Valérie Plante se présente comme «l’homme de la situation»

Sur des affiches publicitaires apparues mardi, Valérie Plante demande le même traitement que celui accordé aux politiciens masculins.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Sur des affiches publicitaires apparues mardi, Valérie Plante demande le même traitement que celui accordé aux politiciens masculins.

Bras croisés, regard bien planté, Valérie Plante se présente comme « l’homme de la situation » qui demande aux citoyens de l’élire « mairesse de Montréal ».

L’affiche surdimensionnée de la chef de Projet Montréal est visible dans la métropole.

Mme Plante admet ouvertement avoir voulu créer un engouement autour d’elle : « J’évolue dans le mouvement des femmes depuis 20 ans. Dans le monde politique, je ne vais pas attendre qu’on me donne une tribune, je vais aller chercher l’attention. »

Le choix du message est donc un clin d’oeil à l’expression consacrée, une manière « irrévérencieuse et audacieuse » de lancer une discussion sur la place des femmes en politique.

Une place particulièrement réduite en politique municipale. Lors des élections municipales de 2013, 82 % des élus à la mairie étaient des hommes. « L’homme de la situation » est donc bien consciente de s’engager sur un « chemin souvent tracé par des hommes », où les standards sont très masculins.

Vaut mieux en rire

Mission accomplie pour la publicité précampagne, croit Julie Dufort, doctorante en science politique à l’UQAM, dont les recherches portent sur l’humour politique. « C’est de l’ironie. Le message n’est pas directement celui qu’on lit. Ils ont créé un peu d’ambiguïté pour attirer l’attention et ensuite la rétablir en prenant la parole publiquement », analyse-t-elle.

Une dose d’ambiguïté qui n’est pas cependant décelée par tout le monde, comme le montrent certains commentaires sur les réseaux sociaux. Un « risque » dans l’utilisation de l’ironie, surtout pour des citoyens qui ne connaîtraient pas d’avance les inclinaisons du parti et les convictions féministes de Mme Plante.

L’ajout d’une photo renforce également le message, note Mme Dufort. La posture plutôt neutre, ni masculine ni féminine, de la candidate démontre la détermination d’une femme qui « a décidé de ne pas laisser la place à un homme ».

L’aspirante mairesse utilise ce travers expressif contre lui-même, plutôt que de dénoncer cette place étriquée des femmes en politique sur le ton de la réprimande.

C’est ce ton positif de campagne qui plaît le plus à la doctorante. L’humour est un mode rhétorique de plus en plus utilisé en politique, même si parfois dans des campagnes négatives, et cette fois-ci, « cela déconstruit l’idée que les féministes n’ont pas d’humour ».

L’humour s’avère un « outil extraordinaire », une « arme » particulièrement efficace pour les femmes, remarque aussi Esther Lapointe, directrice générale du Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD).

« Dans les réunions ou un conseil municipal, comment faire pour répondre à la condescendance ? » interroge-t-elle. Le GFPD avait fait appel à l’École nationale de l’humour en 2009 pour préparer une formation sur le pouvoir de l’humour pour des participantes qui veulent prendre leur place dans les sphères décisionnelles.

Mme Lapointe trouve à ce titre la campagne de Projet Montréal « très drôle et rafraîchissante » : « Elle fait bien d’y aller comme elle le sent. »

Maintenant que les projecteurs ont été braqués sur elle, la rivale du maire Denis Coderre promet de « miser sur des idées et une vision très claire, très concrète ».

6 commentaires
  • Gisèle Picard - Abonnée 16 août 2017 08 h 20

    Belle trouvaille

    Bravo ! Un peu d'humour en politique, c'est très sain. Belle trouvaille publicitaire...

  • Gilles Théberge - Abonné 16 août 2017 08 h 50

    Bravo!

    Et j'espère qu'elle saura nous débarrasser de Coderre...

    • Louise Collette - Abonnée 16 août 2017 09 h 04

      Faut pas trop rêver ;-) mais il faut essayer.. :-)

  • Louise Collette - Abonnée 16 août 2017 09 h 04

    Bravo

    Elle a du <<guts>>cette Valérie Plante, ça me plaît.

  • Jean Richard - Abonné 16 août 2017 11 h 21

    L'heure approche

    Le mois de novembre approche. Il reste bien peu de temps à Valérie Laplante pour se faire connaître. Débarrassé de son ancien chef, Projet-Montréal devient un incontournable pour ne pas se laisser électrocuter par l'équipe Coderre.

    Si la formule sexiste a bien servi Françoise David et Québec Solidaire, c'est qu'il s'agissait de politique provinciale. Au niveau municipal, la donne est différente.

    Ce qu'il manque à M. Coderre et à son équipe, c'est la vision contemporaine et cohérente d'une ville moderne. Montréal est très riches en ressources humaines. Pour cette raison, Montréal n'est pas une ville qu'il faut vendre à tout prix aux touristes avec des évènements aussi contestés que des courses de char en plein centre-ville.

    Montréal est une ville d'artistes. Mais on doit se demander si les manifestations artistiques sont à la hauteur du talent qui s'y trouve. Le festival du Jazz est de moins en moins un festival du jazz. Côté cinéma, c'est la désolation quasi-totale. On a laissé toute la place à Toronto.

    Dans la vie de tous les jours, il y a l'urbanité, la qualité de vie, la mobilité. Pour l'équipe Coderre, la mobilité se résume à une navette entre le Dix-30 et le centre-ville et des voitures individuelles en libre service. Des projets de mobilité urbaine, il n'y en a aucun. Zéro. La qualité de vie ? Les arrondissements qui tentent de l'améliorer se font parfois rappeler à l'ordre par l'administration centrale.

    Un programme contemporain, cohérent, il reste quelques semaines à madame Plante pour nous assurer que Projet-Montréal en a un, et que son chef ou sa cheffe sera fidèle à son parti, parti qui est une équipe et non un tremplin pour les individualistes en quête de prestige.

  • Jocelyne Lavoie - Abonné 17 août 2017 00 h 52

    RAVIE !

    Que l'on soit, ou non, pour Projet Montréal, voici un début de campagne qui décolle dans le bon sens : féministe, autodérision, affirmation, intelligence, audace. J'aime