Le pari risqué des sondages

Les sondages lors d’élections municipales sont rares, et pour cause. Le taux de participation est si bas que cela rend l’exercice un peu risqué.
Photo: iStock Les sondages lors d’élections municipales sont rares, et pour cause. Le taux de participation est si bas que cela rend l’exercice un peu risqué.

Les campagnes électorales sont propices aux sondages. Mais ceux-ci risquent d’être rares au cours de la campagne à la mairie de Montréal, aux dires des firmes qui conduisent ce type d’enquêtes. Sonder le coeur des électeurs en politique municipale s’avère une opération périlleuse.

La première semaine de la campagne électorale montréalaise a été marquée par un premier sondage, celui qu’a réalisé Recherche Mainstreet pour le compte du blogue politique Qc125 auprès de 500 répondants. Ce sondage accordait au maire sortant, Denis Coderre, 30 % des intentions de vote, contre 25 % pour la chef de Projet Montréal, Valérie Plante, signe qu’on assiste peut-être à une course plus serrée qu’anticipé. La proportion d’indécis était cependant très élevée, à 41 %.

En juin, dans un autre sondage réalisé cette fois par Léger pour le compte de Projet Montréal auprès de 2013 Montréalais, Denis Coderre recueillait 36 % des voix, contre 22 % pour Valérie Plante.

Peut-on se fier à ces sondages ? « Il faut les prendre avec un gros grain de sel », convient Claire Durand, professeure à l’Université de Montréal et spécialiste de la méthodologie des sondages.Avec un échantillon de 500 répondants, le plus récent sondage compte une marge d’erreur de 4,4 %, rappelle-t-elle : « Si on était vraiment strict, on pourrait dire qu’il n’y a même pas de différence significative entre les deux candidats. »

Les indécis

Les sondages lors d’élections municipales sont rares, et pour cause. Le taux de participation est si bas — 43,3 % en 2013 à Montréal — que cela rend l’exercice un peu risqué. « Donc, avec un échantillon de 500, il en reste moins de 250 en partant. Et près de la moitié des répondants qui n’iront pas voter », note Mme Durand.

Ce n’est pas le seul écueil,signaleChristian Bourque, vice-président chez Léger. « L’autre problème, c’est que lors d’élections municipales, on a un taux relativement élevé d’indécis. Il est probable que ces indécis ne se répartiront pas de façon proportionnelle. Et on sait qu’au bout du compte, la moitié des gens n’iront pas voter. Ces deux inconnues font que ça devient un peu périlleux de faire des sondages aux élections municipales. »

Deux sondages avaient été réalisés pendant la campagne électorale de 2013 à une semaine d’intervalle. Denis Coderre avait successivement recueilli 39 % et 41 % des intentions de vote. De son côté, Mélanie Joly avait connu une montée fulgurante, passant de 17 % des intentions à 24 %. Denis Coderre a finalement été élu avec 32,1 % des voix devant Mélanie Joly, qui a récolté 26,5 % des appuis le soir du 3 novembre 2013.
 

 

Compte tenu des risques inhérents aux sondages municipaux, Alain Giguère, président de CROP — qui avait réalisé un des sondages de 2013 —, n’en est guère friand. « Calculer des pourcentages sur des gens qui disent qu’ils vont aller voter, mais qui dans les faits n’y vont pas fait en sorte que les chiffres ne valent pas grand-chose, dit-il. À un moment donné, j’ai arrêté de faire ça. J’espère qu’on ne me le demandera pas cette année, parce que je ne suis pas sûr d’accepter. »

En raison du système de votation en vigueur à Montréal, les sondages municipaux doivent se limiter aux postes à la mairie et ils ne peuvent déterminer si le maire élu sera minoritaire ou majoritaire au conseil municipal. Rappelons qu’à Montréal, les électeurs doivent voter pour le maire de la ville, leur maire d’arrondissement, leur conseiller de ville et, dans certains cas, leur conseiller d’arrondissement. Mener des sondages dans les 19 arrondissements nécessiterait des centaines de répondants dans chacun d’eux, une opération extrêmement coûteuse.

L’intérêt pour la campagne

Philippe J. Fournier, qui tient le blogue Qc125, reconnaît qu’il faut faire preuve de prudence avec des sondages comme le sien. Passionné de statistiques, ce professeur au cégep de Saint-Laurent réalise habituellement des analyses de projection électorale à partir de sondages existants. Il souhaitait cependant avoir un portrait de la course à la mairie de Montréal, convaincu qu’elle était plus serrée qu’on pouvait le croire.

Il dit être indépendant et avoir payé de sa poche le sondage qu’il a commandé. Ce sondage a fait bondir l’achalandage sur son site, mercredi dernier. « Lors de grosses journées, j’ai de 4000 à 5000 visiteurs. Mercredi, le jour de la publication du sondage, j’en ai eu 40 000, dit-il. J’ai eu plus de trafic que pour mes projections au provincial. Il y a de l’intérêt pour la politique municipale à Montréal, c’est certain. »
 

1 commentaire
  • Mathieu Bouchard - Inscrit 1 octobre 2017 11 h 08

    Le nombre de répondants n'est pas le problème

    La marge d'erreur théorique double à chaque fois qu'on comptabilise les résultats de quatre fois moins de gens, donc pour 250 répondants, le "bruit du hasard" frappe 2 fois plus que pour 1000 répondants, mais ce n'est pas ça qui fait que les sondages municipaux et d'arrondissement sont difficiles. Un répondant qui ne fait pas ce qu'il dit, c'est un répondant en dehors des suppositions de la marge d'erreur théorique, et ça, ça fait mal et ça paraît pas dans la supposée "marge".

    Le modèle suppose qu'on pige des billes de couleur au hasard dans un gros sac et qu'avec des centaines de billes pigées on peut déterminer avec une précision pas trop mauvaise la composition d'un sac d'un million de billes. Ça serait correct si les citoyens étaient des billes, ou en tout cas des billes qui ne changent pas de couleur en cours d'expérience et qui ne disparaissent pas spontanément du sac ou après sortie du sac selon des motifs inconnus.

    Le sondage post-électoral Léger de sep.2012 montrait que beaucoup de répondants avaient décidé leur vote très peu de temps avant de voter, dont une grosse proportion l'ont fait après le dernier sondage. C'est un phénomène récurrent, pire à certaines élections provinciales que d'autres, mais au municipal, c'est encore pire, surtout au niveau de l'hésitation à voter tout court.

    Les sondeurs ne veulent pas faire l'effort supplémentaire de concevoir des questions permettant de prédire assez certainement si un électeur va aller voter. Ça prendrait plus de psychologie que de poser une seule question directe en se disant qu'on est censé pouvoir croire les répondants sur parole (alors que les répondants eux-mêmes savent pourtant pas encore ce qu'ils vont faire).