Coderre promet une politique de la diversité sexuelle

L’ouverture du maire de Montréal à la diversité sexuelle et de genre devra se traduire en gestes concrets, souligne-t-on dans le milieu LGBTQ +.
Photo: David Afriat Le Devoir L’ouverture du maire de Montréal à la diversité sexuelle et de genre devra se traduire en gestes concrets, souligne-t-on dans le milieu LGBTQ +.

Alors que le festival Fierté Montréal bat son plein, l’administration Coderre a annoncé mercredi qu’elle travaille à l’élaboration d’une politique de diversité sexuelle et de genre. Les acteurs du milieu LGBTQ+ apprécient ce geste d’une grande portée symbolique, mais espèrent qu’il sera accompagné de mesures concrètes.

« On va travailler avec l’ensemble des partenaires et on va définir tout cela dans un court laps de temps », a déclaré le maire Denis Coderre lors de la séance du comité exécutif mercredi.

Sans préciser quel type de mesures se retrouveront dans cette politique ni quand celle-ci sera présentée, le cabinet du maire a assuré qu’elle comportera « des actions et des mesures concrètes afin de poursuivre les avancées récentes en matière de droits et de libertés ».

Ça envoie un message symbolique, ce qui est une bonne chose. [Mais] quelles seront les mesures de cette politique? Quelles seront les ressources?

 

Les acteurs du milieu saluent l’ouverture du maire dans ce dossier. « Il m’a semblé très ouvert », affirme la directrice générale du Conseil québécois LGBT, Marie-Pier Boisvert, qui a rencontré M. Coderre la semaine dernière pour lui faire part de certaines revendications, dont justement celle d’adopter une politique de diversité sexuelle et de genre au municipal.

« Ça envoie un message symbolique, ce qui est une bonne chose », soutient la titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM, Line Chamberland. La chercheuse s’attend toutefois à plus que des paroles de la part de la Ville. « Quelles seront les mesures de cette politique ? Quelles seront les ressources ? »

Les organismes disent manquer cruellement de ressources, ce qui se reflète dans les locaux, devenus trop chers dans le secteur du Village gai. « Des organismes sont rendus à se loger dans Hochelaga-Maisonneuve », déplore Mme Chamberland. C’est le cas d’Interligne, anciennement nommé Gai Écoute. « C’est beaucoup moins cher qu’au centre-ville », dit son directeur, Pascal Vaillancourt.

En comparaison avec Toronto et Vancouver, Montréal fait « piètre figure » en matière de ressources, déplore Mme Chamberland. Les centres communautaires de ces deux villes auraient un budget de fonctionnement 37 fois supérieur à celui de Montréal, selon le directeur du Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal, Christian Tanguay.

Autre statistique qu’il cite : des 188 centres communautaires LGBTQ+ d’Amérique du Nord, celui de Montréal fait partie des 5 % les plus mal financés. Avec un budget annuel de 130 000 $ qui couvre deux salaires, un loyer et des frais d’opération, l’organisme peine à répondre aux demandes, particulièrement ces derniers temps avec l’arrivée en grand nombre de réfugiés LGBTQ+ au pays.

Un agent de liaison réclamé

Si elle veut démontrer son ouverture, la Ville doit former tous ses employés afin qu’ils soient plus sensibilisés aux enjeux de la diversité sexuelle et de genre, réclament les acteurs du milieu. Notamment les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui manqueraient de sensibilité à l’égard de la population trans, selon Marie-Pier Boisvert.

Conséquence de cette méconnaissance, les personnes trans éviteraient de porter plainte, par exemple après avoir été victime d’une agression. « On ne peut pas bâtir des relations quand la méfiance est installée », soutient-elle.

Pour faciliter les communications avec la Ville, les organismes suggèrent d’y nommer un responsable des dossiers LGBTQ+, à la manière de Justin Trudeau au fédéral.

Parmi les autres mesures souhaitées, notons l’instauration de toilettes publiques mixtes dans les édifices municipaux. « Beaucoup d’insécurité est vécue par les personnes trans qui doivent utiliser les toilettes publiques », affirme Mme Chamberland.

Des actions pourraient également être prises pour « désexiser » le langage, ajoute la titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie. Mme Chamberland donne en exemple les formulaires de certaines commissions scolaires qui indiquent « père » et « mère », discriminant ainsi les parents de même sexe. « On pourrait les remplacer par “parent” », suggère-t-elle.

Il serait toutefois surprenant que la Ville remplace les pronoms masculins et féminins par des pronoms non genrés, comme « ille » ou « iel », en raison de la complexité de la langue française, selon la chercheuse, qui propose néanmoins de s’inspirer des expressions neutres mises en avant par le mouvement féministe.

 

L’exemple d’Amsterdam

La capitale des Pays-Bas a adopté un manuel linguistique en juillet dernier pour soigner sa communication envers sa population LGBTQ+, qui compte quelque 50 000 personnes trans. Les fonctionnaires d’Amsterdam sont invités à s’adresser à leurs « chers concitoyens, chères personnes présentes » plutôt qu’à « Madame ou Monsieur ». La ville ne mentionnera plus « fille » ou « garçon » dans ses documents, mais plutôt « fille à la naissance » ou « garçon à la naissance ».
9 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 17 août 2017 07 h 57

    M. Coderre commence à prendre beaucoup de place

    M. Coderre est maire de MTL et non maire de la la province de Québec. Il commence à prendre beaucoup de place ... La fierté gaie prend beaucoup de place et leur parade fait beaucoup de tort au homos. Cette parade est devenue une farce, un déguisement indigne des personnes homos. De la réflexion et moins de paroles seraient utiles au maire...

    • Luc André Quenneville - Abonné 17 août 2017 13 h 08

      Aux homos??? Le défilé de la fierté n'a rien d'une farce chère madame Desjardins. Fierté Montréal s'engage auprès des communautés LGBTQ+ un peu partout dans le monde afin d'aider et de soutenir ces communautés à l'obtention de leurs droits. Nous avons la chance à Montréal de pouvoir circuler en paix sans risque de représailles (et encore... le «gay bashing» n'est pas mort dans la métropole) et de rappeler à la population que nous existons et que nous avons les mêmes droits que n'importe quels autres citoyens. De permettre à des jeunes qui vivent en région de réaliser qu'ils sont "normaux", que l'homosexualité ou la réorientation de genre n'est pas un choix, que nous sommes faits ainsi. Le défilé est festif, joyeux, carnavalesque et ce n'est pas parce que nous rions et que nous partageons notre plaisir que c'est une farce, parce que nous avons des frères et soeurs ailleurs dans ce monde qui meurt à chaque jour à cause de leur orientation. L'époque du maire Drapeau est révolu. Le saviez-vous? M. Coderre a peut-être bien des défauts, mais c'est le premier maire de Montréal à démontrer une sensibilité face à la descrimination dont nous faisons encore face au Québec. L'indignité, chère madame, n'est pas dans ce défilé. Le monde n'est pas binaire madame, sachez le.

    • Stéphane Laporte - Abonné 17 août 2017 13 h 50

      Madame, je m'habille comme je veux et je ne vous permets pas de décider ce qui est digne ou non pour moi.

  • Jean Lapointe - Abonné 17 août 2017 08 h 06

    Ce serait risqué de réélire Coderre.

    «l’administration Coderre a annoncé mercredi qu’elle travaille à l’élaboration d’une politique de diversité sexuelle et de genre.» (Marie-Lise Rousseau)

    Tant mieux si le maire Coderre est ouvert à la «diversité» comme on dit mais cela ne veut pas dire qu'il doit faire de nous les francophones de Montréal une communauté parmi d'autres comme le fait le premier ministre Couillard.

    Il faut lui rappeler que la Ville de Montréal est la métropole du Québec et qu'elle fait donc partie du Québec et qu'elle doit donc se conformer aux lois qui s'appliquent à tout le Québec comme la loi 101 par exemple qui fait de la langue française sa seule langue officielle et sa langue commune.

    Nous prendrions de nombreux risques si nous décidions de le réélire l'automne prochain parce que le maire Coderre, étant donné ses allégeances politiques, n' envisage sûrement pas l'avenir de la même façon que le font les souverainistes québécois.

    A mon avis, l'un de ses buts est d'empêcher que le Québec devienne indépendant et d'empêcher que Montréal continue de faire partie du Québec si jamais il devenait indépendant.

    Il faut prévoir pour prévenir. Autrement nous allons nous faire avoir.

    Et il faut prévenir dès maintenant ce qui risque de se produire si Coderre est réélu.

  • Gilles Théberge - Abonné 17 août 2017 09 h 28

    C'est le problème numéro un à Montréal les homosexuels et les lgbt...?

    Ah bon!

    • Stéphane Laporte - Abonné 17 août 2017 13 h 44

      Qui dit ça?

    • Marc Therrien - Abonné 17 août 2017 16 h 29

      @ M. Laporte,

      Est-ce peut-être parce qu'au moment où j'écris ces lignes, ce sujet est en tête de liste de la section ''Politique/Montréal" de ce journal?

      Mais ça va changer d'ici demain ou samedi, j'imagine.

      Marc Therrien

  • Guy Lafond - Inscrit 18 août 2017 00 h 49

    "Pick your battles"


    Vous connaissez cette expression anglaise?

    = "Il faut choisir ses batailles".


    En ce qui me concerne, mes préoccupations sont autrement plus urgentes que de me ranger derrière "l'exemple d'Amsterdam".

    Décidément,

    @GuyLafond
    (Un papa divorcé ayant perdu la garde de son enfant. Et malgré les lobbies excessifs des industries automobiles et pétrolières, je suis d’abord un Québécois à vélo, à pied et à pied près de chez vous)

  • Réal Bergeron - Abonné 18 août 2017 11 h 42

    Et les cones oranges?

    La population attend aussi des «gestes concrets» de la part de (Monsieur) Coderre.