Le maire Coderre avoue sa faute

Denis Coderre : «Je ne l’ai pas déclaré parce que, pour moi, ce n’était pas un cadeau. C’était quelqu’un qui voulait me donner un coup de main.»
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Denis Coderre : «Je ne l’ai pas déclaré parce que, pour moi, ce n’était pas un cadeau. C’était quelqu’un qui voulait me donner un coup de main.»

Denis Coderre admet qu’il aurait peut-être dû déclarer le don de 25 000 $ reçu de l’homme d’affaires Jean Rizzuto en 2012 alors qu’il était député à Ottawa. Mais selon lui, il ne s’agit pas d’un « cadeau », mais plutôt d’un « coup de main » d’un ami de longue date qui lui a permis de payer une facture d’avocats en lien avec un litige de nature privée.

Le Journal de Montréal révélait lundi matin que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s’intéressaient au chèque de 25 000 $ qu’a remis Jean Rizzuto, ex-organisateur du Parti libéral du Canada et riche homme d’affaires, à Denis Coderre avant que celui-ci devienne maire de Montréal.

Deux semaines après avoir reçu cette somme, Denis Coderre a fait un chèque du même montant au cabinet d’avocats Fasken Martineau, qui le représentait dans son litige contre le joueur de hockey Shane Doan. Jean Rizzuto — qui n’est pas lié à la famille mafieuse du même nom — a expliqué au quotidien avoir fait un don à un ami qui avait besoin d’argent, affirmant qu’il n’espérait pas de « retour d’ascenseur ».

Rappelons que Denis Coderre et Shane Doan se poursuivaient mutuellement après que l’ex-député eut qualifié les propos tenus par le hockeyeur de « francophobes ». Denis Coderre avait alors exigé que Doan ne participe pas aux Jeux olympiques.

L’UPAC a indiqué lundi ne pas mener d’enquête sur ce dossier et n’avoir fait que transmettre l’information à la GRC. De son côté, la GRC n’a pas voulu donner de précisions.

Ami de longue date

« Jean Rizzuto est un ami depuis 30 ans. Son frère, le sénateur Pietro Rizzuto, décédé aujourd’hui, était un de mes mentors », a rappelé Denis Coderre lundi.

Mais le maire reconnaît ne pas avoir déclaré la somme reçue. Or, le code qui encadrait les conflits d’intérêts des députés fédéraux en 2012 stipulait qu’un élu devait déclarer tout cadeau de plus de 500 $: « Je ne l’ai pas déclaré parce que, pour moi, ce n’était pas un cadeau. C’était quelqu’un qui voulait me donner un coup de main. Peut-être que j’aurais dû le faire. Pour moi, c’était comme une opération comptable. »

Le maire a soutenu qu’à ses yeux, il s’agissait d’une « cause privée », soulignant qu’à l’époque, il était un député de la deuxième opposition sans fonctions.

Il y a trois semaines, lorsque contacté par Le Journal de Montréal au sujet de ce chèque, Denis Coderre avait nié son existence. Il a toutefois admis avoir encaissé ce chèque dimanche, en mettant cet « oubli » sur le compte de la prostatite aiguë dont il souffrait : « J’étais malade, j’étais indisposé et j’avais des douleurs épouvantables. Je ne me rappelle même pas de tout ce que j’ai dit. »

Denis Coderre estime qu’il ne s’est pas placé en situation de conflit d’intérêts. « Je ne dois rien à personne. […] Il n’a ni lien avec Ottawa ni lien avec la Ville », a-t-il dit. « S’il y a une chose dont je suis le plus fier à Montréal, c’est qu’on a mis fin à la corruption. On a justement fait en sorte qu’on ait un inspecteur général. »

Le maire affirme qu’à l’époque de son litige avec Shane Doan, il avait demandé que les frais de sa défense soient assumés par la Chambre des communes puisqu’il occupait les fonctions de député. Cela lui aurait été refusé. « Ça avait de l’air que le comité formé de plusieurs partis politiques trouvait que ce n’était pas une bonne idée », a-t-il dit en rappelant que Stephen Harper était au pouvoir.

Prudence

Pour André Lacroix, professeur titulaire au département de philosophie et d’éthique appliquée de l’Université de Sherbrooke, il est clair que Denis Coderre aurait dû déclarer le chèque reçu. « Mais c’est une punition mineure. On ne le sort pas du match. »

Selon lui, il faut faire une distinction entre les événements survenus à Ottawa alors que Denis Coderre était député et son travail de maire à Montréal. « La prudence est de mise, plutôt que d’accuser qui que ce soit », ajoute-t-il. « Au moment où on se parle, ce n’est pas en soi un conflit d’intérêts patent. »

Il insiste toutefois sur l’importance de rester à l’affût. Advenant que M. Rizzuto ait des liens légaux avec la Ville, ses relations d’amitié avec Denis Coderre ne doivent pas placer le maire dans une situation d’apparence de conflit d’intérêts. « Tous les voyants jaunes viennent de s’allumer », dit-il. « On peut s’imaginer que le BIG [Bureau de l’inspecteur général] va regarder ça de plus proche. »

Un examen de conscience ?

L’opposition à l’hôtel de ville ne prend pas cette affaire à la légère. « Un élu doit être au-dessus de la mêlée, montrer l’exemple. Denis Coderre a mené sa campagne électorale en disant qu’il allait nettoyer la Ville. Je pense qu’il doit faire un examen de conscience », a commenté la chef de Projet Montréal, Valérie Plante. « C’est une histoire grave. Il ne faut pas tomber dans le piège de Denis Coderre qui tente de minimiser à tout prix cette histoire. »

Mme Plante a souligné que deux proches de Jean Rizzuto sont dans l’entourage de Denis Coderre, soit son directeur de cabinet, Denis Dolbec, et le directeur d’Équipe Denis Coderre, Gilbert Decoste. Projet Montréal estime qu’il faut aussi garder l’oeil ouvert sur les affaires que pourrait brasser Jean Rizzuto à Montréal, notamment dans le dossier du pôle Frontenac. M. Rizzuto est le premier actionnaire de Gestion Beaurival qui détient Métrocom, une firme partenaire de la Société de transport de Montréal (STM).

Elle dénonce aussi l’attitude du maire qui a d’abord nié l’existence du chèque de 25 000 $: « La perte de mémoire n’est pas un symptôme d’une prostatite. »

La chef de Vrai Changement pour Montréal, Justine McIntyre, juge que cette affaire comporte des « zones d’ombre » qui nécessitent des explications : « Denis Coderre est un politicien d’expérience et sait pertinemment que ce type de contribution soulève des questions éthiques, pour lesquelles la transparence est incontournable. »

23 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 3 avril 2017 11 h 07

    le fil du rasoir

    On s'en doutait, plus maintenant...

  • Gilles Bonin - Inscrit 3 avril 2017 11 h 19

    Prostatite?

    Méchant coup dans le bas du corps... cela explique peut-être la subite prostatite, non?

  • Lucien Cimon - Abonné 3 avril 2017 11 h 22

    « je vais être honnête avec vous»... ( D. Coderre )

    On attend toujours!

    • Francois Cossette - Inscrit 4 avril 2017 09 h 53

      Pourquoi y a des fois ou il est malhonnete.

      Tres drole comme expression quand on y pense.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 4 avril 2017 10 h 09

      ¨J'aurais dû refuser ce signe d'amitié.¨ Vraiment honnête, il aurait dû ainsi s'expliquer, mais personne alors ne lui aurait pardonné!

  • James R Godin - Inscrit 3 avril 2017 12 h 14

    Toujours la même rengaine....

    Deux questions pour Denis Coderre

    -Pourquoi ne pas avoir demandé à monsieur Rizuto de faire le cheque payable à Fasken Martineau

    - Ne croyez vous qu'avec votre excuse de prostatite vous forcez la décence ou peut être mieux, prenez les gens pour des caves? Avec une telle douleur un politicien aguéri comme vous aurait éviter les médias.

    Peut être que vous devriez nous donner votre définition de cadeau quand un politicien est impliqué.

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 3 avril 2017 13 h 09

    Florilège

    "(Jean Rizzuto) appuyait cette cause [contre Shane Doan] et il a fait un donc de 25 000 $"

    "Pour moi, ce n’était pas un cadeau"

    "Je ne me rappelle pas tout ce que j’ai dit, je vais être honnête avec vous. Je me tordais de douleur et j’étais sous médication"

    Pendant ses temps libres de députés de la 2e opposition, Coderre en profite pour se faire de la pub auprès des francophones, réfléchissant peut-être déjà à sa prochaine carrière. Rien besoin d'ajouter....

    • Robert Beauchamp - Abonné 3 avril 2017 16 h 19

      Autrement dit il se fait justice avec l'argent des autres. Le citoyen aurait raison de se tordre de douleur devant un tel manque de jugement pour ne pas dire plus.