Le Festival des films du monde reste à l’Impérial

Le directeur du Festival des films du monde, Serge Losique
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le directeur du Festival des films du monde, Serge Losique

Le Festival des films du monde (FFM) pourra se tenir au cinéma Impérial à la fin de l’été. Les créanciers, à qui le propriétaire de la salle, Serge Losique, doit 4,3 millions, ont prolongé d’au moins 60 jours le délai pouvant mener à la saisie de l’immeuble centenaire classé patrimonial, a appris Le Devoir.

Serge Losique n’a pas répondu à nos appels mercredi, mais son fils, François Beaudry-Losique, directeur de l’Impérial, a confirmé que la salle est réservée pour le festival, qui doit se tenir du 24 août au 4 septembre.

Le cinéma Impérial éprouve des difficultés financières depuis que son propriétaire a hypothéqué la bâtisse — ainsi que sa résidence personnelle — en 2015 afin de pouvoir financer le FFM, qui ne reçoit plus de subventions.

Les deux prêteurs privés qui avaient avancé 3,65 millions à M. Losique, Michel Constantin et Denis Hébert, n’ont toujours pas revu la couleur de leur argent. À la fin d’avril, ils ont donné 60 jours au propriétaire pour leur rembourser la somme de 4,3 millions — qui comprend les intérêts —, sans quoi ils saisiront le joyau.

Cette période est terminée depuis plus d’un mois, mais un délai a été accordé à M. Losique par les créanciers, a confirmé au Devoir M. Constantin. « On n’a pas de date limite établie, mais on peut parler de 60 jours additionnels », a-t-il affirmé.

Ce délai assurera au FFM l’accès à son lieu principal de diffusion. M. Beaudry-Losique se montre confiant en ce qui concerne la tenue des événements prévus à l’Impérial, et ce, qu’il y ait saisie ou non. « Je ne m’en fais pas de ce côté-là. Les créanciers voudraient continuer les activités de la salle », avance-t-il.

Outre pour le FFM, les lieux sont surtout occupés à l’automne lors du Festival du nouveau cinéma et de Cinemania. Le reste de l’année, la salle est notamment louée par des distributeurs qui y organisent des premières de films.

Signe des difficultés éprouvées, Hydro-Québec a coupé l’électricité au cinéma Impérial à la fin de juillet en raison de factures non payées. « On n’en a pas besoin de toute façon, puisque c’est l’été et qu’aucun événement n’aura lieu d’ici le FFM », a affirmé M. Beaudry-Losique, qui assure que la situation sera réglée « d’ici quelques jours ».

Intérêt de Montréal

La Ville de Montréal a annoncé mercredi son intention de protéger l’immeuble patrimonial. Le maire Denis Coderre s’est dit « sensible à l’avenir de l’Impérial » lors de la séance du comité exécutif.

Il n’a pas précisé quelle forme pourrait prendre cet engagement. « Je ne sais pas comment ça va se conclure, mais, certainement, on veut protéger ce bâtiment », a déclaré le maire.

Déjà, des inspecteurs municipaux ont été dépêchés sur les lieux. M. Coderre a également laissé entendre que l’intérieur de l’immeuble, situé au coeur du Quartier des spectacles, serait inspecté.

La Ville n’a pas voulu donner plus d’information sur ses intentions dans ce dossier, mais le maire a fait savoir sur Twitter qu’il avait eu une « excellente discussion » sur l’avenir de l’Impérial avec le ministre de la Culture, Luc Fortin, mercredi.

Le cabinet du ministre n’a pas pu détailler le contenu de cet échange. Le maire et le ministre « partagent la préoccupation de protéger le cinéma Impérial », a simplement dit l’attaché de presse Karl Filion.

François Beaudry-Losique voit d’un bon oeil l’intérêt de Montréal. « Si on me contacte, ce sera un plaisir. La Ville a toujours soutenu l’Impérial », a-t-il déclaré au Devoir.

Michel Constantin accueille aussi cette annonce favorablement. « Je serais agréablement ravi que la Ville fasse partie de la solution », a-t-il soutenu.

Possible vente

S’il advenait que l’Impérial soit mis en vente, le ministère de la Culture aurait priorité quant à son achat, étant donné le statut patrimonial de l’édifice. Le ministère n’a pas voulu s’avancer en ce qui concerne ses intentions à ce sujet. « C’est hypothétique, je l’ignore », a dit M. Filion.

Le classement patrimonial donne néanmoins l’obligation légale au propriétaire de l’immeuble, quel qu’il soit, d’entretenir les lieux, a précisé l’attaché de presse.

L’Impérial est convoité notamment par le propriétaire du théâtre Rialto, Ezio Carosielli. « Nous avons manifesté notre intérêt auprès des créanciers », nous a-t-il confirmé mercredi.

Serge Losique n’a toutefois pas l’intention de le mettre en vente pour l’instant, a fait savoir son fils. La valeur de l’édifice d’inspiration Renaissance, construit en 1913, s’élève à 8 798 900 $, selon l’évaluation municipale, un montant qui pourrait permettre au propriétaire de rembourser ses dettes.

Le prêteur Michel Constantin assure qu’il souhaite trouver une solution afin d’éviter une saisie. « Notre but ultime est d’être payés, pas de reprendre l’immeuble », soutient-il.