La voie cyclable sur Laurier Ouest retirée des plans

L’administration Coderre avait annoncé en 2015 que, dans le cadre de la réfection de l’avenue Laurier, un espace de 1,5 mètre entre la chaussée et le trottoir serait réservé à la mise en place d’une voie cyclable.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’administration Coderre avait annoncé en 2015 que, dans le cadre de la réfection de l’avenue Laurier, un espace de 1,5 mètre entre la chaussée et le trottoir serait réservé à la mise en place d’une voie cyclable.

Les cyclistes ne seront finalement plus les bienvenus sur l’avenue Laurier Ouest, à Montréal. La voie cyclable qui devait être aménagée entre le Chemin de la Côte-Sainte-Catherine et l’avenue du Parc, n’est plus à l’ordre du jour, a appris Le Devoir.

« Une voie cyclable était effectivement prévue sur Laurier Ouest. Toutefois, la Ville a été à l’écoute des commerçants et a décidé de ne pas aller de l’avant avec ce projet », a indiqué la Ville de Montréal, sans ajouter plus de détails sur sa décision de faire avorter le projet.

En août 2015, l’administration Coderre avait annoncé que, dans le cadre de la réfection de l’avenue Laurier — qui aura des trottoirs élargis et un nouveau mobilier urbain —, un espace de 1,5 mètre entre la chaussée et le trottoir serait réservé à la mise en place d’une voie cyclable.

Des plans d’aménagement proposés par la Ville en décembre 2016 l’envisageaient encore.

À un an de la fin des travaux, ni l’arrondissement d’Outremont ni les organismes consultés pour le projet n’ont été prévenus du revirement de situation.

L’Association des commerçants de l’avenue Laurier Ouest a toutefois bien accueilli la nouvelle. « On n’est pas contre les pistes cyclables ou les cyclistes, au contraire, on trouvait ça dangereux pour eux », affirme le directeur général, Louis-David Malo. L’association avait notamment déposé un mémoire proposant de déplacer la voie cyclable sur le boulevard Saint-Joseph Ouest, juste à côté.

Si on prévoit l’espace, pourquoi ne pas faire la voie cyclable ? Ils manquent de peinture ?

 

D’après M. Malo, l’agrandissement des trottoirs sur ce tronçon risquait de créer davantage d’accidents en réduisant l’espace pour les voitures et les cyclistes. « C’est une avenue commerciale, alors beaucoup de véhicules passent, et avec la pente prononcée les cyclistes arrivent vite de Côte-Sainte-Catherine. C’est plus risqué lorsqu’on ouvre une portière. »

Mais le projet ne semble pas enterré à jamais, puisque la Ville précise que « dans le cadre des travaux d’aménagement et de voirie [elle] a tenu compte de la possibilité qu’une voie cyclable y soit aménagée ». Techniquement, l’avenue Laurier pourrait donc accueillir cette piste cyclable un jour, sans demander de travaux majeurs.

Déception et incompréhension

La nouvelle a soulevé une vague d’étonnement et de déception auprès d’organismes faisant la promotion du vélo et au sein de l’opposition à l’Hôtel de Ville.

La chef de Projet Montréal, Valérie Plante, estime que la sécurité des cyclistes devrait être une priorité pour le maire alors qu’un « énième accident mortel impliquant une cycliste est survenu récemment ».

« C’est inacceptable ! Je n’en reviens pas ! L’administration se targue [de diriger] une ville ayant à coeur la sécurité des cyclistes […] mais Denis Coderre parle à travers son chapeau, il prouve qu’il ne comprend pas la Vision zéro », déplore-t-elle.

Même son de cloche du côté de la Coalition Vélo de Montréal. « C’est dommage de voir que les intérêts locaux d’un groupe de commerçants priment la sécurité des cyclistes, note le porte-parole, Daniel Lambert. Ça me choque de la part de la Ville, qui voudrait faire reconnaître Montréal à l’échelle internationale comme une ville de vélo. »

La Ville soutient toutefois qu’en dépit du rétrécissement de la chaussée les vélos pourront circuler en toute sécurité. « Si le besoin de sécuriser davantage se faisait sentir, ce nouvel aménagement le permettrait. »

« Si on prévoit l’espace, pourquoi ne pas faire la voie cyclable ? Ils manquent de peinture ? » a vivement réagi de son côté Magali Bebronne, de Vélo Québec.

À ses yeux, les vélos sont de plus en plus utilisés pour faire passer des projets comme « exemplaires » auprès de la population pour ensuite disparaître des plans. « C’est comme avec la dalle-parc, un beau projet qui allait relier le quartier à pied et à vélo, finalement abandonné. »

Les deux organismes espèrent faire changer la Ville d’opinion, un espace pour une voie cyclable étant toujours prévu dans les travaux.

7 commentaires
  • Nicolas Thibodeau - Inscrit 26 juillet 2017 08 h 03

    Cyclistes boycottons les commerçants

    IL est temps que les cyclistes s'unisssent et boycottent les commerçants concernés. Franchement, en 2017, penser qu'il faut un char pour magasiner, c'est tellement XXe siècle.

  • Anne Sirois - Abonnée 26 juillet 2017 08 h 06

    Pourquoi pas sur une rue moins achalandée?

    Est-ce impératif de faire des voies cyclables sur les voies déjà les plus achalandées par les automobilistes ? Si c'est vraiment la sécurité des cyclistes qui est en cause, pourquoi ne pas faire cette voie sur Fairmount, parallèle à Laurier mais bien plus calme?

    • Luc Le Blanc - Abonné 26 juillet 2017 11 h 34

      Tout le monde est pressé et les cyclistes ne font pas exception, et ils ne prennent pas leur bécane parce qu'ils ont du temps à perdre, plutôt le contraire. Alors ils en ont marre des voies cyclables sur les rues périphériques où on a un arrêt à chaque coin de rue. Eux aussi veulent des artères rapides là où ils vont (les destinations sont habituellement le long de ces artères). Si les automobilistes veulent circuler et se garer devant les commerces qu'ils fréquentent, pourquoi pas les cyclistes?

  • Luc Le Blanc - Abonné 26 juillet 2017 08 h 43

    «déplacer la voie cyclable sur le boulevard Saint-Joseph Ouest»

    ...et ne pas aller magasiner sur la rue Laurier? Message reçu, de toutes façons les commerçants de la rue Laurier préfèrent la clientèle des automobilistes. Mais il serait temps que ces commerçants comprennent que les citadins ne roulent pas à vélo parce qu'ils sont trop pauvres pour s'acheter un char, plutôt parce qu'ils sont assez éduqués pour se rendre compte que la circulation en voiture en ville est une option cul-de-sac.

  • Denis-Émile Giasson - Abonné 26 juillet 2017 13 h 26

    Et si la sécurité de tous passait...

    .. par une piste cyclable, d'une largeur équivalente à une voie de circulation automobile, sise au centre des rues.
    Tous savent que les pistes cyclabes partagées cyclistes/autobus ne fonctionnent pas car la fluidité de la circulation pour les uns s'opposent au caractère spécifique du service des autobus marqué par des arrêts fréquents pour des durées irrégulières. Le résultat: les cyclistes retardent les bus et les bus chassent les cyclistes dans les voies non réservées.
    Qui ignorent le danger des ouvertures de portes intempestives qui menacent la circulation des cyclistes sur les pistes cyclables qu'elles soient en bordure du trottoir ou à gauche des espaces de stationnement.
    La solution: des pistes cyclables au centre des grandes artères protégées de la circulation automobile par des «chaînes» de béton ou de granit, protégeraient les cyclistes et leur donneraient accès à des intersections avec les zones vertes où leur priorité de virage serait prévue. Finie la dominance des camions qui veulent tourner à droite. L'usage de ces pistes, faciles d'entretien en hiver, exigerait des cyclistes de la discipline: accéder à la piste qu'aux intersections, ne rouler ni sur les voies des véhicules moteurs, ni sur les trottoirs. Leur largeur, deux fois celle des pistes actuelles, permettrait même un meilleur partage des pistes avec les skaters.

    • Camille Chaudron - Abonnée 26 juillet 2017 14 h 18

      C'est pas une idée géniale! Et dans une rue commerciale, on veut que les cyclistes puissent arrêter n'importe où pour pouvoir prendre un café ou un croissant, acheter un livre dans une vitrine, etc. Pour plus d'information: http://journalmetro.com/opinions/une-fille-une-vil

  • Alexandre Kampouris - Abonné 26 juillet 2017 15 h 30

    Quid du chaînon manquant?

    La piste de la côte Ste-Catherine débouche dans le "vide" (cycliste) à ses deux extrémités, il aurait été intéressant qu'elle se voit intégrée à un réseau en bonne et due forme.

    Mettant de coté cet aspect, la rue Laurier Ouest au sud de la rue du Parc est au naturel généralement peu menaçante pour les cyclistes, à moins d'évoluer dans le sillage d'un autobus se déplaçant à une vitesse nette comparable.

    La grande exception est le goulot d'étranglement d'environs 50m entre la rue Bloomfield et la côte Ste-Catherine, où il n'y a pas un cm2 d'espace libre quand ce segment est occupé par des véhicules motorisés, qu'ils soient en marche ou à l'arrêt. Est-ce que cette annonce populiste du maire aura une incidence sur les plans concernant cette partie du trajet?