    Une route en plein milieu d'un grand parc: quelle connerie!

    Voir le titre....

  • Louis Desjardins - Abonné 15 octobre 2017 14 h 04

    Et si le belvédère n’était pas accessible aux automobilistes?

    Lorsq’on est en voiture, on peut accéder légalement au belvédère en venant de l’ouest seulement. Il est interdit de tourner à gauche lorsqu’on vient de l’est tant à la sortie du stationnement qu’à l’entrée. Il y 2 panneaux et ils sont clairs. D’où la tentation d’effectuer un demi-tour soit pour entrer dans le parking en venant de l’est (là où le chemin est le plus étroit et où c’est le plus dangereux pour tout le monde) soit pour ressortir et retourner d’où on vient, vers l’ouest (là où Clément Ouimet a été frappé mortellement). C’est un paradoxe. On ne peut accéder au belvédère en arrivant de l’est et lorsqu’on vient de l’ouest, on est obligé de continuer vers l’est.

    Interdire les demi-tours (U turn / virage en U) c’est bien (c’est d’ailleurs le cas, la ligne jaune est pleine et le demi-tour est illégal tout au long de cette voie). Mais une ligne jaune n’a jamais arrêté un véhicule. D’où l’idée du muret. Un lecteur a suggéré qu’on aménage un rond-point mais il en faudrait deux (un en aval du stationnement et un autre en amont) pour permettre aux automobilistes venant de l’est d’accéder en toute sécurité au belvédère et l’autre pour permettre à ceux qui retournent dans l’ouest, de le faire aussi en toute sécurité. On aura tout le loisir de juger de ces approches lors de la consultation publique qui est annoncée.

    Mais si on veut éliminer à la source les manoeuvres dangereuses (un demi-tour dans une côte n’est pas une bonne idée, on en conviendra), une autre option serait de rendre ce parking inacessible aux voitures, tout simplement. Ainsi, on élimine à la source la nécessité du demi-tour.