Un vélo fantôme pour Meryem Ânoun

Des proches et des citoyens ont déposé des fleurs sur le vélo blanc installé à l'angle de la rue Bélanger et de la 6e avenue à la mémoire de Meryem Ânoun. Il s'agit du sixième vélo fantôme installé à Montréal depuis 2013.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des proches et des citoyens ont déposé des fleurs sur le vélo blanc installé à l'angle de la rue Bélanger et de la 6e avenue à la mémoire de Meryem Ânoun. Il s'agit du sixième vélo fantôme installé à Montréal depuis 2013.

Des dizaines de citoyens se sont recueillis, vendredi matin, autour du vélo fantôme installé à la mémoire de Meryem Ânoun, fauchée par un camion il y a une semaine à l’angle de la rue Bélanger et de la 6e avenue, dans Rosemont. Et une fois de plus, ils ont demandé que la Ville agisse rapidement afin de rendre les rues de Montréal plus sécuritaires pour les cyclistes.

« J’espère que les choses vont changer », a confié le fils de Meryem Ânoun, Badr Jaidi, 21 ans. « C’est une question de temps avant que ça arrive encore. Être au mauvais moment au mauvais endroit, ça peut arriver à n’importe qui. Après ce qui nous est arrivé, on espère que personne ne sera touché de la même façon. »

Meryem Ânoun circulait en direction est sur la rue Bélanger le 14 juillet vers 9 h 25 lorsqu’elle a été renversée par un camion lourd effectuant un virage à droite, vers le sud, sur la 6e avenue. Le décès de la cycliste a été constaté sur place.

Il s’agit du sixième vélo fantôme installé à Montréal depuis 2013. Gabrielle Anctil, qui a amorcé le mouvement des vélos fantômes à Montréal avec Hélène Lefranc, estime qu’il est temps pour la Ville de mettre fin à cette série de décès : « C’est choquant parce que ce n’est pas le premier décès qui survient exactement dans les mêmes circonstances. Qu’est-ce que ça leur prend pour agir ? »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des amis et des membres de la famille ont rendu hommage, vendredi, à Meryem Ânoun, décédée la semaine dernière. Parmi eux, son père, Abdelali Ânoun (tenant dans ses bras son petit-fils), ainsi que Badr, fils aîné de la cycliste (à droite sur la photo).

Gabrielle Anctil presse la Ville de Montréal d’appliquer les mesures proposées par la Commission des transports qui, en mai dernier, lui recommandait d’accorder la priorité aux plus vulnérables sur les routes. La Commission suggérait de limiter la circulation des véhicules lourds dans certains secteurs de la ville durant les périodes achalandées de la journée.

Montréal devrait imiter Londres qui a mis en place un système de classification des poids lourds en fonction du niveau d’angles morts qu’ils comportent, estime Mme Anctil. Les véhicules se sont fait attribuer des étoiles, entre zéro et cinq.

« D’ici 2020, Londres va bannir les camions de zéro étoile de ses rues. À terme, ce sont tous les véhicules de moins de trois étoiles qui seront interdits. […] Si Londres peut le faire, Montréal peut le faire aussi. »

Vision Zéro

Responsable du dossier vélo au sein de l’administration Coderre, Marc-André Gadoury croit que le modèle de Londres pourrait être envisagé à Montréal. Mais le dossier est maintenant entre les mains du comité exécutif qui devra trancher, a-t-il dit.

« Se déplacer à vélo en ville, c’est le moyen [de transport] le plus sécuritaire et celui qui [compte] le moins d’accidents. Le bilan s’améliore. »

Rappelons qu’en septembre dernier, Montréal avait adhéré aux principes de Vision Zéro, une approche inspirée de la Suède qui signifie qu’une ville ne tolère aucun décès sur la route. Au début juillet, l’administration Coderre avait confirmé son intention de réduire à 30 km/h la limite de vitesse dans les rues résidentielles de tout son territoire pour 2018.

« Il faut se questionner sur la présence des camions lourds dans des quartiers comme les nôtres », a commenté le maire de Rosemont–La Petite-Patrie, François Croteau. « Ce n’est pas normal que des camions puissent se promener impunément comme ça. »

Selon lui, Montréal doit aussi miser sur des aménagements tels que des saillies de trottoir pour forcer les camionneurs et les automobilistes à ralentir.

1 commentaire
  • François Beaulé - Abonné 21 juillet 2017 15 h 50

    Les virages à droite des camions sont dangereux

    Pour les cyclistes et les piétons.

    Je viens d'en faire l'expérience rue Saint-Zotique. Mercredi matin vers 9:20, je roulais en direction ouest sur la bande « cyclable » constituée de simples lignes blanches sur la chaussée et sans poteau. Un gros pick-up muni d'une benne roulait plus vite que moi, m'a dépassé et est entré dans la bande cyclable sans même utiliser ses clignotants. Le chauffeur voulait tourner à droite à la prochaine intersection. J'ai crié immédiatement. Le chauffeur a pu m'entendre puisque la fenêtre de sa portière droite était ouverte. Il a alors ralenti et j'ai pu franchir l'intersection avant qu'il ne puisse m'écraser.

    Le chauffeur m'avait évidemment vu puisqu'il était au départ derrière moi. L'accident qui a coûté la vie à cette jeune femme rue Bélanger et plusieurs autres accidents comme celui de la rue d'Iberville l'an passé et celui de la rue Berri, près de la bibliothèque nationale ont été causé par des camions ou camionnettes qui ont fait des virages à droite sans tenir compte des cyclistes.

    Ces véhicules ne devraient-ils pas faire un arrêt complet avant de virer à droite ou à gauche ? Il faudrait qu'ils soient munis de caméras et d'un écran pour voir ce qui est actuellement un angle mort. Après s'être arrêté et avoir regardé leurs rétroviseurs et l'écran, ils pourraient s'engager lentement dans le virage. Combien de victimes encore avant que la solution soit trouvée et appliquée ?