Montréal prend enfin possession des terrains de l’hippodrome

La Ville s’est heurtée à sa propre réglementation sur la déconstruction des bâtiments avant de pouvoir prendre possession des terrains de l’ancien Blue Bonnets, selon le président du comité exécutif.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Ville s’est heurtée à sa propre réglementation sur la déconstruction des bâtiments avant de pouvoir prendre possession des terrains de l’ancien Blue Bonnets, selon le président du comité exécutif.

Cinq ans après avoir conclu une entente avec l’administration de Gérald Tremblay, le gouvernement du Québec cédera finalement le site de l’ancien hippodrome à la Ville de Montréal pour la réalisation d’un nouveau quartier résidentiel. D’ici six ans, la Ville devra amorcer la vente de parcelles de terrain sur le site, qui pourrait accueillir 5000 logements.

Le vaste terrain de 4,7 millions de pieds carrés sera cédé gratuitement à Montréal, mais le gouvernement et la Ville se partageront en parts égales les revenus générés par la vente des lots à des promoteurs immobiliers.

« On va être en mesure de réaliser quelque chose d’unique avec ce nouveau quartier », a soutenu mardi le maire Denis Coderre lors d’une conférence de presse en compagnie du ministre des Finances, Carlos Leitão. Le maire a aussi confirmé la relance du projet de lien routier Cavendish-Cavendish afin de désenclaver ce secteur, ce qui implique des discussions avec le Canadien National et le Canadien Pacifique.

S’il a fallu tant de temps à la Ville pour mettre la main sur le site, c’est notamment parce qu’elle s’est heurtée à sa propre réglementation concernant la déconstruction des bâtiments existants, a expliqué Pierre Desrochers, président du comité exécutif.

« Au départ, ça allait bien, mais on a réalisé qu’en ce qui concerne les permis de déconstruction, ça prenait des changements [réglementaires] dans l’arrondissement, a-t-il expliqué. Vous ne pouvez pas déconstruire sans avoir un projet de reconstruction. »

Un site vierge

Le site étant dépourvu de services, la Ville devra prévoir des équipements collectifs, des écoles et des infrastructures souterraines. « Tout est à faire, mais le potentiel est là », a commenté Russell Copeman, responsable de l’habitation au comité exécutif. « C’est rare, dans la ville de Montréal, qu’on ait un site vierge sur lequel on peut planifier un quartier de A à Z. »

Ni le ministre Leitão ni le maire Coderre n’ont voulu chiffrer les revenus anticipés que se partageront le gouvernement et la Ville. En 2012, l’ex-ministre Raymond Bachand avait évoqué des revenus potentiels de 125 millions de dollars. « On a une idée [des revenus], mais vous comprendrez qu’on a une réalité de spéculation », a expliqué M. Coderre.

À l’époque aussi il était question de 8000 logements, mais les nouvelles règles encadrant les emprises ferroviaires ont réduit la superficie où il sera possible de construire.

La Ville maintient toutefois son objectif de réserver 30 % des unités à des logements sociaux et abordables.

Selon la Ville, le terrain est peu contaminé puisqu’il a accueilli des activités agricoles et un hippodrome.

Même si le site lui est cédé gratuitement, la Ville devra tout de même faire l’acquisition de terrains pour les rues, les parcs et les équipements collectifs, mais elle paiera la moitié de la valeur des terrains au gouvernement en vertu de l’entente convenue.

Rappelons que la Ville avait acheté le terrain de l’hippodrome en 1991 pour 50 millions et qu’elle l’avait vendu au gouvernement en 1997 pour 15,1 millions, une transaction qui avait entraîné le maire Pierre Bourque dans une crise politique.

Pierre Desrochers estime néanmoins que l’entente conclue avec le gouvernement est avantageuse pour la Ville : « Nos analyses économiques nous démontrent que ça va être un excellent deal pour la Ville. »