Un argument de taille contre un projet immobilier

Pierrefonds-Ouest, comme plusieurs secteurs résidentiels au Québec, a été durement touché par les inondations des derniers jours.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierrefonds-Ouest, comme plusieurs secteurs résidentiels au Québec, a été durement touché par les inondations des derniers jours.

Les inondations dévastatrices de la semaine dernière servent d’argument aux opposants du projet Cap-Nature dans le secteur Pierrefonds-Ouest. Ils demandent un moratoire sur toute construction dans cet espace naturel le temps qu’une nouvelle carte des zones inondables soit produite par la Ville de Montréal.

Le groupe citoyen Sauvons l’Anse-à-l’Orme veut que Montréal tire des leçons de la montée des eaux qui a fait plusieurs sinistrés, entres autres dans les arrondissements de Pierrefonds-Roxboro et Ahuntsic-Cartierville.

Des membres du groupe ont constaté dans les derniers jours que plusieurs zones du secteur visé par Cap-Nature, un important projet immobilier de 5500 logements, étaient partiellement inondées.

« Le chemin de l’Anse-à-l’Orme et une partie du boulevard Gouin, qui seront deux axes importants à la circulation des habitants de ce projet, ont été fermés parce qu’ils étaient submergés. On ne peut pas fermer les yeux sur cette situation », fait valoir Don Hobus, membre de Sauvons l’Anse-à-l’Orme.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et la coalition Trainsparence remettent également le projet en question, puisque son développement est lié au financement du Réseau électrique métropolitain, dont une gare est prévue à proximité.

Blocage demandé

« De toute évidence, les terrains du projet Cap-Nature sont marécageux et sensibles aux inondations. Les changements climatiques vont augmenter la fréquence des inondations et aggraver leurs effets dans la région de Montréal. Est-ce qu’à l’instar du reste du projet de REM, le projet immobilier Cap-Nature est un éléphant blanc, un cas classique de développement douteux en milieu humide ? » soulève Mathieu Vick, conseiller syndical à la recherche au SCFP.

Ces groupes exigent à la Ville de Montréal de bloquer le projet Cap-Nature en attendant de produire une carte à jour des zones inondables.

Pour les promoteurs, les citoyens ont une mauvaise lecture de la situation, puisque les terrains en « zone inondable » ne sont pas ceux visés pour la construction du projet, mais plutôt ceux qu’elle entend laisser à la Ville de Montréal pour qu’elle y développe une « zone de conservation ».

« Les seuls terrains qui puissent être inondés sont ceux qui se trouvent le long de la rivière à l’Orme, dans le futur parc de conservation. Il est absolument faux de dire que le terrain prévu pour le développement est actuellement inondé », soutient le lobbyiste David Cliche, porte-parole des promoteurs du projet Cap-Nature.

Il ajoute que malgré les crues printanières historiques, ses terrains n’ont pas été touchés.

« Nous y sommes allés et ils sont secs. Même avec une crue qui était supérieure d’environ 10 pouces de celles prévues aux 100 ans, nos terrains n’ont pas été touchés, ça prouve que nous avons bien fait nos devoirs et que nous visons les bons terrains », fait valoir M. Cliche.

La Ville de Montréal n’a pas voulu commenter le dossier, puisque le développement de Pierrefonds-Ouest est actuellement en consultation à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Les audiences prévues la semaine dernière ont d’ailleurs été annulées à cause des inondations à Pierrefonds.

Montréal a rappelé que la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a mandaté jeudi la Commission de l’aménagement pour dresser un portrait des inondations printanières de mai 2017.

« Il faut tirer des leçons des événements des dernières semaines et mieux se préparer collectivement aux conséquences imprévisibles des changements climatiques », avait dit la semaine dernière le maire Denis Coderre.

Les partis d’opposition à l’hôtel de ville demandent à l’administration du maire Denis Coderre de ne pas « commettre une erreur en connaissance de cause ».

« À ce stade-ci, on ne peut pas ignorer la réalité des inondations et foncer tête devant en laissant les promoteurs construire sans réfléchir aux conséquences, c’est faire fausse route », dit Valérie Plante, chef de Projet Montréal.

Lundi, sa formation politique a réclamé à l’administration du maire Denis Coderre une cartographie des zones inondables pour informer les citoyens s’ils résident dans une zone à risque.

« C’est l’occasion de montrer qu’on a appris des erreurs commises dans le passé et de changer notre approche. Il y a actuellement deux importants projets immobiliers autorisés par la Ville dans des circonstances similaires à celui de Cap-Nature qui se sont retrouvés inondés. On ne peut pas se permettre de continuer ainsi », indique Justine McIntyre, conseillère de ville dans Pierrefonds et chef de Vrai changement pour Montréal.

5 commentaires
  • Robert Morin - Abonné 16 mai 2017 07 h 20

    À ne pas négliger...

    Tout au long de cet article, on semble surtout préoccupé par le fait que les nouvelles constructions «ne soient pas inondées dans l'avenir». Mais qui s'interroge encore sur l'absurdité de construire dans des milieux humides pour les effets mêmes que cela comporte sur l'environnement en général et sur le réseau hydrographique comme tel? L'île de Mtl a perdu plus de la moitié de ses milieux humides, qui servaient justement à contenir les inondations. Regardez toutes ces constructions à Lachenaie, en bordure de la Rivière des prairies, là où se trouvaient de grands milieux humides il y a quelques années... Qui a autorisé pareille aberration? J'aimerais qu'une enquête journalistique remonte l'historique de tels abus sur la nature au nom du «développement» à courte vue. Et puis, pour nous rendre l'endroit encore plus détestable, tout ce que l'on voit depuis l'autoroute 40 qui traverse cette banlieue de type étasunienne, ce sont une foule de raisons sociales toutes plus étasuniennes les unes que les autres. Vraiment désolant!

    • Raymond Chalifoux - Abonné 16 mai 2017 09 h 28

      "Qui a autorisé pareille aberration?" La réponse va de soi, n'est-ce pas...

      Ce qui devrait selon toute vraisemblance ressortir de positif de cette formidable catastrophe que sont les inondations du printemps de 2017 au Québec, c'est que même si les entrepreneurs parviennent à obtenir encore des administrations municipales, contre toute logique et sens commun, changements de zonage et permis de construction, si les unités restent invendues, cela ramènera vite-fait ces messieurs-dames à la réalité.

      Et en bout de piste mère nature - comme toujours - parviendra elle-même à rétablir l'équilibre. Ça coûtera un max? Ça coûtera un max!

      Mais "qu’y peut-on Ti-Peton" comme disait la grand-mère de Boucar Diouf, « Le plus grand danger pour l’humanité, c’est… l’humanité! »

  • Josée Duplessis - Abonnée 16 mai 2017 07 h 43

    Qui croire?
    En ces temps de beaux menteurs, on ne sait plus qui dit vrai. Dommage car c'est de l'avenir dont on parle.

    • Hélène Paulette - Abonnée 16 mai 2017 08 h 49

      c'est une question d'écologie, les milieux humides sont importants, ce sont nos mangroves...

  • Gilles Théberge - Abonné 16 mai 2017 08 h 39

    Mais non voyons, ils vont construire, procurer de l'équipement de plongée et installer des bateaux de sauvetages pour les résidents!

    Et la ville? Ben, la ville va continuer de percevoir les taxes.

    Les taxes, n'est-ce pas le plus important?